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APPAREIL DE LA MÉMOIRE

La faiblesse relative des impressions que laissent les idées est très-probablement la contre-partie du peu de force qu’ont les courants reproduits dans le cerveau. Il est bien rare que ces courants reproduits aient la même énergie que les courants excités directement dans l’origine.

Voyons maintenant quel est l’appareil de la mémoire.

A tout acte de la mémoire, à tout exercice d'une faculté physique, à chaque habitude, à chaque souvenir, à chaque groupe d’idées correspond un groupe particulier, une coordination de sensations et de mouvements à l’aide de développements spéciaux des cellules de jonction.

des objets réels, rendent ces manifestations assez rares lorsque nous sommes éveillés et dans les conditions ordinaires. Toute circonstance qui, d'une part, tend à donner plus de force à l'idée, ou, de l’autre, nous soustrait à l'influence des objets réels, nous présente alors cette action des courants dans toute leur force. Le sommeil magnétique en est le cas le plus extrême ; les idées présentées à l’esprit du sujet sur lequel on opère, déterminent exclusivement sa conduite.

L’organisme humain n’offre aucun fait qui prouve d’une manière plus décisive l’union de l'intelligence avec le système nerveux, et avec les organes du mouvement et ceux des sens. Il montre bien à quel point cette union est intime.

Ce principe est une loi supplémentaire de la volonté; il y a là un stimulant d’action qui vient s’ajouter aux premiers et aux véritables motifs de la volonté, le plaisir et la douleur, et qui souvent nous amène à faire des actes en désaccord avec nos intérêts immédiats, qui sont de rechercher le plaisir et de fuir la douleur.

On s’est fort occupé, il y a quelque temps, d'une extension de ce principe désignée sous le nom de « puissance de l’imagination sur le corps. » D’après cette théorie, les idées peuvent produire sur l'organisme certains changements, favorables ou défavorables au point de vue de la santé. En concentrant notre pensée sur la main, nous modifions la circulation du sang dans cette partie, et, avec une attention suffisante, nous pourrions y déterminer une action morbide. On a proposé certaines applications de cette théorie à la médecine, et ses conditions et ses limites méritent une étude attentive. M. Darwin en a tiré une explication assez heureuse du phénomène de la rougeur.

Par exemple, lorsque je vois un mot écrit, et que, sachant lire, je puis le prononcer, cette faculté réside dans une série de réunions ou de groupes de courants nerveux produits dans le nerf et les centres nerveux de l’œil, avec des courants dans les nerfs moteurs qui se rendent à la poitrine, au larynx et à la bouche ; et ces groupes ou réunions sont produits par des accroissements définis à certains points de croisement cellulaire.

Voici quelques-unes des considérations sur lesquelles nous nous appuyons pour avancer cette proposition :

En premier lieu, nous ne faisons qu’exprimer là un procédé approprié à la structure et à l’action connue du cerveau. Si cet organe est un vaste réseau de communication entre la sensation et le mouvement, sensation réelle et sensation en idée, entre un sens et un autre, entre un mouvement et un autre, par des fibres conductrices innombrables avec des milliers de croisements, le moyen de faire qu’une certaine série de courants en excite une autre également définie, est de renforcer, de manière ou d’autre, les points de jonction spéciaux où les deux séries se relient le plus facilement, de manière à déterminer une préférence pour cette ligne de communication particulière. Les accroissements spéciaux qui se rapportent à la mémoire doivent agir en ces points de jonction de cellules ou de corpuscules.

La manière dont nous concevons les action^ appelées réflexes, explique bien ce que nous voulons dire. Une stimulation arrive, en suivant un nerf donné, à un point central, à un groupe de cellules, et, en réponse, il se produit un certain mouvement, comme lorsqu’un homme endormi ferme la main. Or, les rapports plus élevés de

LIMITES DES ACQUISITIONS INTELLECTUELLES 97 l’esprit ont essentiellement le même caractère, mais sont bien plus compliqués; le système des lignes de communication qui s’étendent en tous sens dans le cerveau, s’oppose au choix facile d'une voie de sortie, et il se produit d’abord bien des conflits et des tiraillements, jusqu’à ce que les circonstances déterminent des issues préférées, et que des accroissements de structure viennent confirmer ces préférences.

A l’appui de cette manière de voir, nous pouvons citer les effets produits par las maladies de certains points du cerveau, qui détruisent la mémoire, et effacent souvent une certaine classe d’acquisitions ou de souvenirs, en laissant les autres intactes. On a constaté un assez grand nombre de cas remarquables de destruction de la seconde circonvolution frontale du cerveau, et de la troisième, accompagnée de la perte de la parole, tandis que l’ensemble des facultés intellectuelles n’avait pas souffert.

En second lieu, la faculté d'acquisition a une limite, laquelle est déterminée par la quantité de la substance nerveuse, c’est-à-dire par le volume du cerveau.

Nous sommes assez disposés à nous laisser aller vaguement à l’idée que la seule limite à nos acquisitions intellectuelles est notre manque d’application, ou quelque autre faiblesse dont nous pouvons toujours triompher. Il existe cependant des limites bien évidentes. Nous sommes tous incapables sur certains points : les uns n’ont aucune aptitude pour la mécanique, les autres pour la musique, les autres pour les langues, les autres pour les sciences. Sur un de ces points , pour chacun de nous , la mémoire est comme une corde de sable ; dans chacun de ces cas, il doit y avoir un manque de substance céré-

A. Bain. 7

braie pour la classe particulière de rapports en question.

D’un autre côté, les connaissances acquises tendent à s’effacer, si nous ne les renouvelons. Mais alors il doit venir un moment, dans le progrès de ces acquisitions, où toute la force d’accroissement dont nous disposons est nécessaire pour conserver ce que nous avons déjà acquis ; un moment où, en réalité, nous perdons d’un côté autant que nous gagnons de l’autre.

Il faut observer encore qu’une grande partie de nos progrès intellectuels, dans la seconde partie de notre vie, consiste dans la substitution de jugements plus réfléchis à nos premières idées peu mûries, dont nous nous défais sons peu à peu. Une idée juste n’occupe pas nécessairement dans le cerveau plus de place qu’une idée fausse, quand une fois l’idée juste est acquise : il en est do même d’un geste élégant comparé à un geste maladroit.

Même en prenant l’homme d’étude, dont la vie se passe à amasser des connaissances, nous voyons que sa mémoire finit, sinon par refuser de nouveaux fardeaux, du moins par ne les accepter qu'en rejetant une partie de ce qu’elle portait déjà. En outre, une grande érudition est surtout la connaissance des sources où se trouvent les connaissances. Nous n’employons à la fois qu’un nombre limité d’idées ; seulement, dans le cours de notre vie, nous pouvons changer plusieurs fois le cercle de nos

idées*

Nous avons vu aussi, lorsque nous avons parlé de la faculté de similarité ou d’accord, que la même acquisition sert dans bien des occasions différentes. Un mot nouveau n’est que le groupement d’articulations déjà connues; un air nouveau pour le musicien, une manipulation nouvelle

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