‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 38 sur 137 · PERFECTIBILITÉ · texte numérisé non relu

PERFECTIBILITÉ

pour le chimiste, ne sont que de légères modifications de faits déjà acquis.

Encore une fois, dans un très-grand nombre de cas, ce que nous retenons est moins certaines combinaisons toutes faites, que les moyens de faire ces combinaisons quand cela devient nécessaire. La nomenclature scientifique nous en offre un exemple bien frappant En combinant les noms des genres et ceux des espèces, nous avons assez de deux ou trois mille mots pour nommer cent mille plantes. Il en est de môme pour le langage ordinaire ; dans la langue anglaise, le suffixe ness, compris une fois pour toutes, nous permet de convertir treize cents adjectifs en autant de noms abstraits ; de sorte que le souvenir de ces noms abstraits n’exige aucun effort nouveau. Et de même, au lieu de charger notre mémoire d'une suite de phrases toutes faites pour chaque circonstance qui se présente, nous avons un certain nombre de formes que nous adaptons facilement au sujet que nous voulons exprimer.

Enfin, en dernier lieu, le grand principe de la volonté est doué de la faculté de se corriger après toute épreuve et toute erreur. Cette faculté tient lieu de bien des dispositions ingénieuses, et, grâce à elle, la machine sensible est supérieure à toutes les autres machines. Il n’est pas nécessaire, pour la faculté d’imitation, qu’un son une fois entendu nous fasse trouver immédiatement l'articulation exacte qui doit le reproduire ; il se pourra qu’un premier essai ne donne pas tout à fait ce qu’il faut, mais le sentiment de cette différence signalera ce défaut; d’autres faux mouvements pourront être corrigés, jusqu’à ce que le son voulu soit obtenu.

Je vais maintenant hasarder une comparaison hypothétique entre nos acquisitions intellectuelles d’une part, et le nombre des éléments nerveux du cerveau de l'autre.

Nous accordons d'abord un certain nombre de groupes définis ou de combinaisons à nos différents instincts, tels, par exemple, que les mouvements combinés du cœur, des intestins et des poumons, et que leurs modifications spéciales pour la déglutition, la toux et la succion. La simplicité et les limites de ces actes sont telles qu’ils exigent un nombre de groupes primitifs relativement faible. Lorsqu’aux instincts simples de la vie organique nous ajoutons les instincts plus élevés , qui viennent de nos sentiments, et leurs rapports avec notre volonté et même avec notre intelligence, le nombre s’en agrandit en proportion des aptitudes acquises ; et, d’après la théorie nouvelle, ces instincts plus élevés sont tous des acquisitions héréditaires ou transmises.

Nos acquisitions, prises dans leur ensemble, représentent la grande masse de nos accroissements nerveux. Je vais essayer d’en esquisser rapidement la classification :

\° Les premières et les plus simples des aptitudes volontaires, que nécessite l’exercice de la volonté sur nos différents organes mobiles, comme, par exemple, la main. Dans l’origine, nous ne possédons pas la faculté de mouvoir une partie quelconque du corps d’une manière définie pour exécuter une intention ; il faut que nous associions les différents mouvements avec les effets que nous voulons produire. A la vue d’un aliment et à la sensation de la faim, nous associons le mouvement défini de la main vers la bouche. A la sensation que cause la présence d’un aliment dans la bouche, il nous faut associer des mouve-

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