‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 40 sur 137 · ACQUISITIONS PAR LES SENS · texte numérisé non relu

ACQUISITIONS PAR LES SENS

centaines ; l’ouïe et la vue, plusieurs milliers. Pour les sons musicaux, une oreille délicate peut discerner une petite fraction de ton ; une étendue de sept octaves peut comprendre un très-grand nombre de sensations séparées, qui ne se confondent nullement ensemble. Si à la hauteur nous ajoutons l’intensité, le volume et le timbre, les distinctions vont se multiplier d’autant plus. Mais cependant, les distinctions que la mémoire retient sont moins nombreuses que ne pourrait nous le faire supposer la délicatesse avec laquelle nous distinguons les sensations réelles.

L’œil, par ses propriétés optiques, distingue les nuances de lumière et d’ombre, les mélanges de blanc et de noir dans la série des tons gris, et toutes les variétés de couleur. Un bon œil admet peut-être plusieurs centaines de gradations optiques distinctes dans ces divers effets. Mais ce qui montre la grande étendue de la puissance de l’œil, c’est la multitude des combinaisons de points ou de surface diversement éclairés, qui composent ce que l’on nomme ordinairement des images ; ce sont des composés de forme visible (musculaire) et de groupements visibles (optique). La multitude des effets qui peuvent prendre un corps distinct et rester dans notre mémoire, semble défier le calcul, et cependant chacun d’eux doit avoir sa voie propre, dans ce labyrinthe de fibres et de corpuscules qu’on nomme le cerveau.

4° Ainsi les impressions qui nous viennent des muscles, et les sensations des sens spéciaux comportent tous ces degrés divers et appréciables, et un nombre énorme de rapports entre eux, dans notre souvenir des objets et des événements. Mais allons encore plus loin. Des mouvements

peuvent s’associer aux sensations que donne chacun des sens, et chaque sens peut s’associer à tous les autres : les impressions du toucher peuvent s’associer à celles du goût, de l’odorat, de l’ouïe, de la vue ; les impressions du goût, avec celles de l’odorat, de l’ouïe et de la vue ; les impressions de l’odorat, avec celles de l’ouïe et de la vue ; et, surtout, celles de l’ouïe avec celles de la vue. Ce que nous appelons connaissance d’un objet est la réunion de toutes les sensations qu’il détermine, en une idée complexe de cet objet. L’idée que nous avons d’un shilling est un composé d’apparence visible, de son et de toucher.

, R .° Toutes ces combinaisons simples se réunissent à leur tour pour former des combinaisons encore plus élevées. La faculté acquise si étendue et si universelle que nous appelons langage, est fondée sur le groupement des articulations ; celles-ci se réunissent pour former des mots, et les mots forment des locutions et des phrases, sans que jamais il cesse d’y avoir un rapport entre chaque mot et quelque objet qui frappe la vue ou un autre sens. Le mouvement d’articulation qu'exige le mot « soleil », par exemple, le son qu’il produit lorsqu’on le prononce, l’aspect de l’objet qu’il désigne, s'unissent tous en un groupe supérieur ou produit intellectuel complexe. Ainsi les mots sont unis aux choses; les suites de mots aux suites de faits. Dans l’étude des langues étrangères, des mots considérés comme sons s'unissent à d’autres mots considérés comme sons, des symboles visibles à des symboles visibles ; des suites de mots s’unissent, sous ces deux aspects, à d’autres suites de mots. Comme il est facile de calculer le nombre de mots dont se compose le vocabulaire d’une langue,

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