LES PÈRES DE L'ÉGLISE
tive ou reproductive, Intellectus agens (vouç ôeopYinxaç) ; la première périt avec le corps; la seconcte, Fintelligence active, est l'énergie intellectuelle dans sa manifestation la plus pure, séparable du corps animal, et immortelle. C'est là le couronnement; il ne s'agit plus d'être logique et conséquent, et c'est ainsi que le philosophe prépare un point de départ transcendant pour Timmatérialisme des siècles qui le suivront.
Parmi les sectes grecques les mieux connues, les Epicuriens niaient absolument que l'âme survécût au corps. Les Stoïciens affirmaient que l'âme est matérielle ainsi que le corps, et la considéraient comme un fragment détaché de l'âme universelle du monde, dans laquelle elle était réabsorbée à la mort de chaque être.
Nous passons maintenant aux pères de l'Eglise. Les premiers pères de l'Eglise avaient été philosophes païens avant de devenir chrétiens; aussi apportèrent-ils avec eux dans le christianisme plus ou moins des croyances de leurs sectes philosophiques respectives. En conséquence, nous verrons régner jusqu'au cinquième siècle le double matérialisme de l'antiquité. Une substance essentiellement immatérielle ou spirituelle, telle que nous la reconnaissons, était encore incompréhensible pour le plus grand nombre des hommes. Quelque chose de semblable avait sans doute commencé dans les écoles grecques, mais n'avait pu encore, môme dans ces écoles, se former complètement; et cette doctrine ne reçut d'aicfe ni du Judaïsme, ni du Christianisme. Dans ces premiers siècles, on considérait généralement comme indispensable à
la doctrine chrétienne des récompenses et des punitions de l'autre vie, que Tesprit fût une substance corporelle; car la matière seule pouvait ressentir la douleur et le plaisir physiques.
En général, nous pouvons dire que les premiers pères de TEglise, soit qu'ils acceptassent les idées des Orientaux et des Grecs sur la transmigration et la préexistence des âmes, soit qu'avec Irénée et Arnobe , ils fissent dépendre l'immortalité de l'âme de la volonté de Dieu, selon ses vues pour le salut d'une partie du genre humain, que ces pères, dis-je, décrivent presque dans les mômes termes • l'essence de la Divinité et l'essence de l'âme. Avant et même après le Concile de Nicée, Dieu est souvent appelé « une lumière sublime. » Un Epicurien converti y ajoutait une forme humaine; un Platonicien se servait du mot « incorporel » dans le sens platonicien de ce mot, qui n'était pas le sens moderne. Dans son Histoire de la Doctrine Chrétienne^ le D' Donaldson nous indique comment les pères du deuxième siècle, connus sous le nom d'APOLOGisTES, comprenaient l'âme. Ils subissaient bien moins qu'on ne le suppose généralement l'influence de la philosophie platonicienne. Le seul d'entre eux qui fût platonicien, est Athénagore. Ils étaient bien plus influencés par les tendances matérialistes qui régnaient alors, car le stoïcisme était ce que Ton pourrait appeler la religion dominante de l'époque. Les expressions de Justin le martyr sur la nature de Dieu et de l'âme sont vagues, mais il ne semble pas avoir admis un esprit complètement immatériel : tout en rejetant l'anthropomorphisme des juifs, il attribue à Dieu la forme et le heu; et, quoiqu'il ne s'explique nulle part d'une manière