DES ERREURS DE RELATIVITÉ
veau au lecteur, avait cependant un mérite transcendant.
Souvent, de nos jours, on a fait l’éloge de l’instruction. Bien des orateurs éloquents se sont étendus sur le bonheur et la supériorité de l’homme dont l’esprit est éclairé et cultivé. Or, la proposition corrélative ou obverse doit être également vraie ; une dégradation et une incapacité correspondantes doivent être attachées à l'ignorance et au manque d instruction. Cette déclaration corrélative et également importante est supprimée dans certains cas, et par des hommes qui sont les premiers à faire l'éloge de l’instruction. On nous parle souvent du bon sens naturel, de la sagacité, des admirables instincts du peuple, c’està-dire des ignorants et des hommes sans éducation. Aussi est-il indispensable, dans toute exposition, de faire suivre chaque principe de la déclaration contraire qui en dépend, et de faire voir ce qui est nié par l’affirmation du principe. Si l’instruction est une chose très-bonne, l’ignorance, qui est le contraire de l’instruction, est une chose très-mauvaise. 11 n’y a pas de milieu.
La manière dont certaines personnes se servent de l’argument tiré de l’autorité, contient souvent une contradiction dont on ne s’aperçoit pas, parce qu’on ne songe pas à la proposition corrélative qui est contenue dans cet argument. Si je m’appuie sur le témoignage de quelqu’un comme donnant du poids à mon avis, je dois être également influencé en sens contraire, lorsque le même témoignage est contre moi. Le plus ordinairement cependant, nous faisons beaucoup de bruit quand le témoignage est en notre faveur, et nous n’en tenons aucun compte lorsqu’il nous est contraire. Cette manière d’agir est tout
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spécialement en usage vis-à-vis des philosophes de l’antiquité. Nous citons avec complaisance Socrate, Platon et Aristote lorsqu’ils sont d’accord avec nos idées; mais sur les points où ils sont en contradiction avec nos théories favorites, nous les traitons avec une sorte de pitié comme des païens peu éclairés. On ne voit pas que des hommes capables de commettre des erreurs aussi grossières que celles qu’on leur reproche, — sur la morale, par exemple, — perdent par ce seul fait toute autorité sur les sujets qui s’y rattachent, comme par exemple, sur la politique, à propos de laquelle Aristote est encore cité comme une autorité.
Un grand nombre des fautes contre la relativité viennent d’exagération de rhétorique. En voici quelques exemples remarquables.
Quand un système de rangs et de dignités est établi, on attache à certaines conditions et à certaines occupations une idéô de dignité ou d’indignité. I.a profession militaire est plus relevée que le commerce; un chirurgien est plus honorable qu’un horloger. Dans cet état de choses, un rhétoricien brillant, poussé par le désir de faire disparaître toutes les inégalités entre les hommes, se met à prêcher la dignité de tout travail. Il y a là une contradiction. Si vous rendez tout travail également digne, il n’y a plus de dignité du tout; vous abolissez la dignité en la privant du contraste sur lequel elle repose.
Pour exciter la jeunesse à redoubler d'efforts dans ses études, on lui répète souvent cette maxime d’Homère : « Supplantez tous les autres et soyez les premiers. > Ce mot ne manque jamais son effet ; c’est de la rhétorique capiteuse. Et cependant, il n’y a qu’un élève qui puisse