LIVRE [. — ORIGINES
Après la fondation de l'État, la fondation de la maison domestique succède à l'enlèvement des Sabines. L'État et la famille fondés, vient le tour de la religion. Romulus avait déjà le respect des dieux, mais la plus grande part de son activité fut tournée vers l'État. Numa, son successeur, fut, d'après la légende, appelé au trône sur la réputation de sa piété et de son esprit de justice. Il apparaît comme le représentant du principe religieux. Il ne borne pas ses soins à rétablissement de la religion, à l'introduction de nouveaux dieux et au règlement du culte, mais il a pour but de « fonder » à nouveau, par le règne des lois et de la morale, la ville qui » s'était élevée par la violence et par les armes (7). » Il y parvient en donnant, même à ses institutions temporelles, une consécration divine , qui résultait de ce qu'il les présentait , aussi bien que ses institutions religieuses, comme des inspirations de la nymphe Égérie.
Restait le droit international : Tite-Live désigne Ancus Martius, le quatrième roi , comme le fondateur de cette partie du droit (8). Il est remarquable que la légende qui fait émerger
royale comme le soutien ou le principe vital de l'État antique, et il se demande ce qui serait advenu de Rome , si la crainte du roi n'avait pas tenu en respect cette multitude d'aventuriers. C) Tite-Live, I, 19.
(8) Tite-Lite, I, 32. Ut tarnen , quoniam Numa in pace religiones instituisset , a se bellicae ceremoniae proderentur, nec gérer entur solum , sed etiam indicer entur bella aliqua ritu, jus ab antiqua gente Aequicolis , quod nunc fetiales habent , descripsit , quo res repetuntur.
« Mais la légende n'était pas unanime. Tite-Live se contredit lui- » même, car il a déjà montré (I, 24) les féciaux dans leurs fonctions in- » ternationales sous Tullus Hostilius. C'est à ce dernier aussi que Cicé- » ron fait remonter l'introduction du droit international, tandis que » Denys d'Halicarnasse attribue à Numa Pompilius la fondation du collège » des féciaux. Ces fluctuations de la légende... prouvent tout au moins que » le droit international n'a surgi qu'après les autres parties du droit , dans
tout le reste du sein de Rome même , avoue ici un emprunt fait à un peuple étranger.
Telle est en peu de traits , l'histoire des origines du droit , qui paraissait aux Romains des temps postérieurs, être le cours naturel des choses. C'est une vérité banale, aujourd'hui, que toute légende contient l'expression de la pensée populaire. Lors même que l'ensemble des faits qu'elle raconte n'est pas conforme à l'histoire , elle n'en renferme pas moins la vérité psychologique , et contient une indication précieuse de la pensée et du sentiment universel du peuple. La légende romaine est très caractéristique sous ce rapport. Quelques lignes suffiront pour le démontrer.
Les mythes populaires se plaisent d'ordinaire à faire remonter les impressions relativement récentes à une époque très éloignée et jusque dans un âge primitif, obscur et inconnu. Ils représentent l'œuvre des hommes et le produit naturel de l'histoire nationale , comme un don des dieux , ils dépeignent les temps antiques comme un âge d'or où les dieux se mêlaient encore aux hommes. Rien de semblable dans la légende romaine. Tout ce que Rome est , tout ce qu'elle acquiert et tout ce qu'elle produit, elle le doit à elle-même et à sa puissance propre; tout se fait et s'organise , partout il y a concordance , intention et calcul. Rien ne se fait de soi-même , pas même les gentes , qui sont cependant le produit le plus immédiat de l'accroissement naturel des familles (§ 17), ni même le droit, qui émane cependant, en grande partie, des mœurs. Rien ne s'emprunte au dehors, excepté le droit international. L'État, le droit, la religion, Rome a tout produit elle-même.
C'est là un trait fondamental de la manière de voir des
« le développement de la conscience juridique des Romains. La forme la » plus intrinsèquement exacte de la légende est sans aucun doute celle » qu'a suivie Cicéron. » Voy. Lange , dans son compte-rendu de la lre édition de cet ouvrage dans les N. Jahrb. für Phil. u. Pädag., tome 67, p. 38.