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CHAPITRE XIII

l'romcnade au Muséum. — Les oiseaux en cage. — Le roitelet. - Le papegaut. — Les colibris cl les oiseaux-mouches. — La collection des paradisiers.

Ed quittant le capitaine , je me dirigeai vers le Muséum pour y voir la collection d'oiseaux du paradis que possèdent ses galeries. Chemin faisant, bien entendu, et à peine arrivé dans le jardin, je me pris à flâner de case à case, et à regarder avec curiosité les oiseaux rares qu'elles contenaient.

Je remarquai d'abord, parmi les premiers, des aigles à queue étagée, des hibous-katapa , un marabout de Java, une cigogne leucocéphale et des coqs de combat de Cochinchine.

Ces oiseaux, de haute taille et de mine fière, choisis soigneusement parmi les produits spéciaux d'une race dressée au combat depuis des centaines de générations, passent à juste titre pour des adversaires redoutables, même des célèbres coqs du Devonshire. Les Anglais, grands amateurs d'un si cruel mais si attrayant spectacle, les font venir à grands frais de leur pays natal. Toutefois ces coqs, réputés invincibles, trouvent à qui parler quand on les place devant un de nos coqs normands. Dernièrement, à Londres, un de ces derniers, après un combat prolongé au delà de trente- cinq minutes, a tué un coq de combat cochinchinois et gagné ainsi des paris considérables à son maître, sir John Lyard.

Quand on visite le Muséum, il ne faut pas, du reste, s'y occuper exclusivement des animaux que renferment les parcs et les cages. Ceux qui vivent libres et en sécurité sur les arbres et au milieu des taillis de cet immense jardin valent bien aussi la peine qu'on leur accorde quelque attention. C'est surtout Fhirondelle, le martinet et le moineau franc, qui vit là comme chez lui et qui va chercher jusque entre les griffes du tigre, et sous le bec des aigles et des vautours, la bribe de pain qu'il convoite ; ce sont le rossignol, la fauvette, la mésange, et cent autres

qui nichent, qui pondent, qui couvent, sans qu'on songe jamais à les inquiéter.

N'oublions pas le roitelet, qui voltige sans cesse d'arbre en arbre, de branche en branche, et se suspend aux rameaux pour surprendre des insectes. Cherchez bien sur les sapins et sur les pins, vous y découvrirez son nid, de forme tout à fait sphérique, construit de mousse et revêtu au dehors de toiles d'araignée , artistement étalées et destinées à préserver de l'humidité la jolie petite habitation. Garni à l'intérieur d'un tissu doux et moelleux composé du duvet des cygnes et des marabouts ramassé çà et là, brin à brin, au bord de l'eau ; toujours suspendu à l'extrémité d'une branche d'arbre vert, ce nid s'ouvre sur le côté ; car les petits, qui doivent sortir des œufs roses qu'il contient , sont frileux , et une goutte d'eau tombée sur leur corps suffirait pour les tuer. Aussi faut-il voir le père et la mère veiller avec une sollicitude de tous les instants sur cette chère et délicate progéniture ; le mâle tient toujours aux aguets sa mignonne tète d'un jaune d'or et qu'encadre un bandeau ou plutôt un diadème de plumes noires; la femelle, qui, en digne mère de famille, renonce pour ses enfants à toute espèce de coquetterie, porte une livrée modeste et de couleur cendrée, et semble rester toujours en tenue de logis.

D'où vient à ces oiseaux le nom de roitelet, que, par exception, les ornithologistes lui conservent, même en latin, puisqu'ils les nomment regulus? Le doivent-ils à leur tète dorée, qui ressemble à un bandeau royal? Le doivent-ils à une légende qui se raconte dans toute l'Europe depuis des siècles?

« Un jour, dit cette légende, les oiseaux se rassemblèrent pour élire un roi, et ils décidèrent que la souveraineté appartiendrait à celui d'entre eux qui s'élèverait le plus haut dans les airs, et qui, par conséquent , se rapprocherait le plus du soleil, père de la nature.

« A peine ce programme se trouva-t-il décrété , que l'aigle ouvrit ses ailes, s'élança majestueusement et à perte de vue aux confins de l'atmosphère et y plana pendant une heure, n'apparaissant plus que comme un point imperceptible aux regards des millions d'oiseaux rassemblés pour le choix d'un souverain. Après quoi il se laissa descendre lentement et demanda aux électeurs stupéfaits :

— Suis-je votre roi?

— Oui ! oui! Vive l'aigle! vive notre roi ! répondit-on avec enthousiasme et de toutes parts.

— Un instant! un instant! cria une petite voix frêle et aiguë, un instant! Vous avez juré de donner la couronne à celui qui monterait le plus haut dans

les airs, et je me suis élevé, moi, plus haut que l'aigle ; car, blotti dans les plumes de son dos , où vous me voyez encore, il m'a, sans s en apercevoir, emporté avec lui, et je l'ai toujours dominé.

« La lettre même du décret donnait raison au petit oiseau, et les électeurs se trouvèrent dans un grand embarras. Le réclamant était strictement dans son droit; mais d'autre part on ne pouvait prendre pour souverain un pareil pygmée, aussi étourdi que frêle. À la fin un vieux hibou qui jouissait dune grande réputation de sagesse, gratta de sa patte sa tête grise, et proposa un accommodement qui concilia tout à la fois l'esprit et la lettre du décret formulé par le congrès.

« L'aigle sera le roi , dit-il , parce que seul , et par sa propre force, il est parvenu là où nul d'entre nous n'aurait su parvenir. Proclamons-le donc roi. Quant à l'oiseau qui , sans l'aigle , n'aurait pu atteindre les hauteurs de l'empyrée, qu'il reçoive le titre de petit-roi ou de roitelet. »

« On applaudit à la motion du hibou ; l'aigle prit possession du pouvoir souverain, et le roitelet accepta en riant le titre qu'on lui offrait.

— Quoique je ne me soucie guère de votre couronne et de ses inquiétudes; quoique je préfère de beaucoup ma mie et ma liberté aux ennuis du

pouvoir, vous avez tort, leur dit-il, de me préférer l'aigle pour vous gouverner ; il est sans doute plus robuste que moi ; mais je suis plus intelligent que lui, puisque je l'ai dupé sans même qu'il le soupçonnât ! Or, l'intelligence ne vaut- elle pas mieux que la force pour gouverner un État. »

Cette légende me remit en mémoire d'autres histoires merveilleuses que contiennent les anciens livres.

Je me rappelai, et je me contai à moi-même qu'au commencement du viu e siècle , saint Guthlac éleva deux corbeaux dans sa solitude de Croyland. Et, ajoute le biographe du saint, non-seulement ces oiseaux lui étaient soumis, mais encore tous les poissons et les quadrupèdes recevaient quotidiennement de sa main la nourriture qui convenait à leur espèce.

Un jour un moine rendit visite à saint Guthlac, et tandis qu'ils devisaient sur leur vie spirituelle, deux hirondelles s'approchèrent en volant, et en donnant cours à leurs chants joyeux ; elles se posèrent sans crainte sur les épaules du saint homme, d'où elles descendirent sur ses bras et sur ses genoux.

Quelques années plus tard , saint Cuthbert apprivoisa les corneilles de son lie déserte de Farne par

la douceur avec laquelle il les traita elles et leurs petits. Plus tard encore et dans la même île , saint Bartholomé captiva si bien un petit oiseau, que pendant des années il venait chaque jour se poser sur sa table et manger dans sa main.

La première sainte Brigitte , une sainte d'Irlande, enseigna également aux oiseaux voisins de son ermitage à se rendre à son appel.

Un autre saint irlandais, saint Colmon, apprivoisa treize sarcelles, qui l'escortaient sur le lac attenant à sa retraite monastique.

En ce moment le cri d'un perroquet, et une main qui se posait sur mon épaule, me tirèrent de ma rêverie : c'était un de mes vieux amis, attaché aujourd'hui au Muséum et qui a parcouru tous les pays du monde.

« Je vous y prends , me dit-il , vous êtes là en extase devant un de mes perroquets ; cet oiseau , peut-être ne le savez-vous pas , est un des oiseaux exotiques les plus anciennement connus en Europe.

« En effet, au moyen âge on voyait fréquemment dans les châteaux et les manoirs des barons , deux oiseaux particulièrement recherchés. Le premier était le perroquet.

« D'après les tableaux et les gravures parvenus

jusqu'à nous, le perroquet semble avoir été connu des Anglo-Saxons sous le nom de ragofine , mot dont la dernière syllabe signifiait tout simplement un pinson ; les deux premières syllabes, dont l'étymologie n'est pas bien certaine , se retrouveraient peut- être dans le mot hrage (chèvre). On ne voit pas d'abord bien clairement pourquoi le perroquet aurait reçu le nom de chèvre- pinson; mais Turner Smith, savant peu connu du xvui e siècle, l'explique par les sauts et les bonds auxquels se livre le pauvre oiseau captif ou attaché par la patte sur un perchoir. En France on leur donnait le nom de papegaut.

«Alexandre Denis,l'unde nos anciens trouvères, appelle le perroquet « jongleur et ménestrel des oiseaux, » non à cause de la beauté de son chant , mais de son talent mimique et de ses tours joyeux. Il parle aussi de sa malice et de sa facilité à copier la voix de l'homme, en ajoutant qu'il est plus intelligent et plus amusant que les jongleurs euxmêmes.

« De si brillantes qualités attirèrent naturellement sur ces oiseaux une certaine auréole de superstition ; on croyait qu'en outre de l'idiome par lequel les oiseaux s'entendent entre eux, et qui a donné lieu à une foule de fables et de légendes, les per-

roquets comprenaient aussi le langage de l'homme.

« Un chevalier normand, dit Denis, possédait un perroquet qu'il aimait passionnément, et qu'il lui fallut quitter pour prendre la croix et aller guerroyer en Terre-Sainte contre les inûdèles. Pendant qu'il parcourait la Syrie, et qu'il se trouvait dans le voisinage du mont Gelboë, en Samarie, qu'on croyait être la patrie primitive des papegauts, ce chevalier en rencontra un parfaitement semblable au sien, et lui dit en badinant : « Mon perroquet, qui est enfermé dans une cage et qui vous ressemble, vous salue. »

« À peine eut-il prononcé ces mots, qu'à sa grande stupéfaction l'oiseau tomba comme mort sur la terre.

« De retour en Normandie, le chevalier raconta cette aventure à ses amis, près du perroquet enfermé dans la cage, et l'oiseau tomba aussitôt privé de sentiment du haut de son bâton. Le chevalier, effrayé, le sortit de sa cage pour essayer de le ranimer; mais l'oiseau n'eut pas été plutôt posé sur le sol, qu'il se releva, s'envola et ne revint plus.

« La pie était au moyen âge , comme elle l'est encore aujourd'hui, recherchée de toutes les classes sociales. On la trouvait sous le chaume du serf

comme sous le toit du seigneur. Plus d'une histoire légendaire repose sur l'intelligence et la finesse qu'on supposait à cet oiseau, ainsi que sur sa prétendue faculté d'imiter la voix de l'homme.

« Il paraît, d'après Alexandre Neckam, qu'une pie qui habitait ordinairement la basse -cour d'un manoir, était regardée comme la sauvegarde de la volaille, à cause de sa surveillance et du bruit qu'elle ne manquait pas de faire à l'approche de quelque déprédateur. On croyait que le perroquet , à l'intérieur de la maison , veillait aussi et avertissait à l'approche des voleurs. »

En devisant ainsi, nous arrivâmes dans la galerie d'ornithologie, et comme je me dirigeais vers les armoires vitrées qui contenaient les paradisiers :

« Un instant, médit mon compagnon; avant d aller plus loin, payez votre tribut d'amateur aux colibris et aux oiseaux-mouches. »

Les colibris et les oiseaux -mouches, dont la grandeur varie depuis les vigoureuses proportions du martinet jusqu'à la taille exiguë du hanneton , ne se rencontrent que sur le continent américain ; mais on les y retrouve d'un pôle à l'autre, et dans les conditions d'habitudes les plus variées. Tantôt ils hantent les vallées et les plaines; tantôt ils vivent le long des fleuves, au bord de la mer, sur

les montagnes les plus élevées, à quatre à cinq mille mètres d'altitude; tantôt enfin il leur faut,

soit un ciel tropical , soit des glaciers, soit des neiges éternelles.

Leurs habitudes et leurs mœurs sont presque partout les mêmes. En mouvement dès que l'aurore paraît ou que le crépuscule apporte ses premières ombres, ils vont de fleur en fleur, récoltant dans le calice de celles-ci, à l'aide d'un long bec et d'une langue bifurquée, un peu]de pollen et surtout beaucoup de larves et d'insectes ; c'est encore là qu'ils puisent les gouttes de rosée qui leur servent à se désaltérer.

Le vol de l'oiseau-mouche rappelle, par le mouvement fébrile des ailes et par le susurrement qui raccompagne, le grand papillon sphinx des environs de Paris. Comme il ne sort de son nid ou de sa retraite qu'avant la naissance ou qu'à la chute du jour, toutes les descriptions que les voyageurs font de ce saphir vivant qui miroite et qui chatoie aux rayons du soleil me paraissent fort aventurées.

Il faut bien en faire le triste aveu, on ne peut guère admirer les merveilleuses couleurs de l'oiseau-mouche que dans une collection. Quand Foiseau , vivant et libre , vole de plante en plante , on n'aperçoit qu'une petite masse vague , sombre , indistincte, dont l'oreille, beaucoup plus que les yeux, constate la présence.

Il n'en est pas de même si l'on parvient à observer l'oiseau- mouche le jour, soit dans une foret, soit même dans le voisinage des habitations ; ce spectaclè est d'ailleurs moins difficile à se procurer qu'on ne serait tenté de le croire, car l'oiseaumouche, pourvu qu'on ne cherche point à le saisir, se montre peu farouche et se laisse approcher sans trop de défiance.

On peut alors le contempler à l'aise, couvant ses œufs dans un nid grand comme un doigt de

gant, construit en brins d'herbes enlacés, et en petites écailles de lichen gris, formant une sorte de tissu feutré, agglutinées ensemble à l'aide de la salive du père et de la mère , et garnies de flocons cotonneux recueillis sur la plupart des plantes du voisinage. Le plumage de la femelle , presque toujours d'un gris sombre, rappelle la livrée de notre moineau; le mâle, au contraire, à quelque espèce qu'il appartienne , resplendit des tons éblouissants du saphir, de Témeraude et des gemmes les plus éclatantes. Pour mieux faire reluire cette splendide parure, il étale son poitrail, il pirouette sur une seule aile , il tournoie , il tourbillonne autour de sa femelle et fait entendre une sorte de petit cri passionné, répété d'intervalle en intervalle. Celle à laquelle il prodigue tous ces moyens de séduction le contemple avec une admiration muette ; perchée presque toujours sur la tige d'un arbrisseau , elle semble fascinée et suit par un mouvement lent de la tête le beau fiancé qui cherche à obtenir d'elle un aveu.

Aussi bientôt, d'un commun accord, se mettentils à construire un nid où à quelques jours de là se trouvent déposés deux ou trois œufs d'un blanc mat, et qui parfois ne dépassent pas la grosseur de la graine de sénevé dont parle l'Évangile. La

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femelle commence à les couver avec une sollicitude passionnée, et le mâle lui-même ne songe plus à la parure dont naguère il semblait si glorieux, et, disons-le, si infatué. 11 reste sur le bord du nid, jusqu'aux heures où il faut songer à l'approvisionnement de sa compagne ; alors il lisse ses plumes, s'élance et ne tarde point à revenir le bec plein d'insectes , qu'il donne à sa femelle en agitant doucement les ailes pour l'éventer et la rafraîchir.

Les petits éclos, les deux oiseaux veillent sur leur chère lignée avec une sollicitude et un courage nécessaires d'ailleurs; car les ennemis des oiseaux -mouches sont nombreux, dangereux et v d'une force et d'une adresse redoutables.

L'oiseau bleu, le martin, le gobe-mouche-tyran, se montrent très-friands des nouveau- nés et cherchent à les surprendre pendant l'absence du mâle. S'ils parviennent à tromper la vigilance de celui-ci, ils se jettent sur le nid, en chassent la femelle, trop faible pour se défendre, et dévorent en véritables ogres les pauvres petits Poucels. Mais, gare à eux, si le mâle revient tout à coup ! A la vue du brigand, sans calculer le péril et les forces de son adversaire, il se jette sur lui, s'efforce de se cramponner à son dos , et , s'il y parvient , il ne tarde point à mettre son ennemi hors de combat ; de la position inexpu-

gnable qu'il s'est conquise , il le frappe à grands coups de son long bec effilé et acéré , et, la plupart du temps, il lui crève les yeux. Alors le vaincu tombe, entraîne dans sa chute le vainqueur, et trop souvent écrase sous son corps pesant le petit héros, qui ne peut dépêtrer ses pattes des plumes auxquelles il les a enlacées. Il arrive ainsi fréquemment qu'on trouve gisant ainsi sur le sable les cadavres des deux combattants.

Le docteur Ilébert Frantz , un de ces Allemands patients qui n'hésitent point à consacrer des années entières à l'étude des mœurs d'une seule espèce d'animal , raconte avoir vu , au Brésil , une grosse araignée, la mygale aviculaire, aux prises avec l'oiseau-mouche-rubis.

« La mygale, large comme la paume de la main d'une jeune femme , dit M. Frantz sans se soucier de ce singulier rapprochement, vit au fond d'un terrier qu'elle se creuse dans la terre, et qu'elle ferme hermétiquement à l'aide d'une porte en matière gommeuse et littéralement verrouillée; elle ne l'ouvre qu'aux approches de la nuit. Alors elle se glisse hors de cette caverne, lentement, traîtreusement, sans le plus léger bruit, et elle grimpe, en s'aidant de ses ongles aigus, aux rameaux où se trouvent suspendus les nids des oiseaux-mouches.

« Un jour, un de ces monstres gagna de cette façon un nid d'oiseau-mouche-rubis, dont le mâle se trouvait absent. D'un coup de pattes, l'araignée monstrueuse terrassa la femelle, la saisit dans ses mandibules et trancha la tête de la pauvre petite bête , qui ne put que jeter un cri avant de mourir.

« Ce cri de détresse fut entendu du mâle, occupé à butiner dans le voisinage. Éperdu de désespoir •et de rage , il accourut à tire-d'aile et s'élança sur la mygale , qui abrita son gros corps sous l'enfourchure d'un rameau , et fit face à l'époux résolu à venger la mort de sa compagne. Le combat dura plus d'un quart d'heure ; les pattes et les ongles de l'araignée étaient pleins de plumes du rubis, qui, tout sanglant et tout blessé qu'il était, revenait à chaque instant à la charge avec une furie digne d'un meilleur sort. À la fin il succomba. Alors la hideuse mygale sortit avec mille minutieuses précautions de dessous le rameau qui lui avait servi dé bouclier, saisit les deux cadavres de ses victimes, et les emporta lentement dans son antre. »

L'oiseau - mouche ne saurait vivre en captivité. Comme il arrive souvent à nos papillons, il entre dans les appartements, y butine sur les fleurs, sans s'inquiéter des personnes qui le regardent, et, pourvu qu'on ne cherche point à le tracasser et

surtout à le saisir, il finit par se familiariser assez complètement pour venir prendre des bribes de sucre entre les lèvres des jeunes filles, qu'intéresse beaucoup cette preuve de confiance et d'intimité.

Le met-on en cage , il meurt bientôt , et à peine cite-t-on un ou deux exemples d'oiseaux- mouches et de colibris ayant résisté à un mois de captivité. Aussi n'at-on vu qu'une seule fois en Europe, à Londres, chez lad y Iïamond , des oiseaux-mouches qu'on nourrissait de miel, et qui ne tardèrent point à mourir de nostalgie.

On compte par centaines les différentes espèces d'oiseaux-mouches et de colibris.

Pour les bien connaître, et les étudier véritablement en ornithologiste, il faudrait voir placés à

côté les uns des autres, non-seulement le mâle, la femelle, les œufs, le squelette et le nid, mais encore les différents âges.

La livrée de ces âges se modifie tellement chez la plupart des oiseaux, que souvent encore aujourd'hui il arrive aux ornithologistes les plus érudits de nommer et de décrire comme appartenant à des espèces distinctes des individus sortis, pour ainsi dire , du même nid à des époques différentes , et dont le plumage diffère tellement, qu'il justifie en quelque sorte ces erreurs de classification.

11 n'existe qu'un moyen de démontrer la fraternité d'oiseaux complètement dissemblables de couleurs, c'est de les placer à côté les uns les autres. On constate alors par quelles nombreuses et absolues transformations de nuances passe le nouveau-né, pendant son enfance, sa jeunesse et son adolescence , avant de devenir tout à fait adulte. Tel qui se montre au début blanc et terne, devient gris, se mélange de blanc et de gris, passe au brun , et finit par se revêtir de couleurs éclatantes dont le temps ne fait qu'accroître la splendeur. Tel autre, au contraire, — et ceci arrive surtout aux oiseaux de proie, — traverse huit ou dix métamorphoses, et, revêtu d'abord d'une parure gaie qui s'efface peu à peu, revêt à la fin un plumage austère et lugubre.

On peut donc suivre une à une, et d'étape en étape, les séries de ces modifications étranges, causes de tant d'erreurs scientifiques, et s'en rendre compte , sans contestation et sans doutes possibles. On les y touche du doigt, moralement, bien entendu; car matériellement on ne saurait même effleurer ces êtres délicats sans risquer de compromettre et de ternir leur beauté !

Après avoir payé un juste tribut d'admiration aux oiseaux- mouches, nous arrivâmes enfin devant la collection des oiseaux de paradis, et nous admirâmes la magnificence de leurs différentes espèces.

D'après Cuvier, les vrais paradisiers forment plusieurs groupes.

Ce sont :

Les espèces qui ont les plumes des flancs effilées et allongées en panaches plus longs que le corps, avec deux filets ébarbés, adhérents au croupion, et qui se prolongent plus que les plumes des flancs.

Ce groupe, dont Vieillot a fait, sous le nom de samalie, une division de la famille des Manucaudiates, renferme la première espèce connue en Europe, la plus commune de toutes, et dont on connaît le mieux les mœurs.

C'est Yoiseau de paradis émeraude [paradisea

apoda) de Linné, que les Portugais appellent passaros de sol (oiseau de soleil) ; les habitants de Tcrnate, manuco Dewata (oiseau de Dieu) , ou hurong papeia (oiseau des Papous) , et qu'à Amboine et à Banda on nomme manu-key-Aron.

Sa taille atteint celle du merle; il a tout le dessus de la tête et du cou jaune clair, et le tour du bec et la gorge d'un vert d'émeraude chatoyant.

C'est au mâle de cette espèce que la mode emprunte les longs faisceaux de plumes jaunâtres qu'il porte sur les lianes, pour en composer les panaches dont les femmes aiment à orner leur chevelure. Vieillot, dans sa galerie des oiseaux, s'exprime ainsi qu'il suit , au sujet de ce paradisier.

« Cette espèce reste dans les îles d'Aron pendant la mousson sèche ou de l'ouest, et retourne à la Nouvelle- Guinée au commencement de la mousson pluvieuse ou d'est. Elle voyage en bandes de trente à quarante individus, sous la conduite d un autre oiseau qui vole toujours au-dessus de la troupe. Ce chef est, dit Valentin dans le Voyage de Forster, noir et tacheté de rouge; mais jusqu'à présent personne ne dit l'avoir vu en nature. Les oiseaux de paradis ne s'en séparent jamais, soit qu'ils volent, soit qu'ils se reposent; mais cet attachement pour leur guide cause quelquefois leur perte , quand il

se repose à terre ; car ils ne peuvent s'envoler que difficilement, à cause de la forme et de la disposition parliculière de leurs plumes.

« Ils se perchent sur les grands arbres , particulièrement sur le waringa à petites feuilles et à fruits rouges, dont ils se nourrissent (ficus benjamina).

« L'étendue, la quantité, la longueur, la souplesse de leurs plumes hy pocondriales , leur permettent bien de s'élever fort haut, les aident à se soutenir dans l'air, à le fendre avec la légèreté et la vitesse de l'hirondelle de Ternate ; mais si le vent devient contraire, ce luxe de plumes nuit à la direction du vol , et alors ils n'évitent le danger qu'en s'élevant perpendiculairement dans une région d air plus favorable, et ils continuent leur route.

« Quoiqu'ils prennent toujours leur vol contre la direction du vent, et qu'ils évitent les temps d'orage, ils sont quelquefois surpris par une bourrasque : c'est alors qu'ils courent les plus grands dangers. Leurs plumes, lougues et flexibles, se bouleversent, s'enchevêtrent; l'oiseau ne peut plus voler; ses cris répétés annoncent sa détresse; il lutte en vain contre Forage, son embarras augmente, la frayeur redouble l'impuissance de ses efforts, il chancelle et tombe. Les Indiens, attirés par ses cris, le saisissent ou le tuent, ou il n'é-

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chappe à la mort qu'en gagnant proniptement une élévation d'où il peut reprendre son vol.

« La femelle a seulement les deux pennes intermédiaires de la queue plus courtes que celles du mâle. »

V oiseau de paradis rouge (paradisea rubra) appartient également à la première section déterminée par Cuvier.

Cette seconde espèce, que quelques ornithologistes croyaient être la même que celle dont je viens de parler, se caractérise surtout par la couleur rouge des faisceaux de plumes dont ses flancs sont ornés, et par les filets de la queue, plus larges et concaves d'un côté.

En outre, un velouté noir entoure la base du bec, et les plumes du sinciput, assez allongées pour simuler une petite huppe ; les plumes du dessous du cou et du haut du dos, le croupion, les côtés de la gorge et de la poitrine offrent des teintes jaunes.

On ne sait pas précisément dans quelle partie de l lnde vit cet oiseau.

Dans la seconde espèce , les plumes des flancs ne dépassent pas la queue.

Le manucaude royal (paradisea regia) est un des plus beaux paradisiers du genre.

Une riche couleur orangée et veloutée occupe le

sommet de la tête; le cou et la gorge sont d'un brun rougeàtre , brillant , satiné , mais plus foncé sur cette dernière partie, au bas de laquelle se I trouve une raie trans-

versale blanchâtre , suivie d'une large bande d'un vert d'émeraude à reflets métalliques.

De larges plumes grises à leur base et dans la plus grande partie de leur longueur, traversées ensuite par deux lignes, Tune blanche , l'autre d'un beau roux, et toutes terminées par une couleur de vert doré, occupent les hypocondres, le dos et les rectrices supérieures. Les pennes alaires sont d'un rouge velouté, les rectrices sont de la même teinte.

Les deux larges filets qui tiennent lieu de deux pennes intermédiaires de la queue, et dont l'extrémité est garnie de barbes asssez longues, se replient en dedans sur elles-mêmes, de manière à

former un rond dont le centre reste vide, et se parent sur ce point d'un vert d'éineraude à reflets dorés.

Le manucaude royal, que Ton rencontre à Sopclo-o, Tune des îles Àron, et particulièrement à Void-Sir, pendant la mousson de l'ouest, est d'un naturel solitaire. Il ne se perche jamais sur les grands arbres, voltige de buissous en buissons et se nourrit des baies rouges que produisent certains arbrisseaux.

Les insulaires les prennent avec des lacets et au moyen de la glu qu'ils tirent du fruit à pain.

Il paraîtrait que cet oiseau se reproduit dans la Nouvelle-Guinée, et qu'il ne serait que de passage dans les îles Aron.

Le paradisier-lath se distingue par la couleur des plumes qui couvrent les parties supérieures du corps d'un rouge -baie à leur extrémité; elles deviennent vertes à leur partie inférieure et sur les flancs. Un faisceau de plumes jaune-paille orne les côtés du cou , et un autre faisceau de même couleur, mais plus intense, se trouve vis-à-vis le pli de l'aile.

Vieillot place le paradisier-lath dans la division des samalies, et fait des manucaudes le type d'une division particulière.

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Les espèces qui possèdent les plumes effilées , mais courtes des flancs, et qui manquent de filets au croupion, se nomment sifilets (parotia).

La seule espèce qui compose cette section est le sifilet à gorge dorée [paradisea aurea) \ elle doit ce

nom aux tilets qui partent, au nombre de trois, de chaque côlé de la tête et se dirigent en arrière.

Ces filets se terminent par des bandes assez longues, et disposées en palette.

Le sommet de la tête est orné d'une sorte de huppe, formée par des plumes qui s'élèvent de la

base du bec, et tellement mélangée de noir et de blanc que l'ensemble de ces couleurs présente un ton gris de perle. Des plumes noires à barbes désunies naissent sur les côtés du ventre ; celles de la gorge, étroites à leur origine, larges à leur extrémité , sont d'un beau noir de velours dans le milieu , et de couleur d'or changeante en violet sur les côtés , avec des reflets de diverses nuances vertes.

On remarque derrière la tète une sorte de collier pareil aux plumes de la gorge ; la queue ressemble à du véritable velours noir d'une richesse et d'un moelleux admirables.

Plusieurs barbes longues , séparées et flottantes ornent ses pennes.

Il habite également la Nouvelle-Guinée.

La quatrième espèce ne possède ni filets ni prolongement aux plumes des flancs. Vieillot eu composait la division des lophorines.

Cuvier n'admet dans ce groupe que deux espèces.

Le paradisier superbe (paradisea superba) , que les Papous nomment shaywa , ce qui signifie oiseau de serghile. Les naturels de Ternate et de Tidor en font un très-grand commerce, et l'appellent suffo-o kokotoo (oiseau de paradis noir).

Cette espèce est très-curieuse à cause de la direction qu'affectent quelques-unes de ses plumes.

Celles de la partie inférieure de la gorge , d'un vert bronzé, à reflets violets, s'étendent sur la poitrine, et simulent, en s'écartant sur les côtés du ventre, dont elles laissent le milieu à découvert, une queue d'hirondelle.

Le dos, le croupion, les ailes, les rectrices cau-

dales et les tectrices offrent les mêmes nuances.

De longues plumes veloutées semblent sortir des épaules, se relèvent tantôt trèshaut, tantôt plus ou moins sur le dos, et s'inclinent en arrière en formant une espèce de mantelet, qui s'étend presque jusqu'au bout des ailes.

Celles qu'on voit sur le dessus du bec ,

se présentent comme deux petites huppes noires. Les habitants de la Nouvelle-Guinée portent et vendent à Salawar ces paradisiers dans des bambous creux , après les avoir fait sécher à la fumée

autour d'un bâton, et leur avoir ôté les entrailles, les ailes, la queue et les pieds.

La deuxième espèce admise par Cuvier est le paradisier orangé (paradisea aurea), que Gmelin plaçait parmi les loriots, sous le nom de oriolus aureus.

Cet oiseau ne présente aucun développement extraordinaire de plumage, et ne se fait reconnaître qu'au velouté de ses plumes.

La livrée du mâle est généralement d'un orangé très-vif; on ne trouve de noir que sur la gorge et sur les premières rémiges.

Chez la femelle, le brun remplace l'orangé.

Latham et Gmelin confondaient parmi les paradisiers un oiseau que Cuvier classe dans le genre merle, c'est Y oiseau de paradis noir ou la pie de paradis [paradisea ?iigra), caractérisée par une queue très allongée. Quelques ornithologistes ont depuis rendu cette espèce aux paradisiers , pour en faire un genre sous le nom iïastrapie [astrapia).

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