H. REVUE RÉTROSPECTIVE
et un fonctionnaire civil reprit la charge de l'instruction et de la discipline morales du peuple.
Le côté politique pratique de la religion romaine est infiniment plus intéressant et plus instructif. Nous avons vu plus haut (§ 21), que la religion s'infiltrait dans toute la constitution politique et dans le droit. L'idée qui en avait été la cause, était assurément une idée profondément religieuse , mais elle disparut. Les institutions qu'elle avait produites restèrent.
L'époque de la royauté n'est déjà plus inspirée par le sentiment qui donna naissance à ces institutions (327) ; le commencement et les premiers siècles de la république prouvent même un abandon décidé des traditions religieuses (328), motivé , il est
(327) Je suis heureux de pouvoir en appeler, en ce sens , à une autorité comme celle cTAmbrosch, dans ses Études, déjà souvent citées, p. 57 : « Il est certain que cette situation paisible et uniforme, nécessaire pour la naissance d'un sacerdoce et d'un système religieux, liés à mille formalités, se modifia sous la royauté. La légende n'a pas oublié de signaler ce passage de la religion et de la paix à un état d'irréligion et d'inquiétude , cette transformation d'une royauté ecclésiastique en royauté séculière. Le conquérant Tullus est ignorant des antiques préceptes de la religion, il les néglige : il est dénoncé comme l'ennemi des dieux. Son successeur, sous lequel la vie politique prend incontestablement un essor plus élevé , se débarrasse, lui et la royauté, des obligations de la religion, en abandonnant à des mandataires exprès , une partie notable de ses fonctions ecclésiastiques. Sous les règnes suivants, la politique prend une importance de plus en plus grande.... Le dernier roi de Rome est représenté comme un contempteur de la religion nationale et un partisan des cultes étrangers. » Le projet de Tarquin l'ancien . de changer de sa propre autorité la constitution antique, en instituant trois nouvelles tribus, est également très caractéristique pour l'esprit de cette époque.
(3î8) Ambrosch, l. c, p. 64, note 111, place le commencement de la décadence de la théologie pontificale et de la discipline augurale, après la seconde guerre punique. V. aussi p. 66. Quelle aurait été la cause de cette décadence? L'auteur observe lui-même, que déjà, avant la première guerre punique , il y a des preuves du respect décroissant envers la religion. V. p. 65, note 116.