LIVRE I. — ORIGINES
la majorité dos protestants comme quelque chose d'étranger, et sans relation avec eux; leur intérêt confessionnel et leur mémoire ne datent que de la réforme.
C'est ainsi que les siècles postérieurs n'ont eu qu'une connaissance bien incomplète des origines de Rome (3). Bon nombre de leurs renseignements portent les traces évidentes de rinventionou de l'exagération. La critique moderne l'a démontré jusqu'à l'évidence; elle a prouvé, en même temps, que Ton peut arriver à des déductions solides et positives , qui avaient échappé aux historiens romains. Si les matériaux historiques dont dispose aujourd'hui la science, sont incomparablement moins nombreux que ceux que possédaient les historiens romains, en revanche la méthode pour les utiliser est toute autre , et le coup d'œil de la science est devenu plus pénétrant pour bien des événements.
Je m'appuierai, pour ce qui concerne l'histoire la plus ancienne de Rome, sur ces conclusions positives de la science moderne ; mais je restreindrai mes recherches au droit de cette époque. Je conviens volontiers que quelques-unes des conclusions auxquelles nous serons conduits n'ont que la valeur de présomptions plus ou moins vraisemblables : il est certain qu'il vaut mieux, en cette matière, être défiant que crédule. Mais, d'un autre côté, je suis pleinement convaincu de la possibilité d'une étude parfaitement indépendante de la manière de voir des Romains. Cela est vrai notamment en ce qui concerne les considérations sur le droit primitif que nous fournit l'étymologie. Parmi les sources des idées primitives des peuples, l'étymologie est une des plus éloquentes et des plus certaines ; elle conserve à la curiosité des temps à venir ce qui depuis longtemps a cessé d'exister, ce qui s'est complètement effacé de la mémoire des peuples. Elle est l'exposition des conditions originaires , écrite en hiéroglyphes , dont la clef ne sera
(3) V. à ce sujet Tite Live, VI , 1.