‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 12 sur 137 · RAPPORT ENTRE LES SENS ET LES MOUVEMENTS · texte numérisé non relu

RAPPORT ENTRE LES SENS ET LES MOUVEMENTS

jambes, le corps et le visage y prennent part, sans compter les mouvements cachés qu’indique la voix, laquelle laisse échapper un cri ou une exclamation. Nous voyons qu’une partie quelconque de la peau de la main est en rapport avec peut-être deux cents muscles ; et, ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’un léger contact ne provoque pas les mouvements du cercle le plus éloigné. Quoi qu’il en soit, voilà un fait qui démontre l’existence de communications excessivement nombreuses et compliquées entre un point donné de la peau et les organes moteurs. La complication augmente si nous poursuivons ces réflexions sur les faits ordinaires. Nous constatons qu’en pinçant de même une partie quelconque de la peau, aux mains, aux bras, aux jambes, sur le dos, nous produirons des effets semblables; de sorte que chaque partie de l’enveloppe du corps a ses lignes de communication avec un trèsgrand nombre de muscles. Nous allons plus loin, et, si nous faisons des expériences analogues sur les autres sens, nous obtenons des effets analogues : une légère excitation détermine des mouvements limités; une excitation énergique donne, au contraire, des mouvements étendus, dont le caractère général est absolument le même que celui des mouvements que provoque le pincement de la peau. Une grande amertume, une mauvaise odeur, des sons criards et discordants, une flamme intense provoquent, chacun séparément, des mouvements des membres, du corps, du visage et de la voix. Chacun des sens se trouve en communication aussi complète avec les organes du mouvement.

Les effets de la stimulation d’un sens ne se bornent pas à un saut ou à une attitude due à un groupe de mus-

clés particulier; très-souvent il se produit une longue suite de mouvements et d’attitudes. Ceci augmente encore la complication. La vivacité de la sensation suffit pour provoquer d’abord un mouvement, puis un second et un troisième, ce qui indique l’existence d'une nouvelle série de lignes de communication; je veux parler de lignes par lesquelles les organes moteurs communiquent entre eux. Le bras fléchit, puis il se redresse ; les mâchoires se rapprochent, puis exécutent le mouvement latéral qui sert à broyer les aliments. Or, des mouvements continus ne peuvent se produire sans qu’il y ait une communication définie entre chaque mouvement et celui qui lui succède; la marche et le vol ne sont possibles que grâce à une disposition qui lie chaque mouvement à celui qui doit le suivre régulièrement.

Il est inutile d’examiner, en ce moment, plus à fond ce système de communications compliquées entre les organes des sens et ceux du mouvement, ainsi que les communications des différentes séries d’organes moteurs entre elles, pour lesquelles il faut des centaines ou des milliers de lignes. En effet, l'existence de ces lignes n’est encore pour nous qu’à l’état d’hypothèse : en voyant qu’un effet est régulièrement suivi d’un autre, sur un point assez éloigné, nous supposons qu’il doit exister quelque moyen de transmettre une action ou une force du premier point au second. Ce n’est que l’examen de l’intérieur du corps qui nous fait connaître l’intermédiaire employé. Cet examen nous montre une série de fils argentins, de cordes de différentes grosseurs, dont les ramifications vont de certains centres à toutes les parties du corps, surfaces sensitives ou muscles. Ce sont les nerfs. Les centres à

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