ACTION STIMULANTE D’UNE DOULEUR AIGUE
Les privations, les malheurs, la perte des objets de nos affections, la honte, le remords, sont accompagnés d’une 'prostration générale.
En second lieu, il est facile de faire voir que la stimulation violente des muscles que produisent les souffrances vives, est accompagnée d’un affaiblissement des fonctions organiques; ce n’est donc qu’une simple action spasmodique, provenant d’une dépense anormale d’énergie. L’estomac, le coeur, les poumons subissent tous une action dépressive, pour fournir à cette activité exagérée des muscles.
Ce qui prouve bien que ce mouvement est forcé et factice, c’est la lassitude qui y succède; les muscles euxmêmes indiquent un épuisement bien différent de celui qui suivrait un déploiement analogue d’énergie de bon aloi, ou l’émotion causée par la joie 1 .
Néanmoins, une douleur aiguë peut servir à réveiller momentanément les forces; par suite même de son caractère aigu, la douleur est limitée à un très-petit cercle nerveux, de sorte que les effets nuisibles en sont restreints, tandis que la stimulation suffit pour donner naissance à une série de courants nerveux qui raniment les forces. La douleur du supplice du fouet, en multipliant des souf-
1. Les exemples de mort ou de dérangement de l’esprit dus à un chagrin, à une douleur ou à un malheur inattendus, sont fort nombreux, ce qui est d’accord avec la loi générale. On cite aussi des cas de mort et de folie par excès de joie ; mais ils sont assez rares pour pouvoir être regardés comme des exceptions. Un choc trèsviolent, quelle qu’en soit la nature, produit une perturbation; mais les conséquences en sont bien différentes, suivant qu’il vient de la souffrance ou du plaisir. Règle générale : on ne se remet que lentement et avec peine après une vive souffrance, tandis qu'on se remet vite et facilement de l'émotion d’une joie trop forte.
frances encore plus intenses, épuise complètement le
système tout entier.
Cette loi du plaisir et de la souffrance nous donne la clef des principaux modes d’expression des sensations. Les organes qui servent à les exprimer par le mouvement sont d’abord les traits du visage, puis la voix, et enfin les gestes et les mouvements du corps en général, tête, tronc et extrémités. Les émotions agréables mettent évidemment en mouvement toutes ces parties ; les grimaces, les gestes et les attitudes prouvent l’intervention d’une impulsion active. L’attitude plus droite, l’épanouissement des traits, la force de la voix, tout démontre que les muscles extenseurs, qui sont de beaucoup les plus grands, sont énergiquement stimulés. Quand nous avons un surplus d’énergie à dépenser, nous étendons le corps et nous le redressons, plutôt que de le fléchir et de le courber ; le poids du corps lui-même se trouve soutenu dans le premier cas, et non dans le second. Tout effort additionnel, tel que celui qu’exige l’action de marcher, de soulever des poids, de ramer, est supporté par les muscles extenseurs. C’est le volume de ces derniers qui constitue la charpente musculaire, et qui donne de la plénitude aux mollets, aux cuisses et aux hanches.
Au contraire, la souffrance, tant qu’elle n’est pas extrêmement aiguë, l’abattement, l’épuisement, tendent à relâcher tous ces muscles puissants ; de là vient que la personne tout entière se courbe et s’affaisse, ce qui indique que les sources de la force musculaire sont taries. La différence entre ces deux états, au point de vue de l’attitude générale, est très-marquée. Dans un triomphe, com-