‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 24 sur 137 · LOI DE CONSERVATION PERSONNELLE · texte numérisé non relu

LOI DE CONSERVATION PERSONNELLE

iutaire, il exalte, par la circulation capillaire, les poumons, le cœur, les muscles et les nerfs ; et la comparaison nous enseigne qu'au point de vue du plaisir immédiat , nous perdons plus en ralentissant les fonctions de la peau et de l’estomac, que nous ne gagnons en accroissant celles du cœur, des poumons, des muscles ou même des nerfs eux-mêmes.

Nous citerons encore comme exception très-remarquable l’absence de souffrance dans bien des maladies ; de même encore, le dépérissement qui amène la fin de la vie, peut être, dans certains cas, non-seulement exempt de souffrance, mais encore accompagné d’un grand bienêtre. C’est cette circonstance que l’on cite très-souvent comme preuve du triomphe de l’esprit sur le corps.

Or, pour expliquer cette exception, il nous suffira de donner plus d’extension k ce que nous venons de dire à propos du froid. Le rapport entre le plaisir et la vitalité, celui entre la souffrance et la faiblesse ou la diminution des fonctions, n’existent pas au môme degré pour tous les organes; quelques-uns sont relativement insensibles; ils peuvent dégénérer et dépérir, pour ainsi dire, sans que nous le sentions, tandis que, pour d’autres organes, le moindre trouble des fonctions amène une souffrance. La faiblesse des muscles ne cause de souffrance que si nous sommes obligés de faire des efforts qui excèdent nos forces; de même aussi, l’affaiblissement du système nerveux peut rendre plus difficile l'exercioe de la pensée, sans produire de malaise, pourvu que le repos complet nous soit permis. Au contraire, tout ce qui nuit à la nutrition, une indigestion par exemple, produit un malaise immédiat; ce résultat est encore plus marqué s’il s’agit

d’un arrêt partiel des organes de purification, tels que les intestins, le foie, la peau, les poumons ou les reins. Certaines formes de dégénérescence du cœur, des poumons, des reins et d’autres parties, ne troublent pas les fonctions ordinaires ; le mal consiste en ce qu’elles préparent les voies à une défaillance brusque et inattendue.

Les facultés du système nerveux sont diverses et quelquefois même opposées les unes aux autres. La faiblesse d’intelligence, le déclin de la mémoire, l’impuissance de penser, ne sont pas par eux-mêmes une souffrance. Il existe probablement une faculté particulière du système nerveux, de laquelle dépend le sentiment de plaisir, et il se peut que cette faculté ne décline pas quand l'intelligence baisse, ou qu’elle décline quand l’intelligence est encore pleine de force; et c’est là une fonction qui se manifeste à des degrés fort inégaux selon les individus.

L’effet que produit sur l’esprit la diminution de l’énergie des différentes fonctions organiques, s’explique en définitive par quelque altération du cerveau lui-même. Si nous pouvions supposer que toutes les fonctions du cerveau restent intactes, alors il pourrait y avoir trouble dans d’autres organes, sans que l’esprit s’en trouvât abattu. Rigoureusement parlant, ce cas est impossible. Seulement, il se peut quelquefois qu’il en soit presque ainsi, par exemple, lorsque le sang, dans l’état où il se trouve, arrive en excès au cerveau et le nourrit aux dépens du reste de l’organisme. Mais ce phénomène, qui peut se prolonger pendant quelque temps, ne saurait durer toujours. En pareil cas, il se produit une exaltation extraordinaire de l’action de l’esprit, qui va jusqu’à l’hi-

INFLUENCE DU PLAISIR SUR LES MOUVEMENTS 65 larité et même jusqu’à l’extase. Cet état peut être produit momentanément par l'action des narcotiques, sur une constitution affaiblie jusqu’à un certain point ; il se manifeste quelquefois aussi aux dernières heures de la vie. Il n’est pas rare de voir des malades, arrivés à la dernière période de la phthisie, conserver encore les plus vives espérances de guérison, ce qui prouve qu’au lieu d’éprouver quelque abattement d’esprit, ils sont au contraire dans une disposition d’esprit tout à fait riante. A ce sujet, le D r Patrick Nicol fait observer (Medical Reports of West Riding Asylum pour 1872, p. 199) « que le sang qui produit les tubercules semble exercer sur le cerveau une action particulièrement nuisible, tendant à exciter le délire ; » dans les cas extrêmes, il détermine même la folie furieuse.

Le principe général du rapport entre le plaisir et l'accroissement de la puissance vitale, est encore confirmé par les manifestations extérieures qui se produisent sous l’influence du plaisir et de la douleur: animation, mouvement et vigueur dans le premier cas ; et, dans le second, abattement et défaillance.

La loi fondamentale de la sensation, d’après laquelle le mouvement est proportionné à l’intensité de la stimulation, subit de grandes modifications, suivant que la sensation est agréable ou douloureuse. L’intensité de la stimulation, considérée en elle-même, tend à déterminer l’intensité du mouvement; mais le caractère de plaisir, de souffrance ou de sensation indifférente, doit aussi entrer en ligne de compte. Les termes que l’on applique au plaisir expriment bien cette différence : les épithètes de A. Bain 5

vif, animé, gai, joyeux, riant, indiquent une activité inusitée ; celles de triste, malheureux, misérable, abattu, affligé, découragé, présentent l’idée de la langueur, de l’abattement, de l’impuissance d’agir. C’est chez les jeunes gens surtout que l’on peut remarquer tout particulièrement l’union des sentiments de plaisir et de l’énergie du corps. L’étude des fonctions de l’organisme démontre d’une manière évidente que leur énergie augmente sous l’influence d’un sentiment de plaisir; la respiration s’accélère, le pouls devient plus plein, les fonctions digestives s’exaltent. Sous l’influence de l’abattement et de la douleur, c’est l’effet contraire qui se produit.

Citons comme exception apparente à cette loi la stimulation déterminée par une douleur vive, ainsi que les contorsions et les mouvements produits en général par la souffrance. Mais nous allons essayer de faire voir qu’il n’y a pas là une exception véritable.

Et d’abord, un grand nombre de chocs douloureux amènent purement et simplement l’abattement ; ils n’ont pas même la prétention ou l’apparence d’exciter des mouvements énergiques. Un coup porté à la jambe détermine une prostration complète; en irritant une blessure à vif, on produit à peu près le même effet. Si l’on pince, que l’on comprime ou que l’on torture certaines parties du corps, on donne lieu à une souffrance interne qui enlève absolument toutes les forces. Le froid, lorsqu’il devient douloureux, à l’exception peut-être du contact d'une surface gelée peu étendue, lequel ressemble à une brûlure, a surtout une action dépressive ; lorsqu’il réagit pour exalter les fonctions, il perd son caractère douloureux .

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