‹ L'Ésprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 4)Chapitre 14 sur 136 · LIVRE I. — ORIGINES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — ORIGINES

retour aux origines historiques, la difficulté provient de la plus ou moins grande fidélité et de la fermeté de la mémoire nationale, essentiellement différentes selon l'esprit de chaque peuple. Chez les peuples, aussi bien que chez les individus, la mémoire diffère, principalement pour tout ce qui concerne leur enfance.

Certains peuples conservent fidèle et intact le souvenir du passé. D'autres au contraire, ont une fantaisie toujours active, qui revêt aussitôt le passé de couleurs brillantes , et transforme l'histoire en poésie. D'autres encore ont l'attention si absorbée par les nécessités pratiques du présent, que le souvenir des circonstances du passé leur échappe avec rapidité.

Quelle était la mémoire du peuple romain? Les Romains conservaient avec un soin opiniâtre le dépôt des traditions antiques; chez eux le souvenir des grandes actions ne se perdait jamais. Mais deux circonstances furent cause que les conditions de leur enfance ne laissèrent dans leur mémoire que des souvenirs affaiblis (l).

Pendant des siècles, toute l'activité du peuple romain fut dirigée vers les intérêts pratiques du présent. Il avait, à la vérité , un profond respect pour la tradition ; ce qui vivait conservait force et vigueur jusqu'à l'âge le plus avancé, mais tout ce qui mourait entièrement, ne tardait pas à tomber dans l'oubli (2). On ne s'occupait guère de l'origine historique et du développement des institutions existantes.

(*) Huschke arrive, dans la préface de sa Constitution de Servius Tullius, p. vu et s., à une autre conclusion. A ses yeux, « le peuple romain » possédait une puissance de compréhension assez grande pour lui per- » mettre de conserver le souvenir des temps les plus reculés de son » enfance, toujours associé à la connaissance du présent; et c'est préci- » sèment cet attachement au passé que lui a valu à la fois tant d'éloges » et tant de blâmes. »

(a) Notamment de la part des jurisconsultes. V. p. ex. Gellius 16, 10, § 7. 8. Le langage était pour beaucoup dans ce fait. « Le traité de com-

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