‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 14 sur 137 · RAPPORTS DE TEMPS · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE TEMPS

plus développé, c’est à leur grande abondance de pigraentum qu’ils le doivent. Les albinos et les animaux blancs n’ont ni la vue ni l'odorat aussi délicats que les êtres de couleur foncée. Dans le labyrinthe membraneux de l’oreille aussi, on trouve un pigmentum noir. (De l’anosmie, par le D r William Ogle, Médico-Chirurgical Transactions , vol. LIII.)

Les faits de ce genre montrent jusqu’à quel point l’esprit peut subir l’influence de la structure des organes matériels. La présence d’un peu plus de pigmentum dans l’organe d’un sens peut, en augmentant la délicatesse de ce sens, déterminer les préférences, les goûts et les occupations d’un animal; ou, en d’autres termes, toute sa destinée. Chez l’homme, le fait d’une délicatesse extrême d’un ou deux sens principaux peut modifier tout le caractère, intellectuel et moral. La différence entre une nature sensuelle et une nature méditative pourrait, à la rigueur, provenir de l’appareil extérieur des orgqnes des sens, à part même les qualités du cerveau. Dans ce cas, le système nerveux obéirait aux sens spéciaux au lieu de les diriger.

Voyons maintenant les rapports entre l’esprit et le corps, au point de vue de leur mode d’action. Malgré l’extrême différence qui existe entre l’activité du corps et celle de l’esprit, nous pouvons cependant trouver entre eux des points de ressemblance. Le premier de ces points de ressemblance porte sur le temps.

Par une série d’expériences à la fois très-ingénieuses et très-concluantes, on a reconnu que la vitesse de transmission de la force nerveuse est d’environ quatre-vingt-

dix pieds par seconde i . Cette mesure s’applique au passage par les fils nerveux, et ne comprend pas le temps qu’il faut pour traverser la substance grise des centres, avec leur masse de corpuscules. Or, le temps nécessaire à un cercle d’action complet, en commençant par une stimulation des sens, et en finissant par certains mouvements, dépend en partie du temps que la force nerveuse met à parcourir les nerfs, et en partie de celui qu’il lui faut pour traverser les centres, où elle passe par un grand nombre de corpuscules. On a cherché à évaluer la durée de cette dernière opération, durée que la nature même des circonstances doit rendre assez variable; en effet, l’étendue de la masse centrale qu’il s’agit de traverser peut varier, et de plus, il se peut qu’il y ait rencontre de courants contraires. Le cas où le retard intérieur est le moindre, est celui de ce que l’on nomme action réflexe , dans lequel un mouvement répond à une stimulation, sans l’intervention de la volonté ; tel est, par exemple, le mouvement involontaire que fait une personne dont on pince la main. En opérant sur des grenouilles, Helmholtz a constaté que l’action réflexe exige de à de seconde; or, la longueur totale des fils nerveux à parcourir ne pouvait être que de quelques centimètres, et pour parcourir cette longueur de fil nerveux continu, il faudrait à peine — r de seconde.

Le temps que demandent une sensation et la volition qui en résulte, a été mesuré dans des cas où il n’y avait aucun conflit d’impulsion. On peut le faire en constatant le temps

1. Voyez dans la Revue des cours scientifiques, l r « série, tomes III et IV, l’histoire des diverses déterminations de cette vitesse, par Du Bois-Reymond, Helmholtz et Marey.

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