LI Y. L ■ — TIT. 1. — CHAP. III. — PRINCIPE RELIGIEUX
le soin incombait aux diverses communautés et aux familles , c'était à celles-ci à en supporter les frais.
Cependant la constitution de la religion et de l'église ont peu d'intérêt pour notre matière (m) ; il est infiniment plus important pour nous de voir comment l'élément religieux et le] fas pénétraient la vie toute entière. Commençons par l'État.
L'Etat avec son organisation est, au moyen d'une consécration religieuse, placé sous la protection de la religion; il est converti, en quelque sorte, en un édifice divin, auquel on ne peut rien changer sans la volonté des dieux qui y habitent. Il n'y a aucune partie de cet édifice qui ne soit consacrée à quelque divinité. Les Romains ne pouvaient concevoir une union politique sans lien religieux; aussi non seulement toute gens, toute curie, toute tribu a son culte divin particulier, mais encore lorsque Rome veut contracter avec d'autres peuples une alliance durable , elle doit entrer en même temps en communication religieuse avec eux. C'est pourquoi Rome accueille les dieux de tous les peuples avec lesquels elle s'allie; elle, de son côté, leur ouvre le culte de Jupiter Capitolin, protecteur de tout l'État romain. Les dieux sont des dieux d'État : leur domaine ne peut s'étendre au delà de celui de l'État , mais il s'étend nécessairement aussi loin ; il s'étend et se restreint dans la même mesure que le domaine de l'État. La division politique du peuple a donc aboli l'unité originaire du culte national (23*). Pour chaque État qui se divi-
ns3) On ne peut cependant omettre d'en faire mention en exposant l'histoire du droit et c'est avec raison que Walter, Rom. R. Geschichte, chap, 1, 18 (3e édit.), en a fait l'objet d'une étude minutieuse, à laquelle je renvoie.
(234) Je ne puis omettre d'emprunter ici à l'ouvrage abondant en renseignements excellents d'AMBROSCH, Studien und Andeutungen im Gebiete des altrömischen Boden und Cultus , Ie livr.} Bresl., 1839, la remarque suivante sur la matière : Bien que Jupiter et Junon (p. 178), dussent leur origine à une idée commune à tous les Latins, cette unité se brisa dès que la vie politique se fut développée à Albe, à Préneste, à Gabies et à
sait , la divinité se fractionnait à son tour en autant de divinités particulières désormais complètement étrangères les unes aux autres. La pérégrinité politique et religieuse suivait la marche de l'alliance politique et religieuse. Le non-citoyen ne pouvait honorer les dieux de Rome; leur culte était obligatoire pour le citoyen. Celui-ci aurait violé ses devoirs de citoyen en priant des dieux étrangers.
Celui qui représente l'État ou une unité politique quelconque, les représente aussi vis-à-vis des dieux ; les fonctionnaires sont des prêtres nés; les fonctions religieuses constituent toujours une partie nécessaire de leur office. Ils peuvent bien être instruits dans la connaissance des rites par des personnes appartenant à l'état religieux, mais l'acte religieux en lui-même émane d'eux ; la capacité nécessaire leur est conférée en même temps que leur charge elle-même. Le roi, et plus tard le consul , font les sacrifices et consultent les auspices à Rome comme au camp.
Le premier soin de l'État étant de se conserver la faveur des dieux (233), il veille à leur service avec sollicitude. Les sacrifices, les fêtes et les jeux se succèdent. Tout méfait, toute faute qui pourrait irriter les dieux , entraîne une expiation. On observe
Rome; la divinité nationale devint romaine, gabine, etc.. et dès lors aussi la religio gabina devint peregrina pour les Romains. En un mot, l'unité nationale originaire du culte fut détruite par la séparation politique du peuple, à tel point que si les membres de la nation venaient ensuite à se rencontrer de nouveau dans le cours de leur développement politique, ils devaient commencer par rétablir la communauté de leurs dieux au moyen d'un traité international. Ce rapport de pérégrinité était naturellement réciproque. Le romain, avant la dernière paix avec les Latins, était considéré à Lizvinium comme un étranger par rapport aux sacra Lanuvina, de même que le citoyen de Lavinium était étranger à Rome quant aux sacra publica du peuple romain.
(î33) Tite-Live, XXXVIII, 48 : civitas quae omnibus rebus incipiendis gerendisque deos adhibet. Cic, de nat. deor., II, 2 : civitas, quae nunquam profecto sine summa placatione deorum immortalium tanta esse potuisset. TOME i. 19