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VICE

La contemplation du vice est vice. (Méidani, m, 169)

330 LA MORALE KN OHIENT

VICES (naissance et suites des)

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Le honheui- des lioniuies est fumlé sur la tempérance et la modération. La dissipation, le luxe causent leur l'uine, et les exposent aux rigueurs du froid, au su])l)lice de la faim, à toutes les horreurs de la misère.

J'en ai moi-même la preuve dans mes Mantchoux. Quand leurs mœurs étaient austères, quand ils pratiquaient la continence, ils vivaient heureux et chacun d'eux pouvait faire à ses frais toutes les campagnes. A présent qu'ils mènent une vie molle et voluptueuse, ils éprouvent tous les maux que l'indigence entraine après elle.

Vous savez avec quelle vigilance j'ai pris soin des jours et du bonheur de mes guerriers; vous savez combien de lois j'ai promulguées pour régler leurs mœurs. Soins inutiles ! rien ne peut les arracher au luxe et à la dissipation.

Je les vois presque tous aujourd'hui vendre leurs maisons et tout ce qu'ils possèdent pour se livrer à des excès de table. La dépense d'un seul repas pourrait les jaire vivre plusieurs jours et leur coûte la paye d'un mois entier. Ils se dégoûtent de ce qui faisait autrefois leur nourj'iture ; ils ne conq»tejit ni leur revenu ni leui dépense , et, aussitôt qu'ils ont reçu leur solde, elle s'é- . happe de leurs mains. A peine le riz de munition leur

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(.'st-il distribue, qu'ils lu portent au marché et se liàtent (le le donner pour ce qu'on veut bien leur en offrir.

Mais, quand, après avoir tout dissipé, ils se trouveront sans ressource, de quoi vivront-ils? Ils n'auront l)asmème de riz. Il faudra s'habiller, mais avec quoi? Alors commenceront les murmures ; mais ils ne sauront ]);is même encore se repentir de leur dissipation et lui attribuer leur misère.

Je regarde l'incontinence comme un effet de l'habitude ; mais on ne peut plus la perdre quand on Ta contractée, à moins de se bien persuader qu'elle ne produit aucun bien véritable. En effet, le plaisir que procurent les mets ne dure que le temps qu'on les goûte.

Mais, quand celui qui s'est fait une habitude de la bonne chère est obligé d'y renoncer, quand il ne voit sur sa table que du riz cuit à l'eau, il n'y touche qu'avec dégoût; il semble qu'il ne puisse avaler, et la tristesse de son front témoigne bien qu'il se croit malheureux. Il ne pense pas qu'il faut rendre grâce au Ciel pour une seule assiette de riz, s'en nourrir avec joie et l'cconnaissance, et que le Ciel ne manquera pas de punir, par la perte du bonheur, un dégoût accompagné de tant d'ingratitude.

Je ne saurais trop vous exhorter, ô guerriers, à rejeter tout ce qui tient au luxe et à la dissipation. Si vous écoutez, si vous suivez mes conseils, vous serez un jour reconnaissants de mon zèle et de mes soins pour vous ; et je vous proteste en ce moment que vous me trouverez disposé à vous accorder des gratifications qui vous procureront l'aisance et le bonheur.

0 vous, princes et grands, (jiie votre retenue serve d'exemple aux guerriers qui vous ohéissent. Quand ils veiront leurs chefs embrasser des mœurs plus austères, ils se corrigeront deux-iiièmes, et ne montreront bientôt que de lliorreur pour cette vie molle et désordoniiée qui fait aujourd'hui leurs délices.

Je ne puis regarder mes ^rantclioux:ivcc indilltrcnee. Kli! ne scrais-je pas coupable si je négligeais d'cclaireides hommes qui ont avec moi les mêmes os et la même chair? Comment, hélas! garderais- je le silence en voyant Tétat déplorubhi dans lequel eux-mêmes se sont plongés?

Les dissipateurs et les hommes perdus condamnent mes lois les plus justes; ils font répéter aux échos que je suis un souverain trop dur.

C'est donc une dureté de ma part d'avoir défendu l'ivrognerie, vice méprisable qui pervertit la nature de l'homme, qui corrompt toutes ses l>elles qualités, qui produit les querelles et les haines, qui entraîne après lui le malheur et la ruine?

Est-ce dureté d avoir interdit à mes guerriers le jeu, qui dépouille les hommes de leur fortune et même de leur subsistance, qui les réduit à la misère, qui est dé fendu par les lois, et qui, même sans elles, ne manque jamais d'être puni?

Est-ce dureté de leur avoir défendu les spectacles et ces tripots publics où les dissipateurs se rassemblent en foule et achètent un plaisir bien court, plus que ne peut leur rapporter la solde d'un mois entier?

Est-ce dureté de leur avoir interdit les combats de coqs et de cailles ; plaisir qui distrait rhonunc de toute>

pensées utiles, lui fait né^lijiçer ses îiiïaires les plus importantes et jus(ju'à ses tlevoirs, éteint en lui le ilésir de s'instruire, et le rend enfin Teselave huniijle et soumis d'un vil animal?

Est ec dureté d'avoir empêché les violences et les friponneries?

Est-ce dureté d'avoir défendu aux soldats de faire le service les uns pour les autres? Convient-il au guerrier de ne pas remplir son devoir et de sacrifier sa paye à la paresse? Et, s'il s'agit de combattre, celui qui s'est engagé à risquer sa vie pour son camarade iiiontrera-t-il beaucoup de courage?

Est-ce dureté d'avoir défendu de vendre, et même d'engager d'avance, comme il se pratiquait, le pain de munition, subsistance nécessaire du soldat, de sa femme et de ses enfants? Comment racliètera-t il ensuite ce pain que la débauche lui aura fait donner à vil prix? Il faudra donc qu'il périsse avec toute sa famille î

Est-ce dureté d'avoir interdit les dépenses fastueuses pour les mariages et les enterrements, d'avoir ordonné à chacun de se vêtir suivant son rang, d'avoir établi une différence entre les hommes titrés et le vulgaire obscur? Il valait mieux, sans doute, permettre une ruine générale pour une sotte envie de briller?

Est-ce dureté d'avoir défendu de se faire un métier des procès, d'embrouiller la vérité, de l'envelopper de mille ruses, de rendre l'innocent criminel et le coupable innocent?

Yoilà pourtant ce qu'on me reproche ! Mais ai-je défendu quelque chose que je dusse permettre? Toutes ces interdictions ne tendent-elles pas à votre avantage?

3i0 LA MORALE EN ORIENT

ne les ai-je pus faites pour votre bonheur? Vous sentez tous qu'elles m ont été dictées par le zèle que voire inté rèt m'inspire ; méritent-elles que vous me témoigniez votre reconnaissance ou que vous m'accusiez du dureté?

Mais il n'est que des hommes perdus de vices et de débauches qui osent m'aicuser : ils ne me pardonnent pas de mettre obstacle à leurs excès. Mes prétendues l'igueurs, loin d'inspirer de la crainte aux hommes honnêtes, ne peuvent que leur plaire.

Il me serait aisé tle faire chérir ma clémence et ma douceur aux dissipateurs, aux débauchés, aux pervers : je n'aurais qu'à les aljandonner à leur pernicieux caprice, à leur dissolution, à leur scélératesse. Mais je ne puis être leur complice, ni voir d un œil tranquille le malheur de mes sujets. (L'empereur Yolng-Tchïng — tiaduit du mantchou par Léontief et Lévesque;

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