‹ L'Ésprit du droit romain dans les diverses phases de son développement (volume 4)Chapitre 90 sur 136 · CHAP. II. — FAMILLE · texte numérisé non relu

CHAP. II. — FAMILLE

sous ce rapport, la surpasser de beaucoup; mais ce dernier énerve et démoralise le peuple plutôt qu'il ne le fortifie. Tandis que le despotisme n'est que la rigueur de l'arbitraire, la discipline militaire maintient la rigueur de l'ordre. Rien n'égale la discipline militaire pour faire comprendre à l'homme la nécessite de l'ordre extérieur et lui inspirer une aversion invincible pour tout ce qui est désordre , défaut de formes et manque de règles.

Le peuple romain avait le bonheur de posséder une constitution qui le maintenait, dans la paix comme dans la guerre, sous le joug de cette discipline militaire. Lorsqu'il eut fait son éducation (2Î2) sous ce régime , et que l'esprit d'ordre et de légalité fut devenu pour le peuple une seconde nature , on put restreindre sans danger la discipline au temps de la guerre. La soif de conquêtes des Romains les précipitait sans cesse dans des guerres nouvelles et procurait successivement à chaque génération l'avantage d'une éducation militaire. La guerre leur enseigna le prix de l'ordre, la paix celui delà liberté, et la jeunesse romaine, élevée à l'école sévère de l'obéissance, commencée dès la maison paternelle sous la patria potestas, se rendit digne et capable de commander à son tour.

L'influence de cette éducation se manifeste au plus haut degré dans l'histoire du peuple romain aussi bien que dans son droit. C'est le mérite de Hegel (223), malgré la manière outrée dont il

(222) Les Romains eux-mêmes le reconnaissaient; v. par exemple une réflexion de Tite-Live, Lib. II, 1, sur l'époque de la royauté.

(223) Philos, der Geschichte, 1840, p. 346 : « En effet elle (la fondation de l'État) implique immédiatement l'idée de la discipline la plus dure, ainsi que celle du sacrifice pour le bien de tous. Un Etat qui s'est formé lui-même et qui repose sur la force, doit être maintenu par la force. Une pareille origine ne fait pas naître une cohésion morale et libérale, mais un état forcé de subordination. » V. surtout p. 350, où l'auteur observe notamment que la plèbe dans ses révoltes contre l'ordre légal fut souvent ramenée au repos par pur respect pour les formes.

accentue cette idée (p. 100), d'avoir appelé l'ettention sur l'influence que la discipline militaire a exercée sur l'esprit romain. Mieux que nul autre l'historien du droit est à même d'apprécier la valeur de cette observation , pourvu qu'il sache suivre l'indication qu'elle lui donne. Ce formalisme du droit romain , que nous apprendrons à connaître dans le second système comme un de ses caractères les plus saillants , où peut-on mieux en découvrir l'idée première si ce n'est dans le formalisme de la discipline militaire , à moins de l'admettre comme un fait inexplicable et inexpliqué ? Qu'est-il donc , s'il n'est , comme le formalisme militaire, l'ordre pour l'ordre, la discipline des actes juridiques , qui tient inexorablement à la rigueur de l'uniformité et qui punit irrémissiblement toute faute, tout écart même indifférent et sans importance , de l'ordre extérieur ? Le formalisme fut pour le droit romain la même école de discipline et d'ordre qui gouvernait le peuple dans les camps.

Au camp, le peuple se rompait à cette subordination, à cette rigueur littérale, qu'il retrouvait ensuite dans les formes de sa vie juridique ; un chef d'armée, vieilli au service, n'aurait pu établir et surveiller l'ordre extérieur du commerce juridique avec plus de rigorisme et de sévérité que ne le firent les jurisconsultes anciens. Nous ne pourrons décrire qu'en exposant le second système, l'influence bienfaisante que cette discipline des affaires juridiques exerça sur le développement du droit romain, mais nous pouvons affirmer dès à présent, que le sentiment guerrier de la population eut la plus large part dans la grandeur du droit romain.

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