L’INTELLIGENCE ET LE CERVEAU
sons peu à peu que l’organe en rapport le plus intime avec l’esprit est le cerveau. On a voulu, à différentes époques, présenter d’autres organes comme servant de siège spécial à l’activité de l’esprit ; mais ces idées sont maintenant abandonnées. Cependant, bien que le cerveau soit par excellence l’organe de l'esprit, d'autres organes coopèrent avec lui, et plus particulièrement, les sens, les muscles et les grands viscères.
Nous étudierons plus loin la structure particulière du cerveau. Pour le moment, nous nous contenterons de dire que c’est un organe très-grand et très-compliqué ; il reçoit une grande quantité de sang, que l’on peut évaluer au cinquième de la circulation totale, circonstance qui indique une grande activité, de quelque côté qu’elle se porte d’ailleurs. Quant aux faits qui prouvent les rapports entre l’esprit et le cerveau, ils sont nombreux et irréfutables. Nous allons en citer quelques-uns, en les considérant aux deux points de vue déjà indiqués, c’est-àdire que nous étudierons les changements du cerveau qui affectent l’esprit, et les changements de l’esprit qui affectent le cerveau.
Parmi les premiers, le cas le plus commun est celui d’un coup porté à la tète, dont l’effet est de suspendre momentanément la connaissance et la pensée ; s’il a été donné avec une certaine violence, il produit une altération permanente des facultés, comme une diminution de la mémoire, ou quelque autre forme de trouble intellectuel, Il peut aussi guérir un trouble intellectuel ; on cite des cas où un coup à la tête a guéri l’idiotisme.
Tous les abus et les accidents qui troublent les facultés intellectuelles, agissent sur la substance nerveuse. Ainsi,
Ai L’ESPRIT ET LE CORPS
les stimulants agissent sur les nerfs. Il est bien des cas d’imbécillité que Ton peut clairement rapporter à des causes qui ont affecté la nutrition du cerveau.
Les observations soigneuses et approfondies des physiologistes ont démontré d’une manière irréfutable que l’ensemble du cerveau est indispensable à la pensée, au sentiment et à la volonté ; elles ont, en outre, déterminé les fonctions de ses différentes parties.
Passons maintenant aux changements intellectuels qui déterminent des changements dans le cerveau, ou qui s’y rattachent ; ici, nous disposons d’observations très-étendues. Par exemple, après une grande excitation ou un grand effort intellectuel, on voit toujours augmenter les produits qui viennent de l'appareil nerveux. Les phosphates alcalins que les reins séparent du sang, proviennent du cerveau et des nerfs ; or, la quantité de ces phosphates augmente après tout travail intellectuel pénible.
Autre exemple : parmi les causes de paralysie il faut compter les émotions violentes ; or, la paralysie est une maladie des nerfs ou des centres nerveux.
Mais de toutes les preuves, la plus décisive est celle qui se fonde sur la grande expérience que nous avons de la folie. Parmi les principales causes d’aliénation mentale, il faut compter les excès intellectuels, tels, par exemple, qu’un effort d’esprit énergique et prolongé ; ou un choc soudain, ordinairement causé par un désastre et un malheur, mais quelquefois aussi par la joie.
Le rapport entre l’altération du cerveau et l’aliénation mentale est un fait presque absolument démontré. Chez le plus grand nombre des aliénés, l’altération du cerveau
ACTION DU SANG SUR LE CERVEAU 15 est visible et prononcée. Je citerai à l’appui de ce que j’avance une brochure des docteurs J. B. Tuke et Rutherford, intitulée : « Des altérations morbides observées sur les cerveaux de trente aliénés. » Les cerveaux ainsi étudiés étaient ceux de malades qui avaient succombé les uns après les autres, et qui n’avaient nullement été choisis comme offrant quelque particularité remarquable. Les formes de maladie représentées étaient la paralysie générale, la démence avec paralysie, la démence chronique, la folie épileptique. Dans tous les cas, on peut constater, sous une forme ou une autre, une différence bien marquée entre l’état des cerveaux de ces aliénés et l’état normal d’un cerveau sain. Les auteurs énumèrent neuf espèces d'altérations morbides, révélées par l’étude microscopique. L’existence d’un cas ne présentant aucune altération visible ne serait pas une exception concluante, puisqu’il peut y avoir des altérations de substance qui échappent à la vue. Nous croyons d’ailleurs que, dans tous les cas d’aliénation mentale prononcée, on peut constater une maladie du cerveau bien marquée.
Il est encore une classe de faits bien instructifs ; je veux parler de ceux qui montrent le rapport qui existe entre l’action intellectuelle et la quantité et la qualité du sang que reçoit le cerveau. Aucun organe n’est actif s’il ne reçoit du sang. Les besoins du cerveau à cet égard correspondent à l’étendue et à l’énergie de ses fonctions. Quand la circulation est insuffisante, les manifestations intellectuelles sont proportionnellement faibles. Dans le sommeil, la quantité de sang artériel que reçoit le cerveau est toujours moins abondante. Une déplétion générale af-
faiblit toutes les fonctions en général, y compris celles de l'esprit. D'un autre côté, quand la circulation cérébrale s’accélère , les sentiments deviennent plus forts, les pensées plus rapides, la volonté plus énergique ; une vive excitation de l’esprit est toujours accompagnée d’un mouvement inusité du sang, qui se manifeste souvent au dehors par le battement des vaisseaux. Dans le délire, la circulation atteint une vitesse extraordinaire.
Il faut que le sang ait une certaine qualité, qui dépend de la présence de certains éléments et de l’absence de certains autres. Une nourriture saine est la première condition de l’activité des nerfs et de l’esprit ; l’inanition, une mauvaise digestion sont défavorables à l’exercice des fonctions de l’esprit. Il se peut, en outre, que le sang soit abondant et riche en substances nutritives, et que cependant l’organe de l’esprit manque d’énergie, par suite d’un excès de travail de quelques autres organes, tels par exemple que les muscles ; avec de grands efforts musculaires, il est très-difficile de se livrer à un travail d’esprit. De plus, certaines substances appelées stimulantes, sont considérées comme fournissant au sang un élément qui détermine spécialement les changements nerveux; tels sont l’alcool, le tabac, le thé, l’opium, etc.
Parmi les substances dont la présence serait nuisible au sang, il faut compter celles qui portent le nom de poisons, et les impuretés du corps lui-mêine, que plusieurs grands viscères travaillent à éliminer. Les principales de ces impuretés sont l’acide carbonique et l’urée ; l’accumulation de l’une ou de l’autre de ces substances dans le sang amène l’abattement d’esprit, la perte de connais.
ACTION DU SANG SUR LE CERVEAU 17 sance, et enfin la mort. Ainsi l’énergie intellectuelle ne dépend pas moins de la vigueur des organes de purification — poumons, foie, intestins, reins, peau — que de la présence de substances nutritives provenant des aliments.
A. Bais.