RAPPORT ENTRE L'ESPRIT ET LE CORPS
de supprimer la cause agissante. Nous ne pouvons quitter la terre que nous habitons. Nous ne pouvons supprimer la lune, afin de voir quels sont les phénomènes qu'elle détermine sur la terre ; nous ne pouvons, en suspendant brusquement l'attraction lunaire, démontrer que les marées dépendent en grande partie de son influence.
Dans les cas de ce genre, il faut avoir recours à une troisième méthode, qui vient heureusement résoudre la difficulté, et fournir la preuve que nous cherchons. Si l'action dont il s'agit, et qu'il est impossible de supprimer, passe par des gradations que l'on puisse mesurer, nous pourrons voir si l'effet présumé subit des variations correspondantes ; si nous arrivons à constater un accord rigoureux entre l'intensité de la cause et celle de l'effet, nous aurons là une présomption qui pourra acquérir la valeur d'une preuve directe du rapport présumé. C'est ainsi que l'on démontre que les marées sont dues à l'action combinée de la lune et du soleil, que l'état gazeux et l'état liquide des corps sont dus à la chaleur, etc.
Dans une question telle que celle des rapports entre l'esprit et le corps, on ne saurait avoir recours à la méthode puissante de la suppression de la cause. On ne peut pas prendre l'homme, cet être double, et mettre d'un côté son corps et de l'autre son esprit. On ne peut supprimer l'esprit pour voir si le corps disparaîtra aussi. Si on supprime le corps, on trouve, il est vrai, que l'esprit a disparu ; mais cette expérience n'est pas concluante, parce qu'en supprimant le corps nous supprimons les indications de l'esprit, c'est-à-dire les manifestations corpo-
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relies ; — c'est la même chose que si, dans l'étude du magnétisme, nous voulions supprimer l'aiguille aimantée et les autres corps dans lesquels il se manifeste.
On ne peut non plus appliquer au principal organe de l'esprit, au cerveau, la méthode de suppression. Sans doute, la suppression du cerveau éteint les manifestations de l'esprit; mais elle éteint en outre la vie du corps, excepté dans les organismes les moins' élevés. L'ablation partielle du cerveau donne des résultats importants, et de ceux-ci nous pouvons conclure ce qui arriverait si l'on enlevait le cerveau tout entier. C'est là le plus près que nous puissions arriver.
Mais la méthode de concordance ou de correspondance peut s'apphquer d'une manière complète. Nous pouvons comparer les gradations du cerveau et du système nerveux dans toute la série animale, et voir si des gradations analogues existent dans les facultés de l'esprit.
Il y a longtemps déjà que les phrénologistes ont appelé l'attention sur le rapport qui existe entre la grosseur du cerveau et le développement intellectuel de l'homme. On a souvent opposé les grosses têtes des hommes qui se sont distingués par de grandes facultés intellectuelles, ou par l'énergie de leur caractère, aux petites têtes des idiots. La règle n'est pas rigoureusement vraie dans tous les cas; un homme stupide a quelquefois un cerveau plus développé qu'un homme de talent. Mais ce ne sont là que des exceptions isolées à une règle générale. La statistique prouve, quand elle est assez étendue, qu'une grande supériorité d'esprit est accompagnée d'un développement du cerveau qui dépasse la moyenne ordinaire.