CHAP. III. — B. POUVOIR ET LIBERTÉ DAN» LE DROIT PDBL
convention tacite et sûr la tradition n'excluait pas la possibilité d'une extension de pouvoir aux dépens d'un autre. En outre, le droit d'intercession fournissait l'occasion d'empiéter môme sur le domaine incontestable d'un pouvoir voisin. Dans ces constantes occasions de conflits ("*)» il était donc important de savoir quels étaient les caractères qui se trouvaient en présence. Leur diversité même rendait souvent l'issue du conflit fort différente. A une personnalité qui parvenait à s'imposer, on permettait ce qu'on n'aurait jamais permis à aucune autre ; on n'aurait jamais songé à lui appliquer des mesures que vis à vis d'une autre on n'hésitait pas à prendre. Il arriva qu'à raison d'un seul et même acte des fonctions de deux censeurs, l'un fut décrété d'accusation, tandis qu'on n'osa inquiéter l'autre qui imposait par sa position et par sa personnalité, et que le premier ne dut son absolution qu'à l'attitude résolue de son collègue (* 77 ). C'est également ainsi que le résultat de la menace par laquelle l'un magistrat cherchait à intimider l'autre dépendait entièrement du rapport des forces morales qui se trouvaient en présence. Impuissante et méprisée dans tel cas, cette menace
(* 78 ) Da reste, l'excellente remarque de La boula yb, 1. c. p. 75, mérite d'être prise en considération : « Ces pouvoirs indépendants, dit-il f les « consuls, les tribuns, le Sénat, s'entendaient comme aujourd'hui les a chambres et le pouvoir exécutif; les consuls essayaient de se maintenir « constamment in auctoritate senatus, et le Sénat de son côté, s'efforçait « de conserver la bonne intelligence entre les tribuns et les consuls. On « était tout-puissant par l'union, mais chacun était sans force dès que « V accord n'ewistait plu». Il fallait donc à tout prix conserver cette harmonie, « et c'est ce qui explique, comment tout se faisait par une suite de trana sachons, de concessions mutuelles, de tempéraments perpétuels. »
(*") Aur. Vict. de Vir. illust. c. 57 : oô quod a populo collega ejus Claudine (nam ipsum autoritas tukbatdr) rtus foetus et quum eum duae classes condamnassent, Tiàerius juravit, se cum Ulo in eœsilium iturum; ita reus absolutus est.
atteignait son but dans tel autre ( 47s ). Tantôt c'est un tribun qui force le. consul à céder, tantôt un consul qui fait plier le tribun et son propre collègue (* 79 ) ;. tantôt la menace de l'un croise la menace de l'autre. Un dictateur cherche à rebuter la plèbe de ses desseins, en annonçant qu'il va organiser une levée d'hommes et faire conduire les mécontents hors de la ville ; les tribuns de leur côté lui répondent par un plébiscite qui lui impose pour ce cas une amende d'un demimillion ( 4 *°). Parfois le fonctionnaire n'ose tenir compte de sa. propre menace et laisse arriver ce qu'il voulait empêcher ; d autres fois il ne recule pas et poursuit son but ( 4M ). Les censeurs avaient le droit de dresser la liste du Sénat, et on s'en tenait à leur rédaction; un jour que la liste était projetée par caprice et arbitrairement, les consuls déclarèrent qu'ils ne voulaient point la reconnaître, et ils reprirent une liste antérieure ( 48t ). Un autre jour, un Préteur, tandis qu'il exerçait ses fonctions, ne s était pas. levé au moment où passait le consul Aemilius Scaurus; celui-ci, qui était un homme d'un caractère violent, non-seulement fit lacérer les habits que le Préteur avait au corps et briser son siège, mais encore prit un décret en vertu duquel il défendait désormais qu'on s'adressât à ce magistrat pour demander justice; au fond c'était lui enlever les fonctions que le peuple lui avait
(* 7 «) Comp. par ex. Tite-Livb, IV, 26 et V, 9 ; VII, 3 in f.
(*'•) V. par ex. Florus epit. 2, 2 § 17. Titb-Livb, II, 66. IV, 26. XXXVIII, 54: Cato triàunos auetoritate deterruit. V. aussi Titb-Livb, «pit. 19; ibid. XXXVII. 51 : St in senatu et ad populum magnie contentionibus certatum est et imperia inhièita ultro citroque et pignora capta et muîtae dictae et tribuni appellati et provocatum ad populum est Religio ap postremum vicit, ut dicte audiens essetjtamen pontifia.
( 4 »°) Titb-Livb, VI, 88.
(* 81 ) Comp. par ex. Titb-Livb, VIII, 15 et Vkllej. Patkbo. 2, 92 et Obll. VI, 9.
(*••) Titb-Livb, IX, 80.