LOI DU CONSERVATION PERSONNELLE
Plusieurs philosophe* ont remarqué qu’il existe un rapport intime entre le plaisir et un haut degré de vitalité ou de vigueur de l’organisme, et, d’un autre côté, entre la souffrance et les causes qui diminuent la vitalité, c’està-dire la faiblesse et l’épuisement de l’organisme. Platon et Aristote, en considérant le plaisir, lui attribuent, entre autres qualités, une propriété réparatrice. Kant se sert de quelques expressions remarquables, dans le même sens ; mais le reste du texte vient souvent en gâter l’effet :
— « Le plaisir, dit-il, est le sentiment du mouvement de la vie, et la souffrance, celui de son arrêt. » Un trèsgrand nombre des faits qui y ont rapport sont compris dans la formule suivante, que l’on peut appeler la loi de conservation personnelle :
Les sensatio7is de plaisir se rattachent à un accroissement , et celles de souffi-ance à une diminution de quelques-unes des fo7iclions vitales, ou de toutes ces fictions .
Ce principe s’applique à des phénomènes bien connus de tout le monde ; tels sont, par exemple, le plaisir que donne un exercice salutaire; celui du repos après un travail pénible, et, au contraire, la souffrance de la fatigue ; le plaisir que l’on éprouve à prendre de la nourriture, et à respirer un air pur, et la souffrance que causent la faim, l’inanition ou l’asphyxie; les plaisirs de la santé en général, et les souffrances des blessures et des maladies. Nous avons là un résumé rapide des faits principaux de la vie ordinaire, et des phénomènes du corps et de l’esprit que nous connaissons tous par expérience.
N’oublions pas cependant qu’il y a quelques exceptions assez importantes. Par exemple, le froid peut être pénible et néanmoins salutaire, comme dans le cas d'un bain froid, ou de l’action fortifiante d’un air un peu vif. Mais, en y regardant de plus près, on verra que cette exception confirme la règle, et en rend en même temps l’application mieux définie ; sans doute, le froid exerce momentanément une action dépressive sur un organe trèssensible, la peau, et peut-être aussi sur les organes de la digestion ; mais d’un autre côté, tant qu’il se maintient dans les limites raisonnables qui constituent un froid sa-