‹ L'Ésprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 4)Chapitre 76 sur 136 · I. PRINCIPE DE FAMILLE. — l'lNLTVTDU · texte numérisé non relu

I. PRINCIPE DE FAMILLE. — l'lNLTVTDU

une conséquence si nécessaire du droit tout entier, qu'en l'absence même de tous témoignages positifs , nous pourrions la supposer avec la plus entière certitude (468). La reconnaissance de la capacité civile de l'étranger suppose une séparation complète du droit privé et du droit public , ainsi que leur indépendance réciproque. Nous avons vu, au contraire, que ces deux faces du droit sont à l'origine confondues l'une avec l'autre, et que l'idée de la protection juridique due par l'État est rattachée à l'idée d'une convention conclue avec lui. Comment un étranger aurait-il pu réclamer la protection du peuple romain ou des magistrats , alors que les citoyens eux-mêmes devaient se la faire garantir expressément ? Comment aurait-il pu invoquer les lois romaines qui n'étaient qu'un accord des citoyens romains entre eux ; comment aurait-il pu participer à des institutions qu'ils avaient introduites pour eux seuls ?

A Kome il n'y a de droit , comme il n'y a un État , que pour les Romains, ou pour parler plus exactement, le droit est circonscrit à la communauté des gentils. Gentilité et pleine capacité civile , défaut de la gentilité et complète incapacité civile , sont à l'origine équivalents. Il n'y a pas , en principe , de degrés dans la capacité civile. Celui-là seul est ingenuus (de genoy gigno) qui fait partie de la gens ; celui qui n'en fait point partie est sans droit , extrarius est, qui extra focum, sacramentum jusque sit (,69). Son exclusion est totale ; la religion même ne lui donne pas accès , car elle aussi , elle est une institution de

(168) P]Jle se retrouve partout comme on le sait ; en Allemagne aussi la paix devait être effectuée, et dans le droit turc règne encore aujourd'hui la théorie que les biens des Herbi, c'est-à-dire de tous les infidèles qui ne sont pas soumis aux Musulmans et ne paient point de Djezijeh, ainsi que leur personne, sont muboh, c'est-à-dire légalement concédés comme propriétés libres, aux Musulmans, von Tornauw, Das mosl. Recht. Leipz., 1855, p. 52.

(,69) Festus sub voce extrarium.

L'État. Par un étrange effet du hasard le mot egens exprime précisément la condition Yex-gens, et les Romains dérivaient en effet le mot egens de gens (47°). La langue latine nous a conservé une trace incontestable de cette manière de voir dans le moi hostis, qui signifie originairement , Yhôte, l'étranger et l'ennemi (m). La double signification de ce mot exprime parfaitement Tincertitude du sort de l'étranger, qui pouvait s'attendre aussi bien à être traité en hôte qu'en ennemi (172).

A cette privation originaire de tout droit pour l'étranger se rattache l'horreur qu'inspirait l'exil à l'antiquité. L'exil de nos jours n'est que l'ombre de celui de l'antiquité; ce n'est plus qu'un changement de résidence, la perte de la patrie. Cette peine n'enlève pas le bonheur lui-même, mais seulement la forme locale sous laquelle on en a joui ; la personnalité de l'exilé est

(17°) Festus sub voce egens velut exgens, oui ne gens quidem sit reliqua. Cette étymologie n'est pas impossible : il y en a des exemples. Ainsi iners (de ars), de-mens, etc., et sans le verbe egeo, on ne serait point tenté d'en chercher une autre.

(171) Hostis est le même mot que le goth. gasts et le haut allem, moyen gast. Ces deux mots ont la même double signification. Sur la parenté du g et de l'Ä, v. Pott, l. c, t. I, p. 143, et sur la dérivation probable du sanscrit ghas, manger, ibid. p. 279. Le sens originaire de ces mots serait donc : celui qui est traité, régalé. Hostire (tuer) et hostia (victime) se sont, il est vrai, fort éloignés de ce sens. — Th. Mommsen, Rom. Forschungen, t. I, 2e édit. (1864), p. 326 s. partage l'avis de G. Curtius que hostis, goth. gast-s, slav. eccl. gosti, a le sens originaire d'étranger (de ghas manger = convive de la famille) et hospes = hospe(t)s, hostis petens , l'étranger demandant l'hospitalité. Mommsen s'écarte légèrement de cette opinion.

(172) Curtius, l. c, explique cette coïncidence en disant que l'existence d'un mot particulier (hospes) pour désigner l'étranger désirant l'hospitalité, a fait restreindre avec le temps le mot hostis à la signification d'ennemi. Mais il ne pouvait assurément acquérir cette signification exclusive que si les mots : étranger, hôte et ennemi avaient quelque analogie dans l'esprit du peuple.

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