‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relations: suivis d'études sur lesChapitre 107 sur 157 · LA. LOI DE RELATIVITÉ ET SES VIOLATIONS · texte numérisé non relu

LA. LOI DE RELATIVITÉ ET SES VIOLATIONS

Par Relativité nous entendons cette loi générale de notre nature en vertu de laquelle nous ne ressentons pas une impression, nous ne devenons pas conscients sans un changement d'état ou d'impression. Une action invariable exercée sur un de nos sens est équivalente à une absence totale d'action. Nous ne sentons pas la pression de l'atmosphère. Une température égale, comme celle dont jouissent les poissons dans les mers tropicales, ne produit sur l'esprit absolument aucune impression de chaud ou

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4e Anûd. Natis ne pouvons mseatir ni savoir sans recotijwiU'e deux états distincts : au^i toute connaissance est- 'fille double, c'est-ànlire que c'est la conaaissancâ de contrastes ou de contraires; ce qaieat lourd ne l'est que jKir rapport à ce qui est léger; le haut suppose le .bas; être éveillé suppose l'état de sommeil.

I, — Un grand nombre des ooBséqueBces de cette loi simt sufûsammeQt reconaues, ou, si -elles ne le sont pas, c'est moins par ifçn&rance que par d'autres motifs. C'est .une faiblesse morale, plutôt qu'intellectuelle, qui noas fait penser que le premier mouvement d'un grand plaisir, qu'une joie nouvelle ou un succès nouveau, persistera avec la même force. Le pauvre ne s'exagère probablement pas l». [joie que loi causerait la richesse si elle lui venait tout à coup; ce dont il ne se rend pas compte, c'est la manière ■ûùal la, cQDliuuité du bien-être et de l'abondance émousse la sensation nouvelle. L'auteur deRomola, parlant de son ibéroB et de son héroïne aux premiers moments de leur aâeclion, dit qu'ils ne pouvaient prévoir le temps où lenrs liaisers seraient des choses ordinaires. Il en est de même de tous les objets que nous.avons recherchés avec ardeur ; le premier sentiment de bonheur peut ne pas nous désappointer; mais à mesure que nous nous éloignons de l'état de privation, à mesure que s'efface le souvenir de notre expérience antérieure, la vivacité de la jouissance actuelle siefTace aussi. 11 en est de même des changements en anal : la douleur d'iune grande perte est d'abord accalalaote ; mais peu à peu noua inons habituons à notre nouvel état, et la Boulfrance diminae. Ce que l'on appelle en |iareil cas force de l'habitnde, n'est 'que l'application de la loi de changement, de comparaison ou de relativité.

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C'est une expérience souvent faite par l'homme, quoiqu'il n'en croie pas facilement le témoignage d'autrui, que les plaisirs du repos et de la retraite sont complètement relatifs au travail et à la peine passés ; après le premier moment de transition, ces plaisirs sont de moins en moins sensibles, et ils ne se renouvellent qu'après que le travail lui-même a été renouvelé. La description que nous présente le Paradis perdu du délicieux repos d'Adam et d'Eve dans le paradis, est trompeuse; le poète leur accorde une intensité de plaisir qui ne peut être ressentie que par l'homme travaillant à la sueur de son front, après la malédiction divine.

Les plaisirs de la science sont relatifs à l'ignorance qui les a précédés ; car, quoique la possession de la science soit à plusieurs égards un bien durable, cependant tout le charme n'en est senti qu'au moment où l'on passe du mystère à l'explication, de l'absence d'impression à la possession intellectuelle. Cette forme de plaisir ne se soutient que par de nouvelles acquisitions et de nouvelles découvertes. De plus, dans les formes inférieures du plaisir que nous cause la connaissance, nous n'échappons jamais à la loi de relativité; la puissance nous enchante par rapport à notre impuissance antérieure. Platon supposait que dans la connaissance nous avions un exemple de plaisir pur, c'est-à-dire de plaisir indépendant de toute privation ou de toute douleur antérieure ; mais une telle pureté est un fait stérile, qui ressemble assez à l'air pur d'un désert sans végétation et sans eau. Un état de santé constante, quoique ce soit une des premières conditions du bonheur, est en soi un état de neutralité ou d'indifférence. L'homme qui n'a jamais été malade ne peut chanter

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