‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relationsChapitre 67 sur 137 · DES ERREURS GÉNÉRALEMENT RÉPANDUES AU SUJET DE L’ESPRIT · texte numérisé non relu

DES ERREURS GÉNÉRALEMENT RÉPANDUES AU SUJET DE L’ESPRIT

Parmi les erreurs les plus générales au sujet de l’esprit, dont nous nous proposons de nous occuper ici, les unes se rapportent aux sentiments, et les autres à la volonté.

Sur l’esprit dans son ensemble, nous avons encore quelques restes d’une erreur autrefois universelle et profondément enracinée : je veux parler de l’opinion qui admettait, non-seuleinent que l’esprit est un fait entièrement différent du corps — ce qui est la vérité, et une vérité essentielle et fondamentale — mais encore que l’esprit est plus ou moins indépendant du corps. Autrefois on remarquait rarement, si l’on n’y était forcé par quelque circonstance extrême, que toute action de l'esprit est en ■même temps l’action d’un certain nombre d’organes corporels; qu’aucun sentiment ne peut prendre naissance, aucune pensée se produire, sans être accompagnée d’une série de phénomènes corporels. De nos jours, cependant, cette doctrine est généralement professée par les hommes de science. Une de ses conséquences a été l’a-

204 ERREURS COURANTES SUR L’ESPRIT mélioration du traitement de la folie. L’emploi d’un régime matériel pour entretenir les facultés intellectuelles en est une application également importante. Au lieu de supposer que l’esprit est quelque chose d’indéfini, d’élastique,

d’inépuisable, — une sorte de mouvement perpétuel , ou de flacon magique, donnant toujours, sans rien recevoir — nous savons maintenant que chaque mouvement de plaisir, chaque élancement de souffrance, chaque intention, chaque pensée, chaque raisonnement, chaque idée exige une quantité déterminée d’oxygène, de carbone, et d'autres substances, qui se combinent et se transforment dans certains organes matériels. Et, comme l’étendue des transformations matérielles qui sont possibles dans l’organisme de chaque personne, est limitée, les forces qui en résultent ne peuvent être appliquées à un usage sans être perdues pour d’autres usages. Si l’on donne aux muscles plus que leur part, il en reste moins pour les nerfs ; si l'on exagère les fonctions cérébrales, d’autres fonctions s’en ressentent. Dans plusieurs des opinions généralement admises que nous allons critiquer, la cause première de l’erreur que l’on commet, vient de ce que Ton méconnaît cette vérité fondamentale.

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