‹ L'esprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 2)Chapitre 81 sur 106 · II. CONSTITUTION MILITAIBE · texte numérisé non relu

II. CONSTITUTION MILITAIBE

doit pas s^étonner non plus de ce qne, dans la suite du temps, la participation du peuple à la justice criminelle se soit réduite au minimum que le roi jugeait bon de lui abandonner.

On a reproché à Topinion que je viens de développer sur la royauté romaine, ou plus exactement, sur son motif originaire, d'insister de parti pris sur le côté militaire. Comme cette critique vient de la part d'hommes (^*^) devant la compétence desquels, en matière d'antiquités romaines, je crois devoir m'incliner, elle ne saurait me laisser indifférent. D'autres que moi ont senti la nécessité de chercher l'explication de la royauté romaine ; lorsqu'on se représente les circonstances qui l'entouraient et le sol sur lequel elle est née, on a peine à se défendre de ce sentiment. L'esprit qui a marqué ses empreintes dans toutes les traces de l'époque primitive n'est pas favorable à la royauté; c'est l'esprit du sentiment viril de soi-même, de l'indépendance et de la spontanéité individuelles, c'est l'idée que chacun est son propre maître, et ne cesse de l'être que dans la mesure de la puissance qu il a concédée à un autre sur lui. La royauté ne peut, selon moi, se concilier psychologiquement avec cet esprit, que si son introduction peut être fondée sur des i*aisons qui, même à c« point de vue, devaient revêtir un caractère de nécessité. Or, vainement je cherche ces raisons en dehors du point de vue oii je me place. H n'est pas vrai de dire que l'intérêt de l'administration de la justice ait pu donner naissance à la royauté ; lorsque la dette était indéniable, le créancier s'en procurait lui-même l'exécution, sans que Tautorité dût d'abord lui adjuger le débiteur; lorsque la prétention était contestable, les deux parties abandonnaient la décision à un homme de leur choix (p. 196 s.).

(*'*) Par exemple Schwsoleb, Bômische Geschichte, I, p. 661.

260 LIVBB I. — TITBB I. — OHAP. n. — FAMILLE

Je ne puis non plus admettre que la royauté romaine ait dû son eidstence à la religion comme dans les théocraties de TOrient. La religion n'apparut dans la cosmogonie romaine (§ 8) qu^au second rang; Numa ne vient qu^après Romulus, et cette succession est rimage fidèle du rapport existant entre la hiérarchie spirituelle et la hiérarchie temporelle. Il suffit d'avoir la moindre notion de Tesprit romain pour savoir qu'il est impossible que le roi spirituel ait pu être en même temps chef d'armée ; mais il n'est nullement étrange, au contraire, que le chef d'armée ou le souverain temporel ait rempli en même temps des fonctions sacrées.

On a voulu, à l'exemple de l'Etat patriarcal, rattacher la royauté romaine à la puissance paternelle C**^). Cette idée pourrait s'appliquer à un état fondé sur le principe de la famille ; mais il suffit de la pousser dans ses dernières conséquences pour juger de sa valeur dans notre matière. Si le monde romain avait eu le sentiment et l'intelligence de cette application de la patria potestas, il en eût à coup sûr poursuivi la première réalisation dans l'organisation de la gens; le patriarche de la gens aurait été l'image originaire naturelle du souverain patriarcal. Mais l'organisation de la gens est républicaine jusque dans ses racines : les gentils héritent les uns des autres, ils s'aident mutuellement, prennent des décisions, exercent le pouvoir disci-plinaire. On nous parle bien d'un princeps gentis (**•), mais nulle

(*•«) Snrtout Lanob, Rôm, Alterthûmer, t. I (2*édit.), § 44, bien qu'il soit obligé de convenir de la distance qui les sépare. Y. p. 327, 240. Au fond c'est aussi l'opinion de Moxmsbn, Rôm, Geschichte, I, chap. 6 (4* édit.), p. 64... « Unité évidente de la maison souveraine romaine qui s'étendait * sur Borne entière... » « Il (le roi) a dans la communauté la même puis- » sance que le père de famille dans la maison domestique, et comme ce » dernier il règne à vie... Il a, comme le père, le droit de correction et » la juridiction. »

(***) Macbobs, Sat., I, 6, in fine, princepë Comeliae gentis, Subtonb, Tib., cl. Atta claudio gentis principe.

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