‹ L'Ésprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 4)Chapitre 126 sur 136 · II. BEVUE RETROSPECTIVE · texte numérisé non relu

II. BEVUE RETROSPECTIVE

Il ne sera pas inutile de rappeler ici l'observation souvent répétée (337), que c'était une maxime de la politique romaine, que l'Etat lui-même devait discipliner la marche de certains courants religieux que l'on jugeait opportun de tolérer. Il les plaçait ainsi dans sa dépendance. Reconnaître publiquement un culte nouveau , lui concéder des droits égaux , était , aux yeux des Romains, un danger moindre que de le tolérer simplement. L'on adoptait ce parti toutes les fois qu'il devenait impossible de supprimer un culte qui était parvenu à s'introduire; au point de vue purement politique , ce parti était plus sage que la simple tolérance religieuse, ce moyen terme pratiqué de nos jours. Rome ne connaissait pas ces prêtres d'un culte autorisé à contre-cœur, qui, pleins de ressentiment contre l'État, emploient contre l'intérêt de l'État leur empire sur les âmes, en usant de restrictions et d'odieuses dissimulations. Ou bien elle les chassait, lorsqu'elle considérait le culte qu'ils voulaient introduire comme un danger public, ou bien, lorsqu'elle les tolérait eux et leur culte, elle leur assignait une position , qui, au lieu de les pousser dans l'opposition, les forçait, au contraire , de concourir à son but.

Telle était la situation des personnes ecclésiastiques. Examinons maintenant le culte et les dogmes pour autant qu'ils eussent une relation avec la politique et présentassent un intérêt pour l'administration de l'État. Le spectacle qu'ils nous offrent est bien le plus écœurant de tout le monde romain. Que l'esprit

("7) Par exemple Rubino, L c, p. 204, note: Il suffit de rappeler les haruspices , les livres sibyllins, les vates, l'accueil des cultes grecs, etc., pour pouvoir conjecturer ce qui se passait à l'époque primitive. Les prhicipes ne restèrent pas indifférents vis-à-vis des religions nouvelles et des arts religieux nouveaux, ils les attiraient à eux , les modelaient et en tiraient profit : « Mécène donne ce conseil à Auguste : (Dion Cassius, » L. II, 36). La divination doit exister, mais elle doit être exercée par » des fonctionnaires publics , connus de l'État , et non par des charlatans » nomades. »

3 1 1 L. I. — T. IT. — RA PP. DE l'eSPB. ROM. AVEC LES PRINCIPES

qui los avait créés les eût abandonnés, que fantômes vains et vides ils continuassent à avoir une existence apparente, ce n'est point là ce qu'il y a de plus choquant; ce phénomène se répète partout; (II, 500), ce qui révolte c'est qu'une raison prosaïque et froide s'empara d'eux avec l'intention, il est vrai, de les conserver (*38), mais aussi avec le dessein bien arrêté de les adapter et de los faire servir à ses fins-. Cette influence néfaste de la raison dans une matière qui aurait toujours dû lui rester étrangère, ce jésuitisme intentionnel ou inconscient, qui observe les formes indifférentes, parce qu'elles ne le gênent point, mais qui écarte par de misérables sophismes les véritables obstacles que lui oppose la religion , ce mélange de superstition , de ruse et d'art juridique appliqué aux choses de la religion, jettent une ombre rebutante sur le tableau du caractère romain. Ce n'en est pas moins un spectacle assez étrange pour qu'il soit intéressant d'en faire connaître l'essence véritable.

Examinons donc les principes religieux et les formes dont la rigoureuse observation est le seul objet , en définitive , des

(338) Il serait très intéressant , mais naturellement nous ne pouvons le faire ici , de montrer la ressemblance qu'il y a entre la manière dont fut traitée la jurisprudence romaine et la religion. Les mêmes faits que nous rencontrons dans la première, (par exemple le formalisme, la conséquence logique, les fictions, les actes apparents, etc., même quelques principes matériels, II, 382 s.), se reproduisent dans la religion , mais avec un effet complètement opposé. Ce qui était approprié au droit et qui en favorisait le développement, au plus haut degré, était au même degré préjudiciable pour la religion et l'éloignait de plus en plus de son véritable esprit. Voir traiter théologiquement des questions juridiques est plus supportable encore que voir traiter juridiquement des questions théologiques. Rubino, l. c, p. 219, note 2 fait remarquer « que le fait que la scientia justi et injusti embrassait aussi la religion est bien caractéristique de la pensée romaine » Le juriste connaît la définition légale de la jurisprudence : rerum divinarum atque humanarum notifia, justi atque injusti scientia (L. 10, § 2 de J. et J. et 1, 1. 2) ; il sait aussi que la théorie des sacra était comptée parmi les branches du jus publicum (L. 1, § 2, ibid.).

Page 1