‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 63 sur 137 · CALVIN · texte numérisé non relu

CALVIN

tous les êtres créés, y compris les anges et l’âme, sont composés de forme et de matière. La matière de l’âme est cependant bien différente de la matière des corps ; c’est quelque chose de créé, base de toute existence finie, y compris la matière corporelle elle-même.

Mais cette protestation resta sans effet. Saint Thomas avait triomphé ; la limite extrême de la séparation dans le dualisme était atteinte.

Si nous passons maintenant aux temps modernes, nous devons reconnaître Descartes comme étant, par excellence, le philosophe de l’immatérialisme (il ne se sert pas du mot spiritualisme). Cependant il n’est pas improbable que Jean Calvin, qui vint un siècle avant lui, ait beaucoup contribué à faire adopter cette doctrine comme seule orthodoxe.

Calvin adopte en substance la doctrine de saint Thomas. Nous trouvons ses idées dans ses * Institutes », et dans un petit traité « du sommeil de l'âme, » destiné à réfuter l’opinion de ceux qui veulent que l’âme sommeille depuis la mort jusqu’à la résurrection, opinion vers laquelle penchaient quelques-uns des réformateurs, pour ne pas admettre l’existence du purgatoire. Voici, en résumé, ce que dit Calvin dans ses Institutes. L’âme est une essence immortelle, la plus noble partie de l'homme ; ce n’est pas une émanation, mais bien une création véritable ; elle est essence sans mouvement, et non mouvement sans essence. Son pouvoir de distinguer le bien et le mal, la rapidité et l’étendue de ses facultés, si différentes de celles des bêtes, celle surtout de concevoir le Dieu invisible, — prouvent qu’elle est incorporelle, puisque toutes

ces facultés sont incompatibles avec le corps. Quant à la question si discutée de ses rapports avec l’espace, l’âme n’est pas, à proprement parler, bornée par l’espace; cependant elle a pour séjour le corps, elle en anime les parties et rend ses organes capables de remplir leurs diverses fonctions. La force du raisonnement de Calvin est toujours l’argument tiré du « point d’honneur. »

Arrivons maintenant à Descartes. On l'appelle souvent le père de la philosophie moderne, à cause de la force avec laquelle il a insisté sur la distinction fondamentale entre la matière et l’esprit. La matière, dont l’essence est l’étendue, nous est connue par les sens, et c’est ainsi que le physicien l’étudie ; l’esprit, dont l'essence est la pensée, ne peut être connu que par la conscience, organe ou faculté du métaphysicien. Descartes fait la distinction (sur laquelle Reid a tant insisté dans sa « Recherche ») entre l’élément spirituel et l’élément physique qui composent la sensation ; la sensation que nous appelons chaleur étant une chose, et la propriété physique du feu étant une chose différente. Il pose ce principe fondamental, que rien de ce que nous pouvons concevoir par la puissance de l’imagination, ne saurait jeter aucune lumière sur les opérations de la pensée ; ce qui revient simplement à dire que les sentiments et les pensées de l’esprit sont quelque chose de bien différent d’un arbre, d’un champ, d’une rivière ou d’un palais, ou de quelque autre chose que ce soit dans le monde de l’étendue. Il soutient l’immatérialité de l’agrégat spirituel, ou principe pensant.

Descartes avait sa théorie à lui sur les attributs physiques du principe immatériel. Il assignait à l’âme une place ou un centre défini dans le cerveau ; c’était, selon

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