NERFS ET CENTRES NERVEUX S
partir desquels ils se ramifient, se composent d’une grosse masse continue, formée principalement de la même substance argentine qui occupe le crâne sous forme de masse arrondie, et qui se prolonge dans la colonne vertébrale en longue tige aplatie, d’environ douze millimètres de largeur. La masse qui remplit le crâne est le cerveau ; la tige qui remplit la colonne vertébrale s’appelle moelle épinière. Les innombrables communications dont nous parlions tout à l’heure s’effectuent au moyen des nerfs et de ces masses centrales.
Les centres sont presque entièrement composés de la même substance que les filaments nerveux ; mais ils contiennent encore une autre substance. Cette seconde substance présente à l’œil un aspect différent, une teinte grisâtre, comme on le voit en incisant une partie quelconque du cerveau ou delà moelle épinière d’un homme ou d’un animal. Cette différence bien visible nous permet de suivre la distribution et de reconnaître les proportions des deux espèces de substance. Dans le cerveau de l’homme et des animaux supérieurs, la surface nous présente des élévations et des sillons fort curieux que l’on appelle convoi utions, dirigés en différents sens; cette surface inégale se compose d’une mince couche uniforme de matière grise, tandis que la masse intérieure se compose principalement de substance nerveuse blanche.
Les propriétés de ces deux espèces de substance ont été étudiées avec le plus grand soin, et l'on a constaté ou conjecturé avec plus ou moins de succès le rôle de chacune d’elles.
A l’aide du microscope, on voit que la substance blanche, dont les fils nerveux sont formés en totalité, et les
centres en grande partie, se compose de fibres ou fils très-minces : chaque nerf visible n’est qu’un faisceau de ces fils. La substance grise est un mélange de ces fibres et de certains corps particuliers, connus sous le nom de cellules, vésicules ou corpuscules ; ce sont de petits corps solides, ronds, piriformes ou irréguliers, avec des prolongements par lesquels ils se rattachent aux nerfs . Ces deux éléments, fibres et cellules, avec les membranes qui les enveloppent, des vaisseaux sanguins et du tissu cellulaire, composent et les centres et les ramifications du système nerveux.
Le premier trait significatif des deux éléments nerveux, ce sont leurs dimensions : tous deux sont d’une petitesse extrême. La grande masse de la substance nerveuse est une agrégation d’un très-grand nombre de fibres et de corpuscules très-petits. L’épaisseur des fibres varie de tï à 7- - de millimètre; la moyenne est de — de millimètre. Il y a deux sortes de fibres; les principales, nommées fibres blanches ou tubulaires, semblent composées chacune, 1° d'une membrane extérieure dépourvue de structure ; 2° d’une couche intérieure de matière graisseuse, qui sert d'enveloppe à la partie suivante ; 3° enfin d'un cylindre central, formé non d’une substance graisseuse, mais d'une substance albumineuse (matière azotée ouprotéine). C’est à cet axe central qu’appartient la véritable fonction des fibres, et, aux deux extrémités des nerfs, on le trouve seul, dépouillé de ses deux enveloppes; son épaisseur n’est pas plus de r ,' t0 de millimètre.
Les cellules ou corpuscules affectent différentes formes ; ils sont ronds, ovales, piriformes, se prolongent en forme de queue ou présentent des rayons ou des pointes comme
MULTIPLICITÉ DES FIBRES ET DES CELLULES 31 une étoile. Ils se composent d’une matière pulpeuse, avec un corps ou noyau arrondi et excentrique, qui contient un ou plusieurs noyaux plus petits, entourés de granules colorés. Leur diamètre varie de à de millimètre. La masse totale de la substance grise étant trèsinférieure à celle de la substance blanche, et de plus les corpuscules ayant un diamètre plus considérable, il s’ensuit que le nombre de ceux-ci que présente une section transversale est moindre que le nombre des fibres ; mais néanmoins, comme ces corpuscules se trouvent en longueur, en largeur et en hauteur, tandis que les nerfs n’occupent que deux de ces dimensions, il en résulte que le total numérique des premiers dépasse de beaucoup celui des fibres nerveuses ramifiées, quoiqu’il ne soit pas aussi grand que le nombre total des réunions fibreuses.
On voit ici, fig. \ , la cellule représentée sous ses principales formes.
Nous pouvons maintenant nous faire une idée de l’immense multiplicité des éléments nerveux dans le cer-
veau et les nerfs. On a cherché à calculer le nombre de fibres qui composent certains nerfs. Le troisième nerf cérébral (nerf moteur ordinaire de l’œil) contient probablement quinze mille fibres. Dans les nerfs sensitifs, les fibres sont plus petites ; le grand nerf de la vue, le nerf optique, doit en contenir un très-grand nombre, probablement pas moins de cent mille, et peut-être beaucoup plus. C’est par centaines de millions qu'il faut compter les fibres qui composent la substance blanche du cerveau.
Cette énorme multiplicité des éléments nerveux indépendants semble répondre aux exigences du nombre énorme de communications qui sont indispensables aux actions ordinaires des êtres humains, comme nous l’avons déjà montré par quelques exemples.
L’arrangement des éléments nerveux nous fournit quelques faits significatifs. Notons, en premier lieu, que les fibres nerveuses s’étendent des centres nerveux aux extrémités du corps sans présenter une interruption, et sans se réunir ou se fondre entre elles, de sorte que chacune d’elles transmet infailliblement son message particulier. S’il n’en était ainsi, leur multiplicité n’assurerait nullement la variété des communications. La destination principale des deux enveloppes semble être d’assurer l’isolement de Taxe central.
Remarquons ensuite que la communication d’une partie du .corps à une autre, — comme par exemple, de la peau de la main aux muscles du bras, — ne s’effectue pas directement d’un point à l’autre, mais bien en passant par un centre nerveux. Toute fibre nerveuse partant de la surface du corps, ou de l’œil, ou de l’oreille, se rend d’a-
COMMUNICATIOM PAR LES NERl-S
bord à la moelle épinière ou à quelque partie du cerveau; et toute action exercée sur les mouvements par la stimulation de ces fibres, part de quelque centre nerveux. De même que, dans la distribution des lettres par la poste, il n’y a pas communication directe d'une rue à l’autre, mais que chaque lettre est d’abord portée au bureau central, de même la transmission d’une action d’un membre du corps k un autre se fait exclusivement à travers un centre, ou, à peu d’exceptions près, à travers quelque partie de la substance nerveuse contenue dans la tète et dans l’épine dorsale. Chaque communication est centralisée, ce qui a pour résultat à la fois d’économiser les appareils conducteurs, et d’éviter les conflits de message.
Quand nous disons que les nerfs aboutissent tous aux centres nerveux, nous voulons parler de la substance grise, c’est-à dire de la réunion des fibres et des corpuscules. Tout nerf aboutit à un corpuscule, et du même corpuscule partent une ou plusieurs fibres, lesquelles retournent directement au corps, ou se rendent à d’autres corpuscules, d’où partent de nouvelles fibres, avec la même alternative. Le plus grand nombre des fibres du cerveau et de la moelle épinière unissent les corpuscules entre eux ; un petit nombre seulement vont aboutir aux muscles, et servent à communiquer avec les organes moteurs.
Ainsi, les corpuscules servent d’intermédiaires entre les nerfs qui vont de la circonférence au centre, et ceux qui vont du centre à la circonférence; et, par suite, ils font communiquer entre elles les parties extérieures du corps. C’est en eux que s’organise ce système de correspondance compliquée, grâce auquel toute influence exercée
A. Bain* «3
sur une partie, peut exciter une ondulation d’effets dans bien d’autres parties. Les corpuscules sont les croisements, les points d’embranchement où chaque partie peut multiplier ses rapports avec toutes les autres. Il n’y a pas un seul muscle du corps que ne puisse atteindre, directement ou indirectement, une pression exercée sur le bout de l’index. Cette communication par ramification s’effectue par l’intermédiaire des cellules ou corpuscules, tout comme, grâce aux bureaux de poste et aux routes, une lettre partie d’un village quelconque de l’Europe, arrive rapidement à tout autre village.
Un troisième point qu’il est important de considérer dans l’étude des éléments nerveux, fibres et corpuscules, c’est leur substance matérielle, leur composition ou leur qualité. Le cœur ou axe central des fibres se compose de particules de substance albumineuse. Les corpuscules aussi se composent de la môme substance, unie à des granules de matières graisseuses. La substance des deux éléments nerveux est éminemment instable, c’est-à-dire qu’elle est très-accessible aux influences extérieures de toute espèce ; mais cependant ce sont les corpuscules qui sont considérés comme les plus susceptibles de changement. Nous ne pouvons avoir qu’une idée confuse de la nature exacte du changement qui s’effectue dans l’un ou dans l’autre de ces éléments ; c’est un changement qui, une fois commencé, se propage sur toute la ligue des communications ouvertes ; et c’est un changement qui ne trouve une certaine limite que dans l’altération de la structure du nerf. Le retour à la structure normale est dû au sang qui circule avec abondance au milieu des fibres ner-
MULTIPLICITÉ DES ÉLÉMENTS NERVEUX 35 veuses, mais avec plus d’abondance encore dans la substance grise qui contient les corpuscules ; on a calculé (Herbert Spencer) que, dans la substance grise ou substance à corpuscules, il circule cinq fois autant de sang que dans la substance blanche ou fibreuse. Ce sont ces changements du tissu nerveux encore imparfaitement compris, qui constituent ce que l’on appelle la force nerveuse. C’est un agent doué des propriétés les plus diverses : action mécanique, calorifique, chimique ; et toutes ces actions sont dues à l’altération moléculaire de la substance nerveuse, le complément de ce changement étant un afflux de sang proportionné à la force dégagée.
Revenons maintenant à la recherche des relations et de l’accord entre les actions de l’esprit et les changements du corps. Nous venons d’indiquer une grande relation que nous nous proposons de discuter plus en détail dans la suite : c’est, d’une part, la variété et la multiplicité des actions de l’esprit, et de l'autre, la multiplicité des éléments nerveux. Si notre système nerveux se composait, au plus, d’un millier de fibres élémentaires, et d'un millier de corpuscules, il serait, pour ainsi dire, impossible de montrer comment, en les combinant, il arrive à produire toute la variété des manifestations extérieures de nos sentiments et de nos pensées. Mais quelque grands que soient le nombre et la variété des états de l’esprit, le système nerveux, par son étendue et la multiplicité prodigieuse de ses éléments, présente un appareil qui est loin de sembler insuffisant.
Cette proportion entre le nombre des éléments et la complication des fonctions, se montre avec avantage
dans les organes des sens. Le nerf optique est le plus grand des nerfs destinés à un sens spécial ; ses ramifications dans la rétine sont nombreuses et très-rapprocbées. Dans cette partie, les fibres sont accompagnées de corpuscules nerveux, afin d’augmenter la sensibilité et de faire sentir même un léger choc.
Tandis que, pour les sens plus intellectuels, la vue, l’ouïe et le toucher, les nerfs ont chacun leur enveloppe protectrice et isolante, qui correspond à la distinction et à la séparation des parties qui ont reçu l’impression, pour l’odorat au contraire, les nerfs forment un écheveau de fibres sans enveloppe isolante, qui correspond à la fusion de l’impression odorante en un tout, sans distinction de parties (Spencer).
M. Spencer a montré que, pour augmenter la délicatesse de la vue et de l'ouïe, lorsque le choc reçu à la surface est très-faible, il existe « des multiplicateurs d’excitation », ou des moyens d’exagérer l’intensité du choc. Ainsi, dans l’œil, la rétine se compose de fibrilles élémentaires sans enveloppe protectrice, et de corpuscules nerveux, dont la substance est plus instable que celle des fibres. Dans l’oreille, les petits granules sableux (otolites) et les verges, augmentent par leur mouvement l’action exercée sur le nerf auditif.
Le pigmentum noir de l’œil, qui, vu à travers la pupille, offre l’aspect d’une ombre brun foncé, est indispensable à la vision parfaite, car il sert à donner plus de force à l’action de la lumière. Le D r William Ogle a signalé le fait de la présence du pigmentum dans les régions olfactives, et il attribue à ce fait une délicatesse plus grande de 1 odorat. D’après le D r Ogle, si les nègres ont l’odorat