‹ L'esprit des livres 1923Chapitre 7 sur 43 · JOURNAL INTIME PAR GEORGE SAND · texte numérisé non relu

JOURNAL INTIME PAR GEORGE SAND

Le cinquantenaire de la mort de George Sand n’a pas augmenté sa gloire. À part de rares exceptions (comme le bel article de M. Albert Thibaudet dans Candide), je n’a guère vu sur son compte que sarcasmes et.

expressions de dédain. C’est que George Sand n'est pas à la mode; et le monde des lettres n’est pas moins soumis à la mode que celui des femmes les plus futiles. Il dit poésie ou roman, là où ellés disent chapeau ou robe, mais le sentiment est le même. Et si vous en doutez, lisez un ensemble d’articles de revues ou de journaux dans une période donnée, vous serez frappé de voir . combien peu de gens formulent autre chose que les opinions courantes. Et plus nous . allons, moins les manières de voir sont libres. . Tout ce qu’il est convenu de penser aujourd’hui condamne George Sand. Comment . échapperait-elle à un décret aussi unanime?

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Mais quand on lit d’un cœur sincère le

Journal intime, il vous vient des doutes sur

la sûreté de cette condamnation : le génie y éclate à chaque page. Et le génie est toujours actuel : c’est la mode qui ne l’est pas. Oublions donc que George Sand symbolise tout ce que le snobisme contemporain réprouve et essayons de la ] juger en dehors de ces années-ci qui passeront si vite et seront si vite méprisées, — du même mépris impétueux et naïf qu'elles ont témoigné à ce qui

les a précédées.

Je lisais ces jours-ci, dans des fragments inédits du Journal d’ nt la curieuse page suivante, datée du 25 Juill 1861 :

« Lu, dans les Bastions, Eugénie Grandet (Balzac). La première impression (après G. Sand) est désagréable, c’est une chute de style. On passe de la musique et de la poésie à la prose aiguë et criarde de la réahté.

Ce n’est pas Balzac qui vous maintient et vous élève dans le sentiment divin de l’harmonte immortelle des choses duquel parle G. Sand (Mare au Diable). Balzac parle bien de la femme avec enthousiasme, et du véritable amour avec sensibilité, mais sa parole a toujours de la crudité, elle manque de dél:catesse, de noblesse ét de goût ; elle ne fait ni voir, ni sentir beau. Elle grossit, analyse et

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