‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 7 sur 137 · ACTION DU CORPS SUR L’ESPRIT · texte numérisé non relu

ACTION DU CORPS SUR L’ESPRIT

suivants. Quand nous marchons, ou que nous sommes occupés à quelque travail du corps, si une idée intéressante vient frapper notre esprit ou nous est communiquée par une autre personne, nous nous arrêtons brusquement, et nous restons immobiles jusqu’à ce que notre émotion se soit dissipée. De plus, la réflexion détermine ordinairement certaines attitudes du corps — attitudes que les artistes ont adoptées comme l'expression extérieure de la pensée, — et aussi certains mouvements; et si quelque chose vient troubler ces attitudes ou ces mouvements, le cours de la pensée se trouve suspendu ou détourné. Pourquoi le sommeil suspendrait-il toute pensée, sauf l’incohérence des rêves (lesquels n’existent pas dans le sommeil absolu), si* un certain état des facultés corporelles n’était indispensable aux fonctions intellectuelles ?

On a beaucoup insisté sur certaines exceptions apparentes à ces règles générales. Sous l’influence de la faiblesse, de l’abstinence, de la fatigue, de la maladie et de la vieillesse, il arrive quelquefois que certaines personnes manifestent une exaltation et une énergie mentales peu ordinaires, et une grande puissance intellectuelle. Les vies des martyrs et des héros sont remplies d'exemples de cette force exceptionnelle. Si on prétend conclure de là que l’esprit, quoiqu’il dépende du corps sous beaucoup de rapports, est cependant, jusqu’à un certain point, indépendant et capable de se suffire à lui-même, nous demanderons alors pourquoi ce fait ne se produit que dans quelques cas très-rares. Cette supposition nous semble aussi partiale et aussi capricieuse que l’immortalité platonique, laquelle n’était accordée qu’aux philosophes. Néanmoins, si l’on veut envisager d’une manière complète les rap-

ports de l’esprit et du corps, il faut tenir compte de ces exceptions remarquables, et nous y reviendrons dans la suite.

L’influence qu’exercent sur le corps les changements de l’esprit, est appuyée de preuves non moins solides. Les émotions brusques troublent les fonctions du corps. La peur paralyse la digestion. Un découragement profond affaiblit tous les organes. Un grand travail d'esprit, trop prolongé, détermine des maladies organiques . D’un autre côté, des circonstances extérieures heureuses sont favorables à la santé et à la longévité.

Dans les personnifications dont sont remplies nos poésies primitives, les différentes passions sont représentées par les traces que leur action prolongée produit sur le corps. Dans le poème intitulé Induction, voici comment Sackville décrit la Terreur :

« Ensuite nous vîmes la Terreur toute tremblante, frissonnant, et avançant au hasard un pied hésitant; la langue glacée et l’œil hagard, elle examinait tout autour d’elle, pâle et morte de peur L »

Et le Malheur :

a Son visage était maigre et tout décharné ; ses mains aussi étaient consumées jusqu’aux os J . »

Lorsque nous examinons attentivement les preuves des liens qui existent entre l’esprit et le corps, nous reconnais-

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