DIFFUSION PROPORTIONNÉE A LA SENSATION
d'une sensation bien faible, si même il en existe aucune. Comparons à cela ce qui se passe dans le cas d'un choc énergique, d'une douleur aiguë ; par exemple, lorsqu'on reçoit à la main un coup violent ou une blessure. Il se produit encore une action réflexe, qui donne naissance à des mouvements du bras ; mais ce n est là qu'une faible parti^ de l'efiet produit. Tous les membres entrent en mouvement; les traits se contractent avec une expression bien connue ; la voix laisse échapper un cri perçant ; le corps tout entier s'agite. Les effets ne se bornent pas à de simples mouvements des muscles : le sang se porte au visage, et témoigne du trouble de la circulation ; la respiration s'accélère ou se ralentit ; une perte d'appétit momentanée prouve que les sécrétions gastriques sont altérées ; la peau se contracte ; et, chez la femme, le lait de la mère semble se transformer en flel. Pour produire des effets si étendus et si divers, il faut assurément que l'influence du choc, les courants nerveux qu'il a déterminés, soient non-seulement très-intenses, mais encore étendus à tout le cerveau ; c'est là ce qui leur permet d'atteindre et de stimuler le système générai des nerfs qui vont du centre à la circonférence.
J'ai choisi exprès un cas extrême, afin de présenter la loi dans toute sa force. Nous pourrions graduer les exemples, et faire voir que l'étendue de la difi'usion varie en raison directe de la force de la sensation, aussi bien que l'intensité des manifestations qui résultent de cette diffusion. La proportion que l'on constate toujours entre ces deux phénomènes, est un des faits les mieux connus ; c'est même cette uniformité qui constitue le meilleur
moyen que nous ayons de juger de la force des sentiments de nos semblables. Il serait facile aussi de prouver que les exceptions apparentes à la loi ne sont pas des exceptions véritables ; que, lorsque les sensations sont trèslégères, ou que la stimulation est faible, l'onde qui se propage n'est pas assez forte pour déterminer une action visible des muscles ; que la volonté peut arrêter cette action ; qu'il en est de même de l'habitude ; que, si le système se trouve déjà sous Finfluence d'une autre action assez énergique pour résister à une nouvelle diffusion, les impressions sont nulles, ce qui arrive aux soldats qui ne sentent pas les blessures pendant le combat.
Je ne veux pas insister sur ces exemples ; je rappellerai seulement la manière dont l'habitude agit pourémousser la sensation qui accompagne nos actions, afin de montrer que, partout où s'est exercée cette influence de l'habitude, l'onde qui se propage se trouve proportionnellement réduite et supprimée. Dans les premiers essais que nous faisons pour écrire, pour calculer, pour jouer d'un instrument, pour parler ; en un mot, dans tout travail qui exige une habileté matérielle, ]e sentiment intérieur que nous avons de la difficulté du travail, est représenté par le nombre des gestes maladroits et mal dirigés auxquels nous nous livrons. D'un autre côté lorsque nous sommes parvenus au plus haut degré de facilité et d'habitude, la conscience se réduit à presque rien ; et le calme général du corps prouve que la marche de la puissance motrice est désormais limitée à la seule voie indispensable aux mouvements exacts qu'il s'agit de produire. C'est là une sorte d'imitation acquise des mouvements réflexes primitifs dont nous avons parlé tout d'abord ;
CONDITIONS PHYSIQUES DE LA SENSATION m
l'analogie est si frappante qu'elle a fourni aux physiologistes l'expression de mouvements réflexes secondaires ou automatiques, pour désigner les mouvements habituels. Après un long exercice de ses fonctions, l'employé chargé de la manœuvre d'un signal ne subit guère Taction des nerfs que dans le seul fil de communication entre la figure qui se reflète dans l'œil et un certain mouvement de la main ; les courants collatéraux de Tonde primitive se sont éteints peu à peu, et la sensation qui les accom-^ pagnait s'est réduite à une trace presque imperceptible.
Nous pourrions invoquer la loi de diffusion pour confirmer l'hypothèse par laquelle nous avons expliqué le procédé d'adaptation à propos de la loi de relativité. Le fait de l'aflaiblissement des impressions qui se répètent, dépend peut-être d'une diffusion moins étendue et plus faible. Or, notre étude du fondement physique de la conservation des impressions (voir chap. V), démontre la tendance qu'ont tous les états nerveux, lorsqu'ils se répètent, à réduire le champ de leur action, et à suivre des canaux spéciaux de communication avec les états qui peuvent leur succéder, substituant ainsi des impressions intellectuelles aux mouvements brusques d'émotion.
C'est en combinant les deux lois, celle de relativité et celle de diffusion, que nous arrivons à l'expression générale des conditions physiques de toute conscience; ces conditions sont un accroissement ou une variation des courants nerveux du cerveau^ assez énergiques et assez étendus pour agir sur le système combiné des nerfs qui partent du cerveau {nerfs moteurs et nerfs des viscères).
A toutes les variétés de sensation chez l'homme correspondent, très-probablement, des variétés de diffusion