‹ L'esprit du droit romain dans les diverses phases de son développement: dansChapitre 21 sur 87 · A. FONDATION DT7 DROIT. -— LA 70BCE · texte numérisé non relu

A. FONDATION DT7 DROIT. -— LA 70BCE

de rÉtat , à lai ea abandonner la réalisation , c'est à peine si nous connaissons, endroit, la foi*ce individuelle. Partout où elle se montre sans Tautorisation de l^tat, nous la punissons et la poursuivons comme une atteinte à Tordre juridique. Mais autant , à nos yeux , la force et le droit sont différents Tun de Pautre, autant Tintnition actuelle que nous possédons de ces deux idées diffère de celle des anciens romains. H faut , dès que nous posonâ le pied sur le sol de la Rome antique , que nous abandonnions complètement les notions actuelles que nous avons sur TÉtat et sur Tordre juridique.

Notre distinction si rigoureuse du droit et de la force est-elle, d'ailleurs, bieii exacte en fait? N*y a-t-il pas, aujourd'hui même ,. de terrain sur lequel ils marchent la main dans la main? Nous avons déclaré la guerre à la force dans la sphère étroite de la vie civile ; elle ne s'y montre plus aujourd'hui que timidement et à la dérobée, et nous ne nous doutons pas qu'il fut un temps où elle eut , même sur ce terrain , la puissance la plus étendue. Mais la force bannie des humbles régions de la vie privée , s'est réfugiée sur les sommets où s'agite l'histoire du monde. Lorsqu'un peuple opprimé s'affranchit de la tyrannie qui pèse sur lui, lorsqu'un gouvernement rejette loin de lui le joug d'une constitution funeste , imposée dans un moment de suprême atonie , par des masses ignorantes , lorsque Tépée du conquérant fait crouler un état vermoulu , et taille des lois au peuple vaincu , — que répond notre théorie du droit et de la force? Elle accepte le changement comme un fait accompli et sauveur. En d'autres termes , elle ne peut se soustraire à l'aveu que la force comme telle, peut quand même, détruire ou créer le droit. L'histoire, avec sa puissance gigantesque, semblable à celle de la nature , ne se laisse pas emprisonner dans les toiles d'araignée d'une théorie; sitôt qu'elle s'agite, elle en brise d'un seul coup tous les fils , laissant à la théorie le soin de les renouer pour le nouvel état du monde.

Que conclure de là? Si aujourd'hui même nous voyons encore la force créer le droit, quelle autre mère aurait-il eue à Tori-

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gine de l'histoire? Gardons-noas cependant de confondre Tune avec l'autre, et ne disons pas que la force régnait au lieu du droit. Alors même le droit existait déjà, mais il avait une autre forme qu'aujourd'hui : le droit n'existait point comme une puissance objective qui se réalise par elle-même, mais comme un sentiment juridique interne et subjectif. Le sentiment du droit gravait son empreinte sur ce que la force avait créé, acquis ou conquis , il en faisait une partie .de l'individu même, doublant ainsi l'énergie qu'il mettait à le maintenir. Le premier germe du sentiment juridique est le sentiment de la raison propre fondée sur la conservation des forces propres , et tendant au maintien des fruits de celles-ci. Ce que l'homme a conquis à la sueur de son front, ou au prix de son sang, il veut le conserver. Ce sentiment implique, il est vrai, la reconnaissance du droit d'autrui , mais en pratique le respect du droit d'autrui ne se développe qu'insensiblement et avec peine. Dans l'origine, ce respect se borne au cercle étroit des associés. Tout homme qui se trouve en dehors de l'association est sans droit, contre lui on peut donner carrière à la violence, et la force prépondérante fonde le droit. La violence est permise même contre les associés , dès qu'ils lèsent la personne ou la possession d'un co-assodé. La force privée fait récupérer ce qu'on a perdu , et si la revendication devient impossible , elle calme au moins la soif de la vengeance.

Tels sont les contours du sentiment juridique brutal dont les Romains ou leurs ancêtres étaient à peine sortis qu'ils l'avaient déjà oublié, mais qui s'est toujours conservé chez eux, bien que revêtu d'une forme plus raffinée et plus noble. Le monde appartient à la force individuelle. C'est en lui-même que chacun porte le fondement de son droit , il doit le défendre par lui-même : telle est la quintessence des idées de la Rome antique sur la vie. ' C'est ce que nous allons établir par les traces que nous en ont conservé le droit , les mythes et l'étymologie.

Le monde romain fut fondé par l'épée, et l'épée ou la lance est le plus antique symbole du droit romain. Ce ne furent pas

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