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mier motif de son apparition historique, qui disparait en même temps que la période d'enfance des peuples, s'en joint un second, qui lui survit longtemps. C'est le motif qui vient d'être indiqué : le plaisir de la forme extérieure , le plaisir des sens , bref le sens de la fbrme (p. 187).
La force d'attraction que la forme, comme représentation traditionnelle et typique des sentiments et des idées par le moyen plastique d'actions et de signes, exerce sur l'esprit humain, se manifeste de diverses manières. D'un côté elle séduit le sens poétique, au point de vue purement esthétique, grâce à l'élément plastique et dramatique , avec le secours duquel elle sait embellir les événements de la vie. D'un autre côté , au point de vue pratique, elle flatte la sévère raison par l'ordre, la régularité, l'uniformité , la netteté de l'existence et de l'action humaine qui s'y manifestent. Et au point de vue moral enfin, elle gagne le cœur parce qu'elle y imprime le sentiment du sérieux et de la solennité , parce qu'elle élève celui qui agit au-dessus de lui-même et au-dessus de ce qu'il y a de purement individuel et de passager dans sa situation personnelle momentanée, jusqu'à la hauteur de la signification humaine générale, et typique de l'action; parce qu'enfin elle le place dans une corrélation sainte avec ceux qui l'ont précédé et ceux qui existeront après lui.
La forme varie ainsi d'aspect chez les différents peuples et aux diverses périodes de la civilisation; elle change en même temps que ïa pensée, le sentiment et la vie des hommes. Chez un peuple en qui la raison prédomine, la forme est autre que chez un peuple plus poétique; les formes du droit sont empreintes d'un autre caractère que les formes du culte religieux. D'autres éléments encore, étrangers à la forme en elle-même, viennent encore ajouter à la variété aveô laquelle elle se manifeste, le caractère plus conservateur ou plus mobile des peuples, leurs relations extérieures , leur isolement local , (par exemple , les montagnards) , leur isolement intentionnel , (par exemple , celui des corps de métiers dans les siècles derniers), et enfin l'influence de la religion (catholicisme et calvinisme).
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. n est un phénomène , que nous allons examiner avec attention, qui donne la notion exacte de la nature et des causes du formalisme. Plus que tout autre, il témoigne de la puissance que la forme exerce sur le cœur humain. C'est que des formes naissent, dépourvues d'avance de toute signification interne ; c'est que des formes se conservent après avoir perdu toute signification : ce phénomène, en un mot, c'est le culte pur et nu de la forme comme telle.
Dans le monde romain, en droit aussi bien que dans les usages de la vie et le rite religieux, et dans l'Angleterre actuelle, nous rencontrons souvent une espèce de formes que j'appellerai . résiduelles (»"). Voici leur origine : les circonstances de la vie, à une époque donnée, un certain état dans la fabrication, les progrès de l'industrie, de l'agriculture, ou bien encore la mode, avaient établi , mais sans leur reconnaître jamais le caractère de formes déterminées, certaines institutions, certaines actions, certaines coutumes, ou distingué certains éléments soit des unes, soit des autres, qui s'étaient perpétués ensuite comme solennités, bien qu'un changement dans les idées, ou les progrès de la technique les eussent éliminés dans le commerce sérieux de la vie (**^). Ce qui n'avait jamais été une forme, ce qui était
(***) Rerum siMULACBA gestaru9n sacrorum cansecratis in ritibus, comme dit Abnobitts adv. gent. Y, 1 ; Tacits parle de la même manière (Ann. YI, IjL) an praefectus urbi feriarum latinarum causa. (MoiQCSBN, Rôm, Siaatsrechi, I, p. 168) : sncULACRUV durai, QàIUS II, 103 •: dicis gratta propter vbtxris JUBis iiaTATioNBM, en parlant da familiae emtor ; Cicebon de leg. agr. II, 12 en parlant de la représentatipn des comices par curies par les lictears : ad bpbcibm atque usubpatioitbm vstustatis.
(*'*) n en est de même du langage. Ainsi, par exemple, il s^est conservé dans la procédure anglaise une foule de tournures et d'expressions datant de l'époque des Normands, et que l'on ne connaît plus dans la vie ordinaire. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore les turcs doivent lire en arabe, d'après le mode antique, les deux versets qui précèdent toute prière. Y. VOR ToBKAUW, Moslemitiches Recht, p. 89.
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toigours resté à Tétat d^élément flottant, sans cohésion avec la vie d'alors, devenait ainsi une forme pure, un fragment du passé ayant pris corps , et souvent jurait étrangement avec les époques suivantes. Le speaker de la chambre des communes en Angleterre porte encore de nos jours Téxiorme perruque, legs de Fépoque ancienne; tandis que la perruque disparaissait des autres têtes, elle est restée sur la sienne comme perruque résiduelle. Cet exemple a un pendant sur le continent; la ville de ELambourg a conservé comme tradition du passé l'usage des perruques pour certaines occasions, par exemple , pour les funérailles.
L'épeautre (far), était la plus ancienne espèce de grain que cultivaient les Romains ou leurs prédécesseurs ; ils £a,briquaient le pain au moyen de pâte (puis) depuis les temps les plus reculés. D'autres espèces de grains s'introduisirent, d'autres modes de préparation du pain succédèrent aux anciens procédés, mais le rite religieux, notamment dans la célébration du mariage par confarréation maintint les antiques traditions ('"). A l'époque la plus ancienne, faute de couteaux et de ciseaux, on s'était servi de la lance pour couper; lors de la célébration du mariage le futur se servait également de la lance pour couper les cheveux de la future : la lance disparut partout, mais la ?iasta caelibaris resta aux mains du futur! Il en fut de même du voile de la future (flammeum). Depuis longtemps la mode connaissait de meilleurs tissus, mais la future, pendant les noces, et la prêtresse, ne pouvaient se départir de la forme antique (***), de même que le prêtre ne pouvait cesser de porter des vêtements de laine (***). Celui qui opérait des visites domiciliaires, dans le
(•«») PURE, H. N., XVni, 19. Abnob. VII, 26.
(*^*] Gomp. sur ces exemples empruntés aax usages des noces, Ross- BACH, Untersuchungen aber die râm. Ehe., p. 104, 282, 291. Y. un autre exemple dans PLnn, Eist, Nat., XXXIII, c. 4. quo argumento btiax nunc êponsae muneri fsbbkus annultts mittitur T8QUE snxE OEIOCA.
(•»•) SKRViU8,adAen., XII,120.
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but de découvrir des objets volés, était astreint encore dans les temps postérieurs à se vêtir de Tantique tablier de cuir (licium, linteum) (•*®). Avant l'introduction de Targent monnayé, on était contraint de peser le métal — le système nouveau abolit cette formalité; mais dans le nexum et dans la mancipation on conserva, sinon le pesage même, du moins Tairain et la balance (§ 52). Le plus ancien vestige de Tépoque- primitive était la pierre à feu (silex) , dont on se servait dans la conclusion des traités internationaux pour tuer le porc offert en sacrifice (Tite- LivE I, 24); elle date de Tftge de la pierre, par conséquent avant Tépoque de la séparation des peuples indogermaniques , car lors de la séparation ils étaient déjà en possession de
l'airain («0.
Dans tous ces cas, et dans maint autre (*'*), la forme n'avait
absolument aucune signification a priori; elle n'était qu'un
reste du passé, un caput mortuum. On pourrait certes soutenir
(«••) GïLL. XI, 18, § 9. XVI, 10, § 8. Fbstus, V» Lance (Mûllek, p. 117). Gaius, III, 193. A son époque l'expression était déjà surannée (qtdd sit autem linteum, quaesitum est). Dans le rite religieux le linteum. se représente encore à l'époque d'ABNOBius. Y. ses Metam. lib. XI (éd. Bip., p. 272 « liy\teo et rudi me contectum », p. 276 « linteis intectum, »]. Sur cette forme de visite domiciliaire. Y. T. II, p. 153, note 213.
(***) Airain = Sanscr. Ayas, lat. ae9, goth. aiz, anglosax. ar, scandin. eir, haut allem. anc. «r.
(*^) Ainsi, par exemple, dans Lange, Ueher die Transitio ad plebem. Leipz. 1864, p. 46, note 2, où l'on indique le rex sacri/îculus comme « roi apparent résiduel ». Une espèce particulière d'actes apparents résiduels est formée par certaines actions, qui, à l'origine, dépendaient entièrement de la libre résolution, mais qui plus tard furent érigées en nécessites légales et transformées en pures actions apparentes. Des exeI^ples tirés del'antiquite romaine sont la lexPublilia sur la collation de ]aj)atrum auctaritas (TiTB-LrvB, YIII, 12) la lex Maenia (Cicebon, Brutus, 14; TiTfi-LrTB, 1, 17, qui relève lui-même l'absence de signification de l'acte : usurpât ur idem jus vi adbmpta), la tutela mulierum de l'époque postérieure (Gaius, 1, 190].
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que la force d'inertie, la puissance de l'habitude seules en ont fait une forme : mais il ne faut pas oublier que la puissance de lliabitude à elle seule suppose déji une disposition subjective favorable à la forme. Si Tesprit avait été indifférent à Télément extérieur, Tinnovation qui s'était introduite dans les choses mêmes et dans Fapplication pratique, aurait affecté également la forme des choses. Il est possible au surplus qu'une époque postérieure ignorant l'origine historique de pareilles formes résiduelles, leur ait attribué une signification symbolique, qui leur était complètement étrangère à l'origine, et leur ait ainsi assuré l'existence. Je suis convaincu qu'une foule de formes que nous considérons comme symboliques n'étaient autre chose que des formes résiduelles (*•*).
Si les formes résiduelles sont les vestiges du passé, les formes représentatives en conservent le souvenir. Chez elles une imitation plus commode du passé, plus conforme au temps remplace la manière antérieure qui doit disparaître en tout ou en partie. Cette imitation ne sert que comme forme, elle est toute extérieure : c'est une concession qui concilie les exigences de la vie avec le désir de conserver la forme extérieure des choses.
Aussi longtemps que la puissance romaine ne s'e^zerça que sur un territoire restreint, le Préteur, dans le cas d'une revendication d'un fonds, pouvait se transporter sur les lieux avec les parties. Lorsque ce territoire devint de plus en plus vaste, l'ûicienne organisation ne put se maintenir. Mais tout en obéissant à la nécessité , on sut cependant conserver l'apparence et le souvenir de l'organisation primitive : une motte de terre apportée par une des parties, représenta le fonds devant la justice. Les actes et les formes de procédure, qui inipliquaient
(M3) Ainsi, par exemple, il ne faut pas rejeter aussi loin que le fait PucHTA, ridée à laquelle il fait allusion, Cursus der Institutionen. T. 2, § 162, note m.
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la présence du fonds purent ainsi rester debout. Uarrogation se faisait y à Tépoque ancienne, dans les comices par curies avec la coopération des Pontifes, par un décret du peuple. Devenue impraticable plus tard, cette institution ne se perdit .probablement que grâce à Tabstention du peuple qui ne voyait plus aucun intérêt à voter. Depuis, on le sait, les arrogations se firent par les Pontifes seuls — car, il est à peine besoin de le faire remarquer, les licteurs n'avaient vis-à^vis d'eux aucun droit de décision indépendante, — mais comme il fallait un décret de rassemblée des curies, on tourna la difficulté en faisant représenter les trente curies par trente licteurs. Dans la réalité Tancienne organisation était abandonnée, mais jusqu'à un certain point on en avait sauvé Tapparence extérieure (***)•
La permanence de l'apparence extérieure, comme forine vide, après que le fond même des choses s'est évanoui, se retrouve aussi bien pour de simple formés que pour des institutions organisées. Elle se montre, pour les premières, notamment lorsque des formes symboliques se sont survécu , c'est-à-dire, lorsqu'elles ne sont plus comprises, lorsque la foi qu'elles inspiraient s'est évanouie. Quant aux secondes, elles peuvent continuer à subsister sous lear apparence extérieure lorsqu'elles ont perdu leur vérité et leur signification pratiqtie^ par exemple, lorsqu'on a transformé en un acte nécessaire une action primitivement abandonnée au libre arbitre , ou bien encore lorsque dans l'exécution, une prestation autre a remplacé celle que la loi imposait ou que contient la sentence ou la convention ("'), etc. Il arrive parfois que comme dernier reste de
(***) y. d'autres exemples T. I, j). 345 et cî-dessus p. 190, v. aussi Deme- Lius, Die lUchts/îction. Weimar, 1858, p. 1-15.
(**^ Ainsi, par exemple, au lieu da talion une peine pécnniaire (T. I, p. 139 s.), au lieu de moutons ou de bœufs dont parlait l'ancienne multa, la somme tarifée par le Ux Atemia Tarpeia et Papiria de 10 ou de 100
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rancienne institution, le mot nii, simple, la fonnule, le nom seul survivent, quoique la chose elle même soit devenue complètement autre. Ainsi comme le dit Maobobe (''0, le vin dont on se servait dans le temple de la déesse Ops, y était introduit, non sous sa dénomination propre, mais sous le nom de lait, et le vase qui le renfermait recevait le nom de meUàrium, en souvenir de ce qu'à Foriginé on ne pouvait se servir dans les temples que de lait et de miel. En Angleterre, à Tépoque ancienne, les fonctions supérieures de la justice ne pouvaient être remplies que par des lords; malgré les changements introduits plus tard, le nom et lé titre de Lord Chief^Justice sont restés jusqu'aujourd'hui. Les chevaliers de nos ordres modernes n'ont, eux aussi, des anciens chevaliers, rien que le nom (**^).
Cet attachement à la forme léguée par la tradition, mais dépourvue de toute signification quant au fond même des choses, ce culte de l'apparence extérieure paraissent tout d'abord sans importance et même blâmables, et la sagesse superficielle des hommes du progrès, depuis le temps de Cioebon (note 141) jusqu'à nos jours, en a fait dès gorges chaudes. Mieux eût valu comprendre la chose que de la railler. Elle présente un côté fort sérieux et l'on peut y voir sans hésiter un des phénomènes les plus importants de l'histoire de la civilisation.
La sûreté et la fixité de tout progrès repose sur la continuité historique, sur la liaison intime du présent avec le passé. Or,
as. Aujourdlim même dans certains pays, (par exemple, en Suède], on prononce encore la peine de mort dans certains cas, où pratiqitement on la remplace ensuite par une peine is^signifiante d'amende ou de prison.
(*M) Satubm., I, 12; Plikb, h, N., XIY, 14. Romidum lacté, non vino libasse. Les libations à Gérés ne pouvaient non plus être faites avec du vin. Macbobb, UI, 11.
(**^] Autres exemples : la conservation du mot otedet dans les formules traditionnelles, même là où il ne convenait pas (Yabbo de L. L. Y, § 160), l'expression jMMcua (Plinb y H, N„ XYIII, 3), l'application de l'expression jvdice* aux consuls (Yabbon, YI, 88), etc.
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la forme figure au premier rang de tout ce qui contribue à assurer cette continuité. Tous les autres éléments internes, réels, historiques, échappent toigours de plus en plus à la conscience des masses pour ne plus rester familiers qu'à un petit nombre de gens instruits; la forme, au contraire, est visible et se reproduit toigours, c'est dans la forme que le peuple Ta puiser la conscience de la continuité historique. Plus forte est l'empreinte dont les a marquées une circonstance particulière, disparue depuis, constitution, usage, mode, à laquelle elles doivent d'être, plus l'observateur trouve étranges certaines formes, plus, comme certains portraits d'ancêtres aux costumes et aux atours depuis longtemps oubliés, elles éveillent en lui le sentiment de Véloignement historique, et plus aussi elles lui font ressaisir le passé, qui se détache visible à ses yeux et dans la pleine lumière de son caractère propre : elles conservent chez le peuple le souvenir des jours anciens, font revivre la mémoire des ancêtres, et communiquent ainsi cet esprit de conduite dans les questions pratiques du présent que nous admirons à juste titre chez les romains d'autrefois , et chez les anglais d'aujourd'hui. Le maintien des formes traditionnelles, même après qu'elles se sont survécu, est le résultat aussi bien que la source féconde de ce sens historique, sans lequel on n'a jamais encore élevé d'édifice durable ni dans l'État ni dans l'Église.
Voilà donc la première raison d'être du formalisme : il enseigne au sens historique à' aimer, à apprécier, à pratiquer la forme comme telle. A cette valeur générale et pédagogique, si je puis m'exprimer ainsi, que possèdent les formes pour la formation du caractère du peuple , vient s'ajouter le second fondement du formalisme. Les idées, les organisations, etc., subissent l'influence conservatrice des formes, qui représentent leur expression extérieure. Plus le côté extérieur des institutions est fortement développé, plus leur propre force vitale est grande. C'est par la forme, que les idées, les organisations et les institutions se moulent, comme la vie, sur le monde sensible, qu'elles deviennent visibles et pénètrent dans les mœurs. Dans les circon-
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stances ordinaires la forme assnre et augmente lenr vitalité: Tienne le danger elle ne les soutiendra que mieux contre les assauts du dehors. Il est — et je parle surtout , mais non exclusivement des idées religieuses, — il est pour toutes les idées des périodes de tiédeur et dUndifférence chez les masses, de lassitude et de décadence, des périodes d^épreuves pendant lesquelles leur existence est en jeu. Les idées qui reposent purement sur elles-mêmes, c*est-à-dire, qui ne s*appuient pas sur cette base solide d'une formo déterminée voient s^évanouir leur force morale sur les âmes, et sombrent ; le peuple en i>erd la conscience et elles s^évanouissent Et alors, lorsque s^apaise Thostilité des temps, il en coûte, pour les faire revivre, de nouveaux efforts, des luttes nouvelles — c^est un nouvel enfantement, c'est de nouveau le rude baptême des épreuves de la vie. Bien différent est le sort de ces idées qui se sont retranchées dans des formes fixes, extérieures. Comme tout ce qui est plus humble en comparaison de ce qui est plus noble , la forme possède une force vitale plus tenace. Elle peut végéter, c'est-à-dire, durer sans être comprise ; Vidée ne le peut Fragment indifférent de la vie extérieure conservé par la force de l'habitude, la forme, lorsque l'idée^ qui l'animait s'est perdue pour Tintelligence du peuple , continue à végéter — c'est une écorce morte, vide, en apparence sans raison d'être, sans valeur aucune. Alors se lèvent parfois les sages et les hommes sensés, qui crient au mensonge et à la tromperie et qui demandent que ce qui est devenu froid et inerte soit enterré comme un cadavre. Mais si le peuple possède ce sens de la forme doilt il a été parlé , d'instinct il reste fidèle à cette forme méprisée comme morte. H ne saurait mieux faire. En effet cette forme dont l'âme parait s'être envolée, n'est morte souvent qu'en apparence : elle dort par un temps âpre et dur, d'un sommeil hivernal, dont elle s'éveille au premier souffle de la brise du printemps. Souvent la forme doit mourir pour pouvoir éclore à une vie nouvelle. Dans ces circonstances, porter atteinte aux formes, ce n'est pas faire disparaître un cadavre, c'est détruire la chrysalide qui cache le futur papillon.
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C'est doBC quand la forme a perdu en apparence toute valeur, qu'elle déploie au contraire sa plus grande utilité, qu'elle rend à l'idée ses plus inappréciables services. L'existence végétative de la forme devient entre les mains de l'histoire le moyen spécifique d'assurer la continuité du développement hijstorique. Si le plus souvent il arrive que ce qui parait mort, est et reste à jamais privé de vie , si la vie et l'esprit ne reviennent plus animer des formes finies, il faut que celui qui ne veut pas confondre l'apparence de la mort avec la mort réelle, commence toujours dans les cas douteux , par ne croire qu'à une mort apparente.
Confondant en un seul et même point de vue toutes les explications qui précèdent, nous pouvons y trouver cet enseignement que l'attachement aux formes n'est pas un fait purement extérieur et sans valeur : il est Témanation de la tendance qui cherche à maintenir et à assurer la continuité historique du développement juridique. Les peuples chez lesquels cette ten-* dance est le plus prononcée, sont ceux qui brillent surtout par leur amour pour la forme : au premier rang figure le peuple romain.