LES ORGANES DES SENS
des faits accumulés dans l’esprit d’un Cuvier. En comparant les animaux avec les hommes, on arriverait à la même conclusion. Il n’y aurait pas d’exagération à dire que, tandis que le volume du cerveau croit en progression arithmétique, les facultés intellectuelles croissent en progression géométrique.
Un rapport encore plus important et plus significatif est celui que présente le mode d’action du système nerveux. Malgré la différence radicale qui existe entre la nature de l’action du corps et de celle de l’esprit, nous sommes surpris de voir le rapprochement intime qui existe entre certaines circonstances de la première et les circonstances semblables de la seconde. Pour nous faire mieux comprendre, nous allons rapidement esquisser le plan ou le mécanisme du système nerveux.
La meilleure manière d’aborder l’étude du système nerveux, est, assurément, de commencer par les apparences extérieures. Tout le monde sait que nous avons des organes des sens et des organes de mouvement; et, qui plus est, chacun de nous pourrait raconter beaucoup de faits particuliers sur chacune de ces catégories. Or, l’étude de ces détails familiers nous fait découvrir quelques-unes des dispositions les plus cachées du système nerveux.
Les organes des sens, au nombre de cinq selon la manière ordinaire de compter, sont tous plus ou moins exposés à la vue. L’organe du toucher est l’enveloppe tout entière du corps, la peau. Les autres organes sont limités à certains points du corps. On appelle organe d’un sens une partie du corps exposée à certains agents,
J j’ ESPRIT ET LE CORPS
et qui, sous l’influence de ces agents, donne naissance à certaines impressions de l’esprit. Chacun des sens est approprié à une certaine classe d’influences : le toucher, aux contacts matériels; l’ouïe, aux pressions de l'air; le goût, aux substances liquides ou en dissolution, qui ont certaines propriétés chimiques; l’odorat, aux effluves gazeuses de môme nature; la vue, aux rayons du soleil ou des autres corps lumineux.
Les organes mobiles sont toutes les parties du corps : la tête, le visage, les yeux, la bouche, la gorge, le cou, le dos, les bras, les jambes, etc. Chacune de ces parties passe par un très-grand nombre de changements de posture, d’alternations, de combinaisons, et ces changements sont plus ou moins rapides, plus ou moins continus. Les mouvements sont presque tous visibles à l’œil. Les agents moteurs sont cachés à la vue, mais il est facile de les mettre en évidence par la dissection. La chair rouge, appelée tissu musculaire, est une substance fibreuse, divisée en masses séparées que l'on nomme muscles ; ces masses ont des formes et des grandeurs très-différentes, mais toutes ont une propriété commune qui est la contractilité, c’est-à-dire la faculté de se contracter d’une manière énergique. Les deux extrémités d’un muscle sont attachées à des os ou à d'autres parties, de sorte qu’en se contractant il rapproche l’un de l’autre les deux points d’attache, et détermine ainsi les mouvements que nous voyons. Un muscle fort large qui passe sur la tempe, et dont une des extrémités est attachée au crâne, et l’autre à la mâchoire inférieure, ferme cette mâchoire, en se contractant, lorsque nous voulons mordre; ce mouvement