SENSATION AIGUË ET SENSATION DE MASSE
des symptômes intellectuels. Il y a des tissus qui, faute de nerfs, sont très-peu sensibles; tels sont les os, les ongles, les cheveux, etc. ; et il existe entre eux, à cet égard, tine gradation qui dépend de l'étendue de leurs rapports avec le cerveau. D'un autre côté, dans tous les cas où il y a trouble, direct ou indirect, du cerveau, le médecin cherche dans l'esprit des symptômes définis -oorrespondant à ce trouble. L'état de l'esprit est indiqué par celui du cerveau. Nous citerons comme exemple les symptômes que présente l'esprit dans la fièvre typhoïde, symptômes que résume l'expression « d'accablement fébrile. » « La faculté dépenser et celle de se mouvoir. ne s'exercent qu'avec peine. Le visage offre l'expression de l'hébétement; le malade est lourd, distrait, embarrassé; il ressemble à un homme, abruti par la boisson, etc. » En un mot, l'esprit est complètement à la merci de l'état du corps; il n'y a aucune trace d'un agent séparé, indépendant, spirituel, se suffisant à lui-même et s' élevant audessus de toutes les fluctuations de l'enveloppe matérielle. Le médecin admet qu'à chaque changement intellectuel correspond un changement physique; dans ces limites, il est matérialiste.
Un autre rapport intéressant entre le corps et F esprit consiste dans la distinction bien marquée, pour les impressions de tous les sens, entre la sensation aiguë et la sensation volumineuse ou massive. Une aiguille qui pique vivement le doigt, un charbon qui brûle , produisent des sensations aiguës ; le contact des vêlements qui couvrent le corps entier, ou celui d'un bain chaud donne une sensation de volume ou de masse. On peut observer qu'une sensa-
tion aiguë est due à une stimulation intense sur une petite surface; une sensation massive, à une stimulation plus douce sur une surface étendue. Le même contraste s'observe pour tous les sens. La flamme du gaz donne une sensation aiguë; la lumière diffuse, un sentiment de masse. Une note haute, sur le flageolet, est aiguë ; une note basse sur le violoncelle ou l'orgue, est massive. La mer, le tonnerre, les clameurs d'une multitude sont volumineux ou massifs, comme s'étendant à une vaste surface. Le goût est aigu; le sentiment de la digestion est massif. C'est ainsi que la manière dont les phénomènes se présentent extérieurement suffit pour déterminer une des différences les plus notables entre nos sensations.