‹ L'esprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 2)Chapitre 100 sur 106 · II. BBYUE BETBOSPECTIYE · texte numérisé non relu

II. BBYUE BETBOSPECTIYE

d^abord les personnes chargées de faire mouvoir ces institutions et d'y veiller : ce sont les pontifes , les augures , les féciaux et les conservateurs des livres sibyllins. Leur influence était grande, mais pour pouvoir Texercer ils devaient y être invités par Tautorité publique. Ils ne faisaient que répondre à des questions, Tinitiative leur manquait. Le fonctionnaire pouvait, s'il le voulait, prendre les auspices lui-même, ou appeler un interprête qui n'appartenait pas au collège des augures ; Tobser* vation faite par un augure, sans invitation de la part de Tautorité , n'obligeait point ("0 1^ fonctionnaire. Le collège des augures pouvait bien déclarer nul un acte, par exemple, l'élection d'un magistrat dans les comices , pour une irrégularité commise en consultant les auspices , mais il ne le pouvait , que je sache , que lorsqu'il était interrogé à ce sujet. Les féciaux décidaient les controverses internationales, mais il fallait aussi qu'ils y fussent conviés. Les pontifes étaient les gardiens du droit sacré : ils étaient très honorés et très influents , mais ils étaient dépourvus de toute autorité dans un conflit contre la volonté du peuple. Les condamnations criminelles prononcées par eux étaient sujettes à l'appel au peuple ; et il arriva plus tard que le peuple cassa leurs sentences d'absolution. Il advint même au cinquième siècle de Rome que le peuple força le pontifex maximus à célébrer une cérémonie qu'il avait déclarée contraire au droit sacré {*'*).

Quelque grande ou petite, du reste , qu*ait pu être l'influence de ces hommes, n'oublions point que leurs fonctions étaient considérées et traitées comme des fonctions publiques. On en

(>9«) Sur la position des augures , v. surtout la dissertation instructive dé RuBnro, L c. , p. 44-62, et sur les féciaux, ibid., p. 170 et ss. Sur les conservateurs des livres sibyllins, v. HABTUira» B&m, religion, 1. 1, p. 186.

C*) TiTE LiVB , IX , c. 46 : Coaetusque cotuensu populi Cornélius Bar^ baius Pontifex maximus praeire verba, qttum more majorum negaret nisi eonsulent aut imperatoreni posse tempium dedicare.

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roTêtait des personnages qui, jusque-là» avaient consacré leur vie à rintérêt de TÉtat. En acceptant ces emplois ils ne considéraient pas leur carrière politique comme terminée; ils avaient encore à se ménager la faveur du peuple , et ne devenaient nullement étrangers à l'intérêt de TÉtat. L'intérêt de caste ne les entrsdjiait pas à abuser de leur autorité ou à Faccroitre au préjudice de l'État. Dans ces emplois , comme dans tous autres , ils se sentaient exclusivement citoyens et Romains, et le sentiment qui les inspirait comme tels , leur servait aussi de guide dans l'exercice de leurs fonctions. Ce sentiment devait souvent étouffer dans son germe la possibilité d'un conflit du droit ecclésiastique et des intérêts politiques ; il dictait en effet l'esprit dans lequel ûb interprétaient les livres sacrés, les signes, etc. Un pontife ou un augure dévoué à l'État, pouvait, sans croire se rendre coupable d*impo8ture ou de prévarication, donner l'interprétation qui était la plus favorable aux nécessités de la politique. A l'époque où les patriciens étaient encore dans la possession exclusive de ces charges, les plébéiens leur reprochèrent souvent de ne s'en servir que dans l'intérêt de leur parti (*'*). Plus tard, et avec bien moins de scrupule encore, on fit dans l'intérêt véritable de la société toute entière , ce qui alors se pratiquait dans l'intérêt exclusif d'un parti.

(•••) Par ex. Tite-Live, IV, c. 7. (an 810 av. J.-C.) : ,..,augurum décréta perinde ctc vitio creoH honore abiere (triburU militum), quod C. Curtiuê, çut comitiU eorum praefuerat, pctrum recte tabemaculum cepUset, Titb- LiYB, YIII, c. 28 (an 428 ay. J.-G.) : ....con^u/ft' augures viHosum videri dictatorem pronuntiaverunt. Eam rem TBIBUVI 8U8PBCTAM DnTAXBMQUB OBIMWAKDO FRCRBURT... fuc quemque tnortalium exstarey qui se vidisse etut (xudivisse quid dicat, quod auspieium dirimeret, neque augures dipinare Eomae sedentes potuisse, quid in castris constdi viHi obvenisset, Cui non apparere , quod PLBBBJUS dictator sit, id vitium (tuguribus visumt Dès l'an 293 1 suivant Titb-Livb, les tribuns mirent en suspicion une décision des Ihtumviri Ubrorutn sacrorum : id faetum ad impediendam legem tribuni criminabcmtur ingensque aderat certamen.

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n ne sera pas inutile de rappeler ici Tobservation souvent répétée (>>t), que c^était une maxime de la politique romaine , que rÊtat lui-même devait discipliner la marche de certains <x>urant8 religieux que Ton jugeait opportun de tolérer. Il les plaçait ainsi dans sa dépendance. Reconnaître publiquement un -culte nouveau, lui concéder des droits égaux, était, aux yeux des Romains, un danger moindre que de le tolérer simplement. L'on adoptait ce parti toutes les fois qu'il devenait impossible de supprimer un culte qui était parvenu à s'introduire; au point de vue purement politique , ce parti était plus sage que la simple tolérance religieuse, ce moyen terme pratiqué de nos jours. Rome ne connaissait pas ces prêtres d'un culte autorisé à contre-cœur, qui, pleins de ressentiment contre l'État, emploient contre l'intérêt de l*Ëtat leur empire sur les âmes , en usant de restrictions et d'odieuses dissimulations. Ou bien elle les chassait, lorsqu'elle considérait le culte qu'ils voulaient introduire comme un danger public, ou bien, lorsqu'elle les tolérait eux et leur culte, elle leur assignait une position , qui, au lieu de les pousser dans l'opposition, les forçait, au contraire, de concourir à son but.

Telle était la situation des personnes ecclésiastiques. Examinons maintenant le culte et les dogmes pour autant qu'ils eussent une relation avec la politique et présentassent un intérêt pour l'administration de l'État. Le spectacle qu'ils nous offrent est bien le plus écœurant de tout le monde romain. Que l'esprit

C*^ Par exemple Rubino, l. c.,p. 204, note : Il suffit de rappeler les haruspices, les livres sibyllins, les vates, l'accueil des cultes grecs, etc., pour pouvoir conjecturer ce qui se passait à l'époque primitive. Les principes ne restèrent pas indifférents vis-à-vis des religions nouvelles et des arts religieux nouveaux, ils les attiraient à eux, les modelaient et en tiraient profit : c Mécène donne ce conseil à Auguste : (Dion Cassius,

• L. n , 86). La divination doit exister, mais elle doit être exercée par

• des fonctionnaires publics , connus de l'État , et non par des charlatans

• nomades. »

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qni les avait créés les eût abandonnés, que feuitômes vains et vides ils continuassent à avoir une existence apparente, ce n'est point là ce qn'il y a de plus choquant ; ce phénomène se répète partout ; (II, 500), ce qui révolte c'est qu'une raison prosaïque et froide s'empara d'eux avec l'intention, il est vrai , de les conserver (*^), mais aussi avec le dessein bien arrêté de les adapter et de les faire servir à ses fin?. Cette influence néfaste de la raison dans une matière qui aurait toujours di\ lui rester étrangère, ce jésuitisme intentionnel ou inconscient, qui observe les formes indifférentes, parce qu'elles ne le gênent point, mais qui écarte par de misérables sophismes les véritables obstacles que lui oppose la religion , ce mélange de superstition , de ruse et d'art juridique appliqué aux choses de la religion,, jettent une ombre rebutante sur le tableau du caractère romain. Ce n'en est pas moins un spectacle assez étrange pour qu'il soit intéressant d'en faire connaître l'essence véritable.

Examinons donc les principes religieux et les formes dont la rigoureuse observation est le seul objet , en définitive , des

f^} n serait très mtéressant, mais naturellement nous ne pouvons le fÎEÛre ici , de montrer la ressemblance qu'il y a entre la manière dont fut traitée la jurisprudence romaine et la religion. Les mêmes faits que nous rencontrons dana la première» (par exemple le formalisme, la conséquence logique, les fictions, les actes apparents, etc., même quelques principes matériels, II, 382 s.), se reproduisent dans la religion , mais avec un efifet complètement opposé. Ce qui était approprié an droit et qui en favorisait le développement, au plua haut degré, était au même degré préjudiciable pour la religion et Péloignait de plus en plus de son véritable esprit. Voir traiter théologiquement des questions juridiques est plus supportable encore que voir traiter juridiquement des questions théologiques. Rmnio» {. c, p. 219, note 2 fait remarquer « que le fait que la icientia justi et if{justi embrassait aussi la religion est bien caractéristique de la pensée romaine • Le juriste connaît la définition légale de la jurisprudence : rerum divinarwn atque hunutnarum noHtia, justi atqiie injtuti êcientia (L. 10, § 2 de J. et J. et 1, 1. 2) ; il sait aussi que la théorie des sacra était comptée parmi les branches du jus publicum (L. 1, § 2, ibid.).

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louanges que Ton a prodiguées avec tant d^exagération à la religiosité romaine (''*). Ne sont-ils pas parfaitement conformes aux buts temporels des Romains? La religion, il est vrai, protège les institutions politiques romaines, mais cette religion est assez complaisante pour reyêtir au gré de l'État, toutes les transformations qu'il réclame d'elle. Elle couvrira de son manteau les rapports de la vie, mais il suffira aussi d'un signe pour qu'elle cesse de les consacrer. IjHnaugurcUio peut être retirée si les auspices sont favorables (>^^), le mariage conclu avec la consécration religieuse delà confarreatio peut se dissoudre parla diffareatio; un lieu sacré peut redevenir profane,. les dieux mêmes peuvent être contraints d'émigrer d'un temple dans un autre. Cette consécration religieuse, d'un autre côté, n'est pas restreinte aux objets qui ont rapport à la religion , elle peut être appliquée à toute institution quelconque ("*).

En déclarant la guerre, les féciaux devaient jeter la lance sur le territoire de l'ennemi ; lorsque l'extension du territoire romain rendit l'observation de cette prescription incommode, on sortit d'embarras eu faisant acheter par un soldat de Pyrrhus, fait prisonnier, un terrain devant le temple de Bellone : ce terrain fut considéré comme territoire ennemi ('^*j. Le chef d'armée qui avait éprouvé un revers, devait retourner à Rome pour y attendre de nouveaux auspices favorables ; les Romains éludèrent de la même fagon cette prescription gênante : on convertissait en ager

('>*) Hartung, /. c.fly p. 186, dit par exemple... H faut dono vanter les Romains de ce qu'ils ont possédé, plus qu'aucun auti*e peuple de la terre, une religiosité générale profonde et indestructible.

(SM) Trrx-LiVB raconte ce qui suit de Tarquin le jeune , I, c. 55 : exau^ gurare fana sacelîaque stafuit,,, omnium sacellorum eœaugurationes admittebant avcs.

C^*) Plus tard par exemple , le Sénat décide par décret ce qui doit être faSf V. Frontoi, Strateg.y IV, 1, 88 : ne quem ex iis sepelire vel lugere FA8

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