‹ L'Ésprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 4)Chapitre 15 sur 136 · MÉMOIRE DU PEUPLE ROMAIN · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DU PEUPLE ROMAIN

Le caractère de l'histoire romaine la plus reculée est une seconde cause de cet oubli. Lorsque l'enfance d'un peuple s'écoule avec la quiétude et l'uniformité d'une idylle , il en est de sa mémoire comme de celle de l'homme : elle garde longtemps encore , de ces temps primitifs , une image fidèle , bien que légèrement idéalisée. Il en est tout autrement, au contraire, lorsque cet âge s'écoule au milieu de vicissitudes et de changements, de guerres extérieures et intérieures , lorsqu'une impression chasse l'autre, et que par dessus tout cela, la population même n'est point encore parvenue à une cohésion et à une unité compactes , mais qu'elle est maintenue flottante , à la fois par de continuels afflux du dehors et par les fluctuations et le tumulte de ses diverses couches. Tel est précisément le cas pour la période primitive de l'histoire de Rome. Guerres à l'intérieur et à l'extérieur , oppositions de races : le droit et la force écrivent cette histoire dès la première page , et des siècles s'écoulent avant que les divers éléments du peuple romain, se soient fondus dans l'unité d'un sujet unique. Aux yeux de la masse de la nation , cette période de formation appartient jusqu'à un certain point à une époque primitive , pendant laquelle elle n'a pas vécu, et à laquelle elle se sent étrangère. Toute l'époque de la royauté paraissait au peuple romain de la république sous un faux jour. La république était pour lui le commencement d'une ère nouvelle dont il faisait dater sa propre existence et celle de la liberté. Le rapport des siècles postérieurs avec la royauté n'est point sans analogie avec le rapport qui existe entre le protestantisme et le catholicisme du moyen-âge qui l'a précédé. Le catholicisme du moyen-âge apparaîtra toujours à

» merce conclu avec Carthage, la première année de la république, ne » put , trois siècles et demi plus tard , au temps de Polybe , être lu , même » par les Romains les plus savants , qu'avec la plus grande peine , et l'on » ne parvint même pas à le déchiffrer en entier; les chants saliaires ne » furent plus compris , dans la suite , même par les prêtres. » Schwegler, Hist. rom. i , p. 566.

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