‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relations: suivis d'études sur lesChapitre 84 sur 157 · PLOTIN · texte numérisé non relu

PLOTIN

qualité. Les choses émanent de Tunique, comme les rayons émanent du soleil. Le produit direct de Tunique est le voîîç qui en est une image. L'image se tourne involontairement vers T original pour le contempler, et par cet acte de compréhension de ce qui est au-dessus des sens, elle devient le vouç. Dans le vouç résident les idées, non comme simples pensées, mais comme ses parties composantes.

L'âme est une image et un produit du vouç, comme le vouç Test de Tunique ; et, à son tour, elle produit le corporel. Elle se tourne en partie vers le voîiç comme vers son auteur, et en partie vers le corporel, comme vers son produit. Il y a donc dans Tâme un élément idéal indivisible, et un élément divisible d'où provient le monde matériel. L'âme est une substance immatérielle. Elle n'est ni corps, ni inséparable du corps ; car non-seulement le vouç, son principe le plus éle^é, mais encore la mémoire, la perception et la force végétative sont séparables du corps. Le corps est dans Tâme, et non Tâme dans le corps. Ainsi une partie de Tâme est sans corps ; et pour les fonctions de cette partie, la coopération du corps est absolument inutile. Même les facultés des sens ne sont pas contenues dans le corps ; elles Y accompagnent seulement, comme des forces que Tâme donne aux différents organes pour s'acquitter de leurs fonctions. L'âme tout entière est présente non-seulement dans le corps tout entier, mais aussi dans chaque partie séparée, car elle n'est pas divisée entre les membres ; elle est entièrement présente dans le toutj et entièrement dans chaque partie. Dans un sens, il est vrai» Tâme est divisée, puisqu'elle est dans toutes les parties du corps ; mais dans chacune de ces parties elle est présente dans son ensemble.

Ici nous apercevons un progrès évident vers Timmatérialisme. Les doctrines néo-platoniciennes nous présentent les germes des différentes idées qui ont plus tard joué un rôle important dans le sujet qui nous occupe. Nous retrouverons plus tard, dans le développement de ce sujet, la croyance que les facultés inférieures intellectuelles et vitales peuvent se séparer du corps, et que le corps est contenu dans l'âme. Lldée que l'âme tout entière est dans le corps entier et dans chacune de ses parties, fot reprise par saint Augustin, puis par Claudien Mamert, et d'eux passa aux Scolastiques, dont c'était un principe favori.

Nous arrivons maintenant aux derniers pères de l'Église. On peut dire que les chefs du mouvement spirituarliste furent saint Augustin,, le plus profond et le plus métaphysique de tous les Pères de TÉglise lathie, Claudien Mamert, prêtre de Vienne, dans le sud de la France ; et, en Asie, Némésius, évoque dTEmèse.

Mais même avant saint Augustin (354-430), nous trouvons des signes précurseurs du changement qui se préparait. A ce point de vue, Grégoire de Nyssa (331-394) n^est pas sans importance. Son ouvrage sur la création de rhomme contient, selon Uebenveg, un certain nombre d'observations psychologiques. Les vues tirées de TÉcrîture se mêlent chez lui aux opinions de l'école do Platon et de celle d'Aristote. La possibilité de la création de la matière par l'Esprit Divin, dépend de ce qu'elle est Vxxmîé de qualités immatérielles en elles mômes. L'esprit humaîn pénètre le corps entier; il a commencé à exister en même temps que le corps, et non pas avant ou après. La spiri-

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tualité de Dieu, laquelle est incontestable y prouve la possibilité de l'existence immatérielle. L'âme est une entité créée, vivante, pensante, et, tant qu'elle possède des organes sensitifs, douée de perception. La faculté de penser n'appartient pas à la matière ; sans cela, la matière en général la posséderait (idée heureuse), et par suite prendrait une multitude de formes artificielles.

Dans l'étude de ce sujet par saint Augustin, le point le plus remarquable est la clarté avec laquelle il conçoit l'opposition entre les propriétés de la matière et celles de l'esprit. Il affirme que des attributs tels que la longueur, la largeur, la profondeur, la dureté, etc., appartiennent à la matière seule, et n'ont point de sens lorsqu'on les applique à l'esprit. « L'âme ne doit en aucune façon être conçue comme étant longue, ou large, ou forte. Ce sont là des propriétés corporelles, de sorte que nous étudions Tâme à la façon des corps » {De Quant. Animœ^ cap. 3). Ainsi tandis que d'autres qualités, telles que la dureté et la couleur, sont quelquefois citées, \ étendue est toujours reconçue comme la grande qualité distinctive de la matière.

C'est sur cette définition de la matière que saint Augustin fonde ses preuves de l'immatérialité de Tâme. Elle ne possède point cette propriété caractéristique de la matière, et par conséquent elle ne peut pas être matérielle. Saint Augustin répète et défend très-souvent ce principe. Ses principaux arguments sont tirés de la supériorité de l'âme sur le corps, de la nature de la conscience et de la mémoire, et de la présence égale de l'âme dans toutes les parties du corps.

L'âme est supérieure au corps. C'est d'elle seule que viennent la vie, le mouvement et la sensation, que le corps cesse de posséder dès que l'âme l'a quitté. Ainsi l'âme, quoique agissant à l'aide d'organes corporels, doit être, de sa nature, supérieure au corps qu'elle anime. Elle est invisible, incorporelle , spirituelle.

Le philosophe chrétien tire plusieurs arguments de la conscience que nous avons de tel ou tel état de notre esprit. L'âme, dit-il, nous est connue directement. Nos pensées, nos désirs, notre science, notre ignorance nous sont mieux connus que les objets qui nous entourent, puisque nous ne percevons ces derniers que par l'intermédiaire d'organes corporels. Si donc l'âme est corporelle, elle doit nous être connue comme telle. Mais dans cette connaissance directe que nous en avons, nous ne trouvons aucune qualité corporelle comme la dimension, la forme ou la couleur; d'où saint Augustin conclut que l'âme ne possède aucune de ces qualités. En outre, tandis que nous savons d'une manière positive que la pensée et le sentiment sont des propriétés de l'âme, nous pouvons seulement supposer que c'est une substance^matérielle. Ce qui prouve que nous n'avons aucune connaissance réelle d'une telle substance , c'est la variété des conjectures que nous faisons sur sa nature. Si nous séparons ce que nous savotis réellement de ce que nous ne faisons que supposer ^ il reste la vie, la pensée et le sentiment, propriétés que personne n'a jamais refusées à l'âme.

Un autre argument est fondé sur la nature de la mémoire. L'esprit conserve les images d'une grande variété d'objets matériels. Quoique le corps soit petit, l'esprit

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