A. FONDATION DU DEOIT. — BUTIN
est hors de cloute aujourd'hui que cette explication n'est pas exacte (25).
Il est si naturel que les Romains n'aient pas refusé aux dieux le signe le plus élevé de la puissance, que nous ne devonspas nous étonner d'apprendre (n) que les Romains des temps primitifs adoraient tous les dieux sous la forme d'une lance. Plus tard, la lance , de symbole des dieux qu'elle était d'abord , devint leur attribut dans sa plus ancienne forme : comme hasta pura, ou lance sans fer (25).
Lorsque la force physique est la source de l'acquisition, il est naturel que la main y joue le premier rôle comme instrument. Combattre c'est en venir auœ mains , manum conserere; attaquer c'est mettre la main sur... manum injicere , manus injectio. La puissance juridique elle-même est nommée manus. parce que en fait c'est la main qui l'a fondée , et qui la maintient (26). Il est vrai que le droit postérieur a limité cette expression dans son usage technique, à une seule espèce de puissance : celle du mari sur la femme , mais le mots composés au moyen de cette expression , qui sont restés en usage dans le droit postérieur, en ont conservé le sens général primitif (27). La force matérielle,
(23) Rossbach, Untersuchungen ueber die römische Ehe. Stuttgart, 1853, p. 290. La lance servait originairement à couper la chevelure , et elle s'est conservée comme forme résiduelle. III. 194.
(2<) Justin, XLIII. 23.
(25) « La lance de guerre n'était pas, à l'origine, garnie de fer, ce n'était » qu'une hasta praeusta, affilée au feu. Il est resté de tradition chez les » peuplades italiques que cette arme servait autrefois dans la guerre, » soit pour la déclarer, par le ministère des féciaux , au moyen d'une » lance jetée sur le territoire ennemi , soit pour récompenser la valeur » des soldats, en leur donnant une hasta pura ». Rossbach, îoc. cit., p. 291. Il en est ici comme du cas de la note 23.
(26) De manus dérive aussi manubiae : le produit du butin. Gell. XIII. 24.
(27) Voir pour plus de détails § 39.
1 Iii LIVRE [. — TITRE t. — CHAP. I. - VOLONTÉ SUBJECTIVE
la puissance est donc lanière du droit. Telle est la conclusion de ce qui précède. Cette proposition exprime clairement la manière de considérer la vie, et l'esprit belliqueux du peuple ; elle caractérise l'histoire antérieure de Rome. L'étymologie nous en fournit encore de nombreuses preuves. De même que la langue latine ne désigne pas les fonds de terre par leur qualité si saillante d'immeubles , mais les envisage comme objets de butin, de même elle ne désigne pas l'homme par son sexe, mais elle le nomme d'après sa vocation guerrière. L'expression sanscrite pour traduire l'homme , est nri et nara (28), et la langue grecque l'a conservée dans Mp. Le latin, au contraire, la rejette, et y substitue le mot vira (vir). qui en sanscrit, signifie guerrier , héros : c'est dire que les hommes romains ne se caractérisent point par leur sexe , mais par leur vocation guerrière. La vertu romaine : vir-tus est donc , d'après sa signification originaire , la possession de la virilité , c'est-à-dire de la valeur guerrière. Le mot vis, force, puissance, a trop d'analogie avec vir, tant pour la consonnance que sous le rapport de cette antique manière de voir des Romains , pour que l'on doive hésiter à conclure à une parenté étymologique entre ces deux expressions (29). L'idée dont nous nous occupons ici, revêtue d'une forme personnelle, peut être rendue ainsi : Un guerrier (vir), exerce sa force (vis) au moyen de la lance (hasta), et il soumet les personnes et les choses à son pouvoir (manus).
Le nom du peuple, Quirites, selon son étymologie reçue, se rapporte à la même idée. Quiris, curis est l'ancienne lance
(") Pott, loc. cit., I, p. 106.
(29) Étymologiquement parlant, la corrélation de vis et de vir est possible , IV de ce dernier est même conservé dans le pluriel du premier. V. Pott, loc. cit., tom. I, p. 205 qui trouve cependant quelque motif d'hésiter dans cette disparition de IV au singulier. Mais v. les remarques de Lange, loc. cit., p. 42.