LE MYSTÈRE EN PLEINE LUMIÈRE PAR MAURICE BARRÈS
La mort a interrompu Maurice Barrès pendant qu'il écrivait le Mystère en pleine lu-
mère, et le dernier des morceaux qui composént ce livre, l’Automne à Charmes avec Claude Gellée, n’est même pas terminé. Mais faut-il voir un simple hasard dans cette brusque intervention de celle qui à tant préoccupé Maurice Barrès, et à laquelle il a toujours rendu hommage? On pourrait presque dire du Mystère en pleine lumière ce qu'il disait lui-même des Reliques de Jules Tellier :
« Comme s’il avait prévu que ces morceaux ne paraîtraient Jamais qu'avec le liseré d’un faire-part, 1l leur a donné à tous la majesté de la mort. » Et encore : « Tous ces discours ardents ont le timbre des chants que l'Église psalmodie sur nos cercueils, et il s’en exhale un parfum semblable à l’odeur que laissent dans les temples les fleurs et la cire des enterrements. » Prenons tel qu'il s'offre à
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nous le Mystère en pleine lumière : © est te testament, testament d’ailleurs à peine 1in- . volontaire. À tout instant, Barrès revient sur ce fait qu'il essaie de prendre mesure de sa vie, qu'il fait le résumé de ses expériences, qu il établit son bilan. De là, l’étrange écho que ce livre a dans notre âme. Il faut Le dire et le redire : Barrès n’a rien écrit de plus beau que le Mysière en pleine lumière. Nulle part, il n’est à ce point soi-même. Dans ce livre, il tient, avec la sagesse et la condensation de la maturité qui finit, les promesses brillantes et capricieuses que sa jeunesse lui inspirait, quand il composait Amori et Dolorr sacrum, et surtout Du Sang, de la Volupté et de la Mort, quicontient déjà ce chef-d’œuvre:un Amateur
d’âmes. Le but qu’il s’est proposé, il nousle dit à plusieurs reprises : (Cet isolement favorise la … tâche que je me suis fixée: c’est de soustraire à
la disparition quelques expériences d’une longue vie,non pas les songeries, mais les demiohidités de cinquante ans de poésie. » Quelle admirable parole! Ainsi, cet homme, mêlé de | si près à l’histoire de son époque, cet homme « qui a exercé une telle influence sur la jeunesse, cet homme qui a vécu les luttes parlemen taires et joué un rôle prépondérant pendant la guerre, a le courage et le droit de dire qu'il M a vécu cinquante ans de poésie. Cette phrase l’éclaire tout entier. En réalité, elle forme … l’unité profonde de ce caractère complexe.
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Maurice Barrès, si l’on résume son existence dans ses traits essentiels, — et pour ne pas parler de son œuvre littéraire, n1 de ses vovages, car alors la preuve de ce qu'il dit est par trop facile à faire, — a voué ses forces à une triple action, dont beaucoup n'ont pas compris le sens profond et où ils ont voulu voir je ne sais quel respect d’une con-. vention générale. Mais, en réalité, dans son culte de la patrie, de l’Église catholique et des laboratoires, nous retrouvons ce que Barrès appelle jui -même (ses cinquante ans de poésie ». Il cherchait en tout, et là particuhèrement, cette exaltation du Moi, quand il se rattache à l’Universel, cet exhaussement de soi-même pour atteindre à un état de l’âme qu'il n’a jamais complètement précisé et auquel 1l revient souvent dans le Mys-. tère en pleine lumière. Il y cherchait aussi cette communion avec les morts, ce prolongement du passé, sans lesquels il lui eût été impossible de croire que la vie prît son sens complet. [ci encore, il ne faut pas confondre le sentiment de Barrès avec ce culte du passé qu'ont eu d’autres artistes. Barrès voyait.
en lui ce qu’il a d’actif et de fécond, non ce qu'il a de disparu. Ænée, en quittant son pays détruit pour aller vers celui qui devait
être la terre de l'avenir, du son 1 père sur son dos. De même, Maui Barrès n’estimait pas que l’on puisse créer rien, sinon avec l’assentiment et le respect des morts. Mais il estimait qu’ils nous sont justement nécessaires, parce que nous créons, et que Si . leur culte devait aboutir à la stérilité, il vaudrait mieux l’abandonner tout de suite. Patrie, Religion, Science, c'était pour lui motifs de surhumanité. Après avoir longtempsétudié et affiné son Moi, il en était arrivé assez vite à cette conclusion que le Moi ne suffit pas à l’exaltation. Ho Par là, il diffère des vrais écrivains romantiques, qui obtenaient d’eux ce délire sacré . en se servant de la nature comme de ce tremplin qu'ont été pour Barrès Patrie, Science, Religion. En réalité, Barrès a été un romantique de la Cité. Ne disons pas pour cela qu'il … était un classique. Le vrai classique peut vivre sans faire aux puissances extérieures cet appel désespéré et Barrès avait besoin de … cet appel. Le secret de sa nature, à aucun moment, n’est apparu aussi nettement que … dans Le “Mystère en pleine lumière. Dès la mi page 49, il écrit : « J’avais toujours appelé le moment où je pourrais en quelque mesure … replier mes dossiers et revenir à ma vocation prenuère d'inventer en pleine liberté des pages de pure imagination, sans notes mi documents, simplement pour me faire plaisir