‹ l'esprit des OrientauxChapitre 9 sur 214 · AMBITIEUX · texte numérisé non relu

AMBITIEUX

Un homme avait deux femmes et les laissait mourir de faim. Il sortait dès le matin et ne rentrait que le soir, rassasié, fier et content. A Ten croire, il dinait chaque jour chez les plus grands seigneurs ou les plus riches particuliers de la ville. Cependant, jamais aucun seigneur ne lui rendait visite, jamais on ne recevait de leur part aucun message. Cela rendit suspectes aux deux femmes les brillantes liaisons de leur époux.

I/uiu' d'elles voulut s'en éi'l;iircir : elle le suivit un jour de loin s:iris en être iipenue. Croyez-vous (|u'elle le vit entrer dans (|uel(|ue j)alais'.' l'oint du tout. Il traverse toute la ville sans être ahoi-dé de jx'rsonne, sans que ])ersonne dai^Mie lui parler, ni même lui accorder un salut. Il ga;.»:nc la campagne, entre enfin dans un cimetière, et mange les restes du repas funèbre. Il rentre dans la ville, mendie de porte en ])orte, reçoit et dévore les restes des tables et de la valetaille. La femme revient chez elle, couverte de honte et le désespoir dans le cœur. — Ne connaîtriez-vous pas quelques gens qui ressemblent à cet homme? Oui, sans doute, et ce sont presque tous ceux qui recherchent les grands emplois. Ils shumilient en secret et ne rougissent d'aucune bassesse ; mais, chez eux, rien n'égale leur orgueil. Si leurs femmes voyaient Tabjection de leurs superbes époux, elles rougiraient et verseraient des larmes, comme la femme du mendiant que son mari avait si longtemps trompée. (Meng-Tseu)

Page 1