CORRÉLATION DE L'AME ET DU CORPS
effet, Aristote lui-même réserve une certaine partie de Tâme pour une existence indépendante. Nous sommes donc forcés de déclarer que la comparaison de Tàme et du corps à un couple corrélatif, est inexacte et manque de justesse 1.
Néanmoins, cette inséparabilité supposée des deux essences fournit à Aristote une observation fort heureuse. Toutes les actions et toutes les passions de l'esprit, dit-il, ont deux aspects, — un aspect formel pour l'âme, et un aspect matériel pour le corps. L'étude de ces deux aspects est du domaine de deux classes différentes d'investigateurs. Le physicien (6 (pucxtxoç; et le métaphysicien considéreraient différemment les mêmes passions. Prenons, par exemple, la colère. D'après le métaphysicien, la colère est le désir de nuire à quelqu'un (ce qui est réellement un acte de V esprit). D'après le physicien, c'est un bouillonnement du sang autour du cœur, avec accroissement de chaleur animale (circonstances physiques). Or, cet exemple est parfait, comme représentant les deux séries de faits, séries différentes et cependant inséparables. Mais ce n'est là qu'une lueur accidentelle, un éclair qui brille un instant au milieu de l'obscurité générale. Lorsque le philosophe veut étendre cet exemple aux états intellectuels, comme la mémoire, il arrive seulement à formuler quelques sages observations sur la nécessité du
1. Dans un exemple de méthode dialectique {Topica, liv. V), Aristote parle de l'âme comme exerçant le commandement, et du corps comme lui obéissant. C'est là une manière assez familière de représenter les rapports entre eux, ma\8 cette manière n'a aucune valeur scientifique. La puissance dirigeante n'est pas l'esprit pur, mais bien l'esprit uni au corps.
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bon état des organes sensitifs et du corps en général» pour assurer l'exercice de Tintelligence.
Aristote présente encore d'une autre façon Tunion intime ou la corrélation de Tesprit et du corps. L'âme est la cavse et le principe d'un corps vivant. Parmi les quatre causes, la cause matérielle seule est fournie par le corps, et c'est l'âme qui renferme les trois autres — cause formelle, cause motrice ou efficace et cause finale.
Voilà tout pour un des points de la doctrine d' Aristote, l'expression de Tunion de Tâme avec le corps. L'autre point porte sur la gradation des âmes — série qui comprend un principe nutritif, un principe sensitif et un principe intelligent.
Nous avons déjà dit qu' Aristote sent assez bien la diflférence qui existe entre la matière inanimée et les corps vivants. Le premier, peut-être, qui ait étudié l'histoire naturelle comme une science, il reconnut que tout corps vivant est caractérisé par son organisation, et par la possession de facultés remarquables ou de fonctions. Il a moins bien reconnu la limite qui sépare la vie inconsciente (vie des plantes) de la vie consciente (vie des animaux et de l'homme). Aussi a-t-il traité comme étant génériquement les mêmes toutes les facultés actives appartenant aux êtres organisés. Il a attribué le nom d'âme (cpux^') à toutes les fonctions caractéristiques des corps vivants, depuis 1^ nutrition jusqu'aux facultés les plus élevées de l'intelligence ^ .
1. D'après M. Tylor, l'âme-plante d'Aristote serait plutôt un reste de l'âme-plante des races inférieures, que l'expression de sa manière de voir indépendante sur la ressemblance des plantes et des animaux comme êtres vivants.