AIMÉE
d'Aimie en amoureux véritable : ; 1] louvoïie et déchaîne autour d’elle un orage muet, mais cet amour, contenu par la pudeur, creuse son être intime et s'accroît de son inaction.
J’ai toujours pensé que chez les esprits de cette sorte, la pudeur, la réserve n'étaient qu’une ruse de leur nature qui préfère, à l’assouvissement, les émotions délicates, les paysages intérieurs de l’amour, cette joie profonde de sentir, qui disparaît dans J’amour comblé et que remplace alors la monotone habitude du plaisir.
Magnifiquement inutilisée, la passion de François lui ouvre du moins sur soi-même des perspectives qui le subjuguent et le ravissent et où sa curiosité d’intellectuel est pleinement satisfaite.
Ce que J'aime le moins dans Aimée, c’est la fin. Elle est artificielle comme beaucoup de conclusions romanesques. C’est ici que l’on voit à quel point le souci de la composition à la française (née de la tragédie grecque et opposée à la composition des pays du Nord, née du poème épique) peut être dangereux pour le romancier, Jacques Rivière ne voyait aucune issue au cas de François. Il a donc pris le parti de le faire renoncer à Aimée. Mais Aimée ne l’aime pas ; il ne renonce donc pas à grand chose? Si, 1l renonce justement à ce qu'il préférait, l’exaltation, une source de
troubles exquis. Et après? Cela suffit-1l?
AE
178 DE PASCAL A BARRES Sommes-nous satisfaits? Pouvons-nous supposer que François va cesser brusquement d'aimer cette jeune femme, qu'Aimée, coquette elle-même (peut-être légèrement cruelle), et peu heureuse avec son mari, ne le rappellera pas, n’aura plus besoin de son dévouement, ni de sa présence, sinon même du spectacle douloureux et réconfortant de son amour? Le sentiment de la nécessité manque à cette conclusion; rien ne force François à partir, sinon une délibération trop raisonnée. Si l’on accepte la conclusion | d’ Aimée, il aurait fallu trouver un fait patent, une circonstance qui donnât un caractère de fatalité à sa détermination. M. Jacques Rivière me répondra que justement il a voulu :
la faire naître du jeu pur de ses sentiments. Mais alors nous n’y croyons pas assez; rien ne nous empêchera de croire qu'il va revenir. 1 manque à Aimée ce dénouement indiscutable qui fait la force d’ Adolphe ou de Dominique. :
Je le regrette, car Aimée est un beau livre, un de ces livres qui nous apportent à chaque lecture une impression plus grande de sécurité et de découverte. Je l’ai lu moi-même trois fois avant d’en parler, et je ne l’ai plei-. nement goûté qu'à la troisième lecture. Cela. explique que la critique, en général, est plus.
sévère pour les bons livres que pour les mau=
vais, car ceux-ci se laissent lire facilement et.
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