‹ L'Ésprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 4)Chapitre 24 sur 136 · LIVRE I. — TITRE I. — POINTS DE DEPART · texte numérisé non relu

LIVRE I. — TITRE I. — POINTS DE DEPART

D6 sont en définitive, que les résultats de ce travail. Les idées qui régnent aujourd'hui au sommet comme au bas de l'échelle sociale, et qui sont devenues le patrimoine commun de toutes los nations civilisées, sont précisément celles qui appartenaient à ce domaine. L'homme est sujet du droit, comme homme, et non pas seulement comme citoyen; la capture de prisonniers de guerre ne fonde point d'esclavage; la défense privée est contraire à l'ordre juridique; l'État est quelque chose d'autre, de plus élevé , que la somme des individus , il a d'autres buts et d'autres moyens que ces derniers; il a, avant tout, pour but de réaliser le droit et la justice jusque dans les sphères les plus minimes ; — tous ces principes se sont si bien adaptés à notre conception actuelle du droit, que nous comprenons à peine qu'ils aient jamais pu- être l'objet d'une contradiction. Ici se révèlent les progrès gigantesques de l'histoire. Les vérités les plus fécondes auxquelles atteignait à peine le regard le plus audacieux des génies les plus éminents, sont descendues des régions de glaces et de neiges où elles reposaient depuis des siècles , inaccessibles et [invisibles , jusque dans les plus infimes profondeurs ; elles sont devenues si bien le patrimoine commun des savants et des ignorants, que nul ne songe plus à s'en étonner. Pour trouver ces vérités si simples, pour les mettre en relief, il a fallu à l'esprit humain soutenir des efforts plus pénibles , une lutte plus énergique , que pour réaliser toutes les découvertes et toutes les inventions qui ont été faites jusqu'à nos jours. Pour en arriver à formuler cette idée que l'homme est libre , il a fallu déployer plus d'efforts , que pour savoir que la terre se meut autour du soleil Cette idée n'a point eu son Copernic: non point que l'histoire ait oublié le nom de son vulgarisateur, mais les grandes découvertes morales ne sont pas l'œuvre d'un seul esprit, elles sont le fruit longuement mûri de la vie et de la pensée de générations entières. Si l'on voulait dresser le tableau des progrès qui élèvent notre époque actuelle au-dessus de ces premières origines de la civilisation , et même au-dessus de la civilisation de l'antiquité toute entière, il

faudrait inscrire en tête ces simples vérités. Tous les trésors de la science ne sont rien en comparaison de ces vérités inoculées dans le peuple, qui par cela même sont immortelles et transforment la vie. La science peut croître ou décliner, la plus grande partie des trésors qu'elle a amassés peut périr, mais ces vérités restent l'impérissable propriété de l'humanité.

La seule idée que l'homme, comme tel, est libre, — idée jusqu'à laquelle le droit romain ne s'est jamais élevé en pratique, — a plus de poids pour l'humanité que tous les triomphes de l'industrie. Cette idée seule constitue, pour le droit actuel sur le droit romain, un progrès à côté duquel la supériorité de ce dernier, sous le rapport de la perfection technique , rentre complètement dans l'ombre. L'histoire a travaillé des milliers d'années avant de réaliser ce principe , des millions d'hommes ont dû gémir dans l'esclavage, et des flots de sang ont dû couler jusque dans les temps les plus récents.

L'histoire commence par des germes infiniment faibles. La formation de l'État est précédée par l'existence d'une collection d'individus, dont la réunion en familles ou souches ne mérite pas le nom d'État. Néanmoins c'est indubitablement cette communauté qui a été la source de l'État et du droit postérieur; c'est dans elle, puisque l'histoire, comme la nature, ne procède point par sauts, c'est dans elle que devait peu-à-peu se développer l'État. Comment cela s'est-il fait? La science actuelle paraît vouloir éluder cette question , car pour elle le droit et l'histoire ne commencent qu'avec l'État. Si nous recourons à elle, nous devons donc nous résigner à accepter l'État romain et le droit romain, comme des faits accomplis, sans devoir, ou plus exactement, sans pouvoir même rechercher le germe de leur développement. Certes, si l'on ne pouvait répondre à cette question que par de vagues conjectures , s'il n'existait aucun vestige qui indiquât la voie parcourue par l'histoire, pour arriver de l'individu et de la famille à l'État, on serait bien justifié de négliger cette question. Mais si c'est tout le contraire qui a lieu , — et je crois que

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