LES ÉLÉMENTS NERVEUX
sujets que la mémoire doit conserver ou acquérir. En premier lieu, il ne faut pas oublier qu’une grande partie de la substance cérébrale est uniquement destinée à jouer le rôle de batterie électrique, — à mettre les muscles en mouvement et à exercer l’énergie volontaire et les manifestations de sentiment, — et, de plus, il semble souvent qu’il y ait en différents points un doublement du même élément nerveux. Les deux hémisphères cérébraux semblent se répéter entre eux; lorsque l’un a souffert, l’autre conserve le fil de la mémoire, mais seulement avec moins de force. On suppose même que chaque hémisphère contient des éléments qui se répètent, puisqu’il est arrivé que des lésions de la partie antérieure de la tête n’ont pas fait disparaître une seule classe d’acquisitions intellectuelles. En outre, il est fort peu probable qu’il puisse y avoir une économie absolue de cellules et de fibres, quelque bien réparties que soient d’ailleurs nos acquisitions. Si nous pouvions utiliser complètement tous les éléments nerveux, la capacité moyenne de notre mémoire s’en trouverait, sans doute, plusieurs fois accrue.
Nous pouvons faire encore un pas, et nous demander comment se forment les différents groupes, et comment ls peuvent être suffisamment isolés pour conserver le caractère distinct indispensable à nos pensées. Voyons d’abord les difficultés que présente cette recherche.
Si chaque groupe de fibres sensitives avait un seul rapport défini avec les fibres motrices, nous verrions toujours le même mouvement répondre à la stimulation des mêmes nerfs, comme il arrive pour les mouvements réflexes ; la fibre a ne pourrrait faire autre chose que déterminer le mouvement x. Il est nécessaire, pour la variété et la flexi-
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bilité de nos acquisitions intellectuelles, que la fibre a puisse contribuer à stimuler tantôt x et tantôt y , selon les différentes circonstances. L’horloge qui sonne nous détermine à aller tantôt dans une direction, et tantôt dans une autre, suivant les idées avec lesquelles elle coopère. D'un autre côté, le degré de stimulation des mômes fibres ne détermine pas seulement une plus grande énergie de la môme réponse, ce qui arriverait pour une stimulation réflexe, mais bien une réponse entièrement différente : la fibre a, stimulée faiblement , détermine le mouvement x; la même fibre a, stimulée avec force, détermine le mouvement y. Le marin qui est au gouvernail se laisse guider Vers le port par l’intensité de la lumière d’un phare.
Ces exemples montrent les deux conditions principales en vertu desquelles le même nerf peut contribuer à déterminer des mouvements distincts; ces conditions sont :
1° Que le nerf appartienne à des groupes différents;
2» Qu’il soit inégalement stimulé.
Examinons d’abord le cas de la différence de groupement. La fibre a , stimulée en même temps que la fibre b, détermine le mouvement x; de même, a et c donnent le mouvement y, et b avec c donne s.
Essayons de nous représenter la disposition qui correspond à cet état de choses. Nous sommes forcés d’admettre, non-seulement que les fibres se multiplient en se ramifiant aux points de jonction que forment les cellules, mais encore, qu’elles présentent un vaste système de croisements. Voici, par exemple, comment nous concevons cet arrangement. Supposons que la fibre a pénètre dans une cellule de jonction, et soit remplacée à la sortie
DIFFÉRENCES DE GROUPEMENTS Mb
par les ramifications «' a', etc.; que b, de même, se ramifie en b' b\ etc. Si une des branches de a, c’est-àdire a', passe dans une seconde cellule, qu’une branche de b, c’est-à-dire b', passe dans la même cellule, et qu’enûn une des branches qui sort de cette cellule soit X, nous pouvons alors faire communiquer avec X les fibres a et b réunies. De même, à un autre point de jonction, une branche de a peut s’unir à une branche de c, et communiquer avec Y qui part de ce point de jonction, et ainsi de suite. Toutes les fois'que des stimulations combinées produisent un mouvement défini, nous devons supposer une série de cellules où des ramifications des nerfs qui ont été stimulés se réunissent, et trouvent une voie de communication avec le mouvement spécial.
La figure 2 montre cette disposition. La fibre a se divise en deux rameaux a' a 1 ; la fibre b, en b’ et b' ; la fibre
c en c' et c' . Un des rameaux de a rencontre un des rameaux de b dans la cellule X; de môme b' et c' se rencontrent en Y, et a' et c' en Z. Les cellules X, Y et Z sont supposées être le point de départ de fibres motrices communiquant chacune avec un groupe de muscles séparé, et déterminant un mouvement distinct. Cette disposition satisfait à la condition, fondamentale d’assigner un point de départ séparé à chaque combinaison différente d’impressions des sens.
Nous pouvons comparer cette figure avec la figure 3, par laquelle le docteur Lionel Beale représente la manière dont les fibres nerveuses s’unissent aux cellules nerveuses allongées. Le passage des fibres d’une cellule aux cellules collatérales est la reproduction exacte de ce que nous avons supposé dans la disposition qui précède. Le docteur Beale ne soutient aucune théorie de l'appareil physique de nos acquisitions intellectuelles; il ne s’est proposé que de représenter l’union des fibres et des corpuscules telle qu’elle existe en réalité. La ressemblance entre la figure qu’il donne et le système de croisements qu’exige notre hypothèse, est tout à fait frappante. Mais il est certain que, sans un système complet de jonctions latérales de ce genre, nous ne pourrions en aucune façon nous représenter l’appareil physique qui correspond aux diverses impressions de notre esprit.
Nous avons choisi le cas le plus simple possible, — celui du groupement de trois éléments a, b, c, deux à deux. La figure montre que ce groupement exige trois fibres primitives, six ramifications et six cellules. Or, nos acquisitions intellectuelles comportent des combinaisons bien plus compliquées. Pour donner un caractère dis-