‹ L'Ésprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 3)Chapitre 67 sur 179 · LIV. II. — II" PART. — LES DROITS · texte numérisé non relu

LIV. II. — II" PART. — LES DROITS

tout le cours de leur histoire. Ce serait de la part de l'historien, montrer une coupable légèreté, ce serait avoir peu souci de sa mission, de ne voir dans ces principes que des faits positifs de la vie romaine, dont l'origine est enveloppée d'une obscurité impénétrable; des manifestations soudaines, auxquelles la pensée et la volonté humaines sont res^tées étrangères, des produits d'une mystérieuse puissance créatrice. Une pareille conception a beau vouloir paraître s'incliner avec une crainte respectueuse devant les ombres de l'histoire, elle rapetisse l'homme, elle rabaisse le droit. Le droit, en effet, n'est pas une plante, c'est un fragment de la pensée et du sentiment humains; le cœur, la raison de l'homme doivent expliquer ses mystères. Si donc les principes fondamentaux du droit romain ne peuvent nous révéler ni leur origine ni leur raison d'être, s'ils n'ont qu'une valeur de hasard, ils ne sont plus autre chose à nos yeux que les produits arbitraires des événements de l'histoire, et il importe que nous nous débarrassions au plus tôt de leur tyrannie.

L'étude que nous abordons doit en quelque sorte ouvrir la bouche aux principes du droit ancien, et leur arracher le mot de leur origine et de leur but. Elle est destinée à les ramener à leur état de fluidité primitive, à retrouver la substance originaire des idées, des appréciations et des considérations qui furent leur point de départ, à démêler les lois qui les ont revêtus de leur forme définitive ; en un mot, elle nous fera pour ainsi dire assister au spectacle de leur formation et de leur cristallisation. Y a-t-il témérité de ma part à proposer pareil problème? La solution en est-elle possible? Quoi qu'on en puisse croire, la question n'en est pas moins la plus instructive et la plus attachante de toutes celles que j'ai traitées dans le cours de cet ouvrage. Oui, j'éprouve un charme indicible à épier la marche de l'esprit humain à travers les voies les plus obscures de son activité préhistorique ; j'aime à découvrir ces galeries en ruines, que le temps a comblées et que creusa patiemment la main des hommes. Mon esprit s'exalte à eur-

prendre et à révéler la preuve que des milliers d'années auparavant, à cette même place, régnait une laborieuse activité, s'élaborait une création circonspecte et judicieuse; que ce monde souterrain du droit, avec ses fondations profondes, n'est point l'œuvre d'une puissance naturelle aveugle, mais le fait librement voulu, et la gloire de la pensée des hommes.

L'aspect rudimentaire du travail qui s'est fait, et l'apparence extérieure des travaux qui le cachent à nos yeux, sont bien faits, je l'avoue, pour refroidir cet enthousiasme. L'on ne s'est guère occupé jusqu'ici de pénétrer dans ces profondeurs. Mais il n'en est que plus beau, si le succès couronne nos elforts, de restituer à l'esprit humain ses propres conquêtes. Peu nous importe que les juristes romains eux-mêmes ne nous aient point frayé la voie, et qu'ils s'en soient tenus aux parties pratiques du droit accessible au grand jour. Nous n'avons que trop fidèlement suivi cet exemple. Il n'entrait point dans la manière desjuristes romains de remonter par voie de recherche historique ou philosophique jusqu'aux sources premières du droit; ils n'avaient même nul souci d'indiquer leurs idées générales, leur méthode, et l'appareil même au moyen duquel ils opéraient. Chez eux, nulle critique du droit existant, au point de vue législatif. Par bonheur, les matériaux abondent pour accomplir ce qu'ils ont négligé d'entreprendre.

Qui ne croirait que notre jurisprudence moderne a depuis longtemps pénétré jusqu'au fond de ces questions? Le temps, certes, ne lui a pas fait défaut; mais je puis, sans présomption aucune, affirmer que ce qu'elle a fait dans cet ordre d'idées est insignifiant. En faisant les recherches dont je vais exposer les résultats, j'ai pu me convaincre que j'explorais un pays entièrement vierge, recélant enfouies dans son sein, des richesses dont nous n'avons pas encore soupçonné l'existence. Je n'ai découvert, on le comprendra sans peine, qu'une faible partie de ces trésors, et encore que de pierres fausses, peutêtre, parmi les joyaux que je rapporte! La jurisprudence historique se tient en général pour satisfaite, lorsqu'elle s'est

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