AIMÉE | EM Q
n’ont rien à révéler au delà d’un examen hâtif. Je ne veux pas dire qu’Aimée soit un livre difficile, mais que, pour en apprécier la psychologie, 1l faut pouvoir réfléchir sur lui.
La figure d’Aimée prise dans le récit même et amenée progressivement jusqu’à nous, sans jamais se laisser deviner, est admirable de vie et de netteté. Moins complexe que François, elle s'impose davantage. Elle est extrèmement vraie. Elle ne participe pas à cette transfiguration amoureuse que Fromentin a fait subir à Madeleine de Nièvres. Il y a en elle une petitesse qui nous rassure. Elle joue avec l'amour de François et elle s’en épouvante ; elle n’en voit ni la grandeur, n1 la sincérité, mais elle en prend ce qui peut servir sa vanité. En cela, elle est femme. Mais ce qu’il y a de naturel et de vrai dans ce caractère dénué de romanesque nous fait mieux ‘ croire à François, qui paraîtrait trop exceptionnel s1 Aimée était sur le même plan que lui. Il y a là un jeu très subtil, qui est d’un grand art.
Cependant, je ferai à Jacques Rivière un reproche ; il abuse de l’abstrait, ce qui est aussi dangereux que d'abuser du pittoresque. Dans une œuvre d’art, 1l faut laisser au temps de quoi s'exercer; un livre trop dépouillé risquera vite de paraître trop lnéaire. André Gide, dont l'influence sur ces livres est très évidente, tout en recherchant
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le même dépouillement classique, se garde
bien de l’atteindre complètement ; que de
savantes retraites 1l ménage dans ses œuvres, que de chants secrets ! À tout moment, d’une
page volontairement aride, 1l fait jaillr cé
qu'il aime et ce qu'il appellerait lui-même une chantante séghia. | Mais voici encore un roman d'analyse absolument négatif. La littérature psychologique du dix-neuvième siècle aura consisté à montrer des héros incapables d’atteindre jamais ce qu’ils désirent ou qui s’en dégoûtent aussitôt. François se trouve ainsi le frère
d’Adolphe, de Dominique, de Frédéric Mo-
reau, de ce Tiburce de M. Pierre de Barneville qui est si attachant, et de tant d’autres.
Je serais étonné qu’Armée ne se fît pas peu à peu une place importante dans le roman français. C’est une œuvre, et qui comptera. Chacune de ses pages ést pleine de sens, de suc, de science. Elle montre avec subtilité les détours secrets, les réactions extraordinaires de l'amour. Je signale telle page excellente où F rançois, délirant de bonheur à la suite de je ne sais quelle attention d’Aimée, qu il peut croire amoureuse, en témoigne sa
joie au mari même d’ Ans et se sent une immense amitié pour lui. Voilà une juste, :
une profonde observation ! Nous avons tous.
ressenti quelque chose d’analogue. C’est ‘étude de ces secrètes contradictions qui fait