‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 31 sur 137 · LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LA VOLONTÉ

La volonté ou action volontaire est, extérieurement, un phénomène physique : le muscle de l’animal, soumis à une stimulation nerveuse, est un des premiers moteurs mécaniques; la puissance motrice du muscle est aussi purement mécanique que la puissance motrice de la vapeur; la nourriture est à l’une ce que le combustible est à l’autre. Le caractère distinctif de nos mouvements volontaires, c’est qu’ils naissent de la sensation et qu’ils sont guidés par l’intelligence; ainsi, au point de vue de la volonté, le problème de l’accord entre le corps et l’es -

pourrait infliger dea souffrances aussi vives que l’on voudrait, en les graduant avec une précision scientifique* Il reste à déterminer jusqu’à quel point l’emploi de courants électriques violents pourrait faire aux nerfs un mal durable; il est probable que le dommage ne serait pas plus grand qu’avec le môme degré de souffrance infligé par l’intermédiaire des muscles ou de la peau, tandis qu’au moins ce dommage se bornerait au tissu nerveux. Le châtiment serait moins révoltant que le supplice du fouet pour les spectateurs et pour le public en général ; il resterait aussi terrible pour le criminel lui-même; ce qu’il aurait de mystérieux frapperait l’imagination, et aucune attitude imaginable no pourrait en atténuer les souffrances. Le pouvoir effrayant que l’opérateur exercerait par le plus léger mouvement du doigt rendrait encore plus sensible la prostration humiliante du patient.

Si l’on doit maintenir la peine de mort, il y aurait bien des raisons de renoncer à la pendaison, et d’y substituer un choc électrique. Mais comme l'opinion semble se prononcer de plus en plus contre la peine capitale, la combinaison do la réclusion avec les souffrances causées par l’électricité, pourrait être graduée de manière à fournir des châtiments suffisants pour tous les degrés du crime. Lord Romilly a exprimé l’avis que la réclusion avec flagellation périodique serait bien pire qu’une mort immédiate. Cette idée serait trop pénible pour la généralité du public, tandis qu’une application plus, raffinée de la souffrance ne serait pénible que pour lo condamné.

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prit, est toujours un problème de sensation ou d’intelligence. Le développement et le perfectionnement de notre puissance de volonté sont deux des points principaux de notre éducation, et cette éducation s’adresse uniquement à l’intelligence. Je me bornerai donc, pour la volonté, à indiquer rapidement les actions fondamentales qui s’y rattachent ; une de ces actions a déjà été étudiée par nous à propos des sensations, et viendra encore jouer un rôle dans l’intelligence. Dans la volonté je reconnais en tout trois éléments; les deux premiers sont primitifs, instinctifs ou primordiaux, et le troisième est acquis et provient de l’éducation.

Le premier élément primordial s’appelle l’énergie spontanée ou l’excès d’activité de l’organisme ; c’est la disposition des organes de mouvement à entrer en jeu d’eux mêmes et en dehors de toute stimulation des sens ou des sensations ; l’activité s’accroît encore lorsqu’une stimulation vient s’ajouter au mouvement spontané primitif. Il est, je le crois, démontré que l’exubérance d’activité qui accompagne la santé, la bonne nourriture, la jeunesse et un tempérament particulier appelé tempérament actif, vient surtout d’une puissance active inhérente, qui n'a d’abord d’autre but que de se dépenser au dehors ; et que peu à peu cette activité passe sous le contrôle des sensations et des intentions de l’animal. C’est l’excès de puissance nerveuse de l’organisme qui se décharge sans attendre d’y être sollicitée par la sensation. Dans le cours de notre éducation , la spontanéité s’enchaîne tellement à nos sensations, qu’elle devient un instrument de bien-être en favorisant nos plaisirs et en écartant

CONDITIONS PHYSIQUES DE LA VOLONTÉ 81 les souffrances. Par pure spontanéité, la voix émet des sons, l’oreille les dirige et les rend mélodieux, et les besoins généraux de l’organisme appliquent ces sons à d’autres usages.

Cependant, la spontanéité seule ne suffirait pas pour nous donner tout ce que nous trouvons dans les impulsions de la volonté. Comme elle n’est que la surabondance de la puissance vitale, elle ne se manifesterait qu’aux moments et sur les points où cette surabondance existe. Il nous faut un genre d’activité qui entre en jeu toutes les fois qu’il s’agit d’atteindre un plaisir ou d’écarter une souffrance, et qui puisse être dirigé sur les points mêmes où il s’agit de produire ces effets.

Pour cette force il faut revenir à la grande loi fondamentale du plaisir et de la souffrance, à la loi qui rattache le plaisir à l’accroissement de la puissance vitale, et la souffrance à la diminution de cette même puissance. Cette loi peut être considérée comme étant, à bien des égards, le fondement, l’appui principal de notre être; c’est le principe de conservation, le moteur spontané de l’organisme, moteur qui est à lui-même son propre régulateur. Quand, pour un motif quelconque, nous entrons dans un transport de joie, à cet état moral correspond une exaltation d’énergie vitale pour les muscles et les fonctions organiques, ensemble ou séparément; et cette exaltation est un accroissement de l’activité qui produit le plaisir. Le premier instant de la mastication d’un morceau appétissant développe une sensation agréable que perçoit l’esprit, et en même temps stimule le corps à une activité croissante; cette activité accrue se porte

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sur les parties qui sont alors en mouvement, c’est-à-dire sur les organes de la mastication, les joues, la mâchoire et la langue, qui, par conséquent, travaillent avec un redoublement de vigueur , de sorte que le plaisir nourrit le plaisir. C’est, selon moi, ce rapport qui nous présente le fondement même de la volonté. D’un autre côté, si, dans le cours de l’action énergique de la mastication, un faux mouvement vient à se produire, et que les dents saisissent par erreur la peau de la lèvre ou la langue, l’esprit reçoit un choc de souffrance, et le corps subit, je le crois, une destruction de puissance nerveuse par suite de ce choc, et cette destruction de puissance détermine aussitôt et directement la cessation des courants actifs qui mettent en mouvement la bouche et les mâchoires.

C’est là, je crois, le fondement de la volonté ; dans l’âge mûr, il s'élève sur ce fondement une vaste structure de rapports acquis entre les sensations et certains mouvements déterminés. Sans un fondement de ce genre, je ne vois aucun moyen de commencer le travail d’acquisition de la volonté, ni de mettre nos mouvements d’accord avec les sensations du mouvement ; de plus, il y a là un frein toujours prêt à intervenir pour remplacer les habitudes acquises. A un moment quelconque, un plaisir soudain stimule nos forces, une souffrance brusque, si ce n’est pas une douleur aiguë et excitante, les abat ; dans le premier cas, la cause du plaisir, s’il vient de notre acti- . vité surabondante, persiste et s’accroît ; dans le second, les forces rencontrent un obstacle, et, si elles ont causé la souffrance, cette souffrance cesse au même instant. L’apparition d’une lumière agréable dans un labyrinthe

CONDITIONS PHYSIQUES DE LA VOLONTÉ 83 obscur nous excite à avancer, sans que nous passions par les formalités de ce que nous appelons une décision de la volonté ; au contraire, le mouvement qui nous conduit à l’obscurité, à l’inconnu et à l’incertitude cessera par la défaillance de nos forces, avant même que nous n’ayons pu commencer à délibérer. Notre marche dans la vie, depuis le commencement jusqu’à la fin, mais surtout au commencement, n’est qu’épreuves et erreurs continuelles : nous avançons à tâtons, nous agissons presque au hasard, et nous jugeons le résultat ; et la tendance générale de la loi dont il s’agit, est de nous soutenir quand nous sommes dans la bonne voie, et de nous arrêter quand nous faisons fausse route.

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