II. CONSTITUTION MILITAIRE
part il n'est question d'un souverain monarchique de la gens. Si Torganisation de TÉtat était faite à Timage de celle de la maison domestique, — et c'est bien cela que l'opinion dont il s'agit tend à établir, — si le poste de père de famille se reproduisait dans celui de roi, comment expliquer que ce poste n'existe pas précisément dans le cercle plus étroit de la gens^ qui est infiniment plus rapproché de la famille? L'architectonique de l'État antique repose essentiellement sur la reproduction des petites sphères dans les plus grandes, sur la loi d'imitation et de symétrie. En présence de ce fait incontestable rien ne peut expliquer, dans le prétendu emprunt du père à la famille, que l'on ait sauté dans la constitution de l'État par-dessus le chaînon intermédiaire et si important de la gens, pour ne pas parler de la curie. La position même du roi romain vis-à-vis du peuple, ne répond en aucune façon à la position spéciale du patriarche, sans compter l'absence de toute indication étymologique en ce sens. Le patrimoine de l'État n*est point domaine royal, il est res puhlica. Le roi n'est pas pris dans le sein d'une famille déterminée, encore moins est-il héréditaire ; il est tout-àfait librement élu. Il n'a pas le moindre pouvoir sur la fortune des particuliers; tandis que la puissance paternelle remet au contraire toute la fortune de la famille entre les mains du père. Â l'extérieur même , là oii il aurait eu occasion de représenter son peuple, comme père, ce n'est pas le roi qui revêt cette qualité; on nomme pour ce cas exprès un père artificiel (pater pcUratus)^ lequel, après avoir formulé ses plaintes devant le peuple étranger, retombe dans son néant, pour faire place ensuite au roi comme chef d'armée. La formule dont se sert cet envoyé — une des formules les plus anciennes, évidemment, qui nous aient été conservées (Tite-Live, I, 32), — caractérise hautement la position occupée par le roi. Il n'y est pas même question du roi, mais uniquement du peuple! — L'individu s'annonce comme < envoyé du peuple romain , » et après avoir achevé l'exposition de ses griefs, il ne menace pas d'en référer au Roi, mais avertit que les anciens de sa patrie sauront aviser