IL REVUE RÉTROSPECTIVE
fait important ne se passe, sans qu'elle n'y intervienne. Cependant je dois contester, d'une manière absolue, que la religion ait exercé une influence décisive sur le droit et sur l'État, à Rome, à l'époque de la république (522). Il ne s'agit point de savoir si extérieurement la religion se montre partout , si elle participe à tout , si ses formes sont observées , si ses préceptes sont suivis : tout cela est vrai, et ne prouve cependant rien. Ce qu'il est essentiel de constater, c'est que l'esprit romain réduisait la religion à n'être qu'un moyen de réaliser son but, c'est que la religion dans l'Etat romain n'était pas maîtresse, mais servante. Ce n'est point, je le répète, que je prétende que les Romains se fissent, avec intention, un jeu des choses les plus sacrées (325); je soutiens seulement que c'était un besoin essentiel du caractère romain de subordonner, instinctivement et à son insu, toutes choses à son but, et de les diriger du côté où elles étaient le plus profitables à ce but.
Ma démonstration s'appliquera, comme on le comprend, au côté de la constitution religieuse et ecclésiastique de Rome, qui avait une relation pratique avec l'Etat et le droit. Le côté religieux pur n'a pour nous qu'un intérêt négatif, en tant que nous y voyons à quelle distance il se trouvait du côté politique. Les sacerdoces, qui appartiennent à ce côté de la question (324)r étaient peu recherchés, comme dénués d'influence politique, et les plébéiens eux-mêmes, dans leurs luttes pour les emplois
(322) L'opinion généralement répandue, est toute différente ; mais je n'ai pas réussi à me convaincre de son exactitude.
(323) Il fut un temps où on le croyait, et Polybe, VI, 56 , fut le premier à en donner un triste exemple. Il considère la religion romaine comme un simple moyen, appliqué et perfectionné par les classes dominantes dans l'intention arrêtée de tenir en bride la masse du peuple , par la crainte des dieux.
(324) Je ne parle point ici des pontifes , des augures , des féciaux , et décemvirs, plus tard XV viri sacris faciundis, qui avaient la garde des livres sibyllins ; je ne parle que des prêtres proprement dits : les flamines, le rex sacrificulus , les vestales, etc.